L : elle devient par là son
son auteur et appauvrie volontairement pour s'être cherchée elle-même, réduite à ce fonds étroit et stérile, tâche de tromper ^ le chagrin que lui cause son indigence^, et de réparer ses ruines en empruntant de tous côtés de quoi se remplir.
Elle commence par son corps et par ses sens, parce qu'elle ne trouve rien qui lui soit plus proche. Ce corps qui lui est uni si étroitement, mais qui toutefois est d'une nature si inférieure à la sienne, devient le plus cher objet de ses complaisances. Elle tourne tous ses soins de ce côté-là ^ ; le moindre rayon de beauté qu'elle y aperçoit suffit pour l'arrêter "^ : elle se mire, pour ainsi parler, et se considère elle-même dans ^ ce corps ; elle croit voir dans la douceur de ces regards et de ce visage la douceur d'une ^ humeur paisible ; dans la délicatesse des traits ^, la délicatesse de l'esprit ; dans ce port et cette mine relevée, la grandeur et la noblesse du courage \ Faible et trompeuse image sans doute; mais enfin la vanité s'en repaît. A quoi es-tu réduite, âme raisonnable? Toi qui étais née pour l'éternité et pour un objet immortel, tu deviens éprise et captive d'une fleur que le soleil dessèche, d'une vapeur que le vent emporte, en un mot d'un corps qui, par sa ^ mortalité, est devenu un empêchement et un fardeau à l'esprit.
Elle n'est pas plus heureuse en jouissant des plaisirs que ses ^° sens lui offrent; au contraire, elle s'appauvrit dans cette recherche, puisque, en poursuivant^ *• le plaisir, elle perd d'abord la raison. Le plaisir est ^^ un sentiment qui nous transporte, qui nous enivre, qui nous saisit indépendamment de la raison et nous entraîne malgré
1. L. : pour s'être cherchée soi- 9. L. : la. même, réduite à ce fond et stérile et 10. L. : les,
étroit, tâche de dissiper le chagrin. 11. Première rédaction (eifacée) :
2. Yar. effacée : de tromper sa Mais encore qu'elle s'y arrête, cela misère. seul n'est pas capable de la satis-