Ms. : aussi. 2. Apologvtiois. xii
prenait plaisir à se moquer du faux culte des dieux et de l'aveuglement des idolâtres, et qui en même temps n'avait d'autre dessein que de faire voir la i>Tandeur du nom chrétien, remarque par une pensée délicate que, pai-mi les chrétiens il y a des dieux hommes, aussi bien (jue parmi les païens, suivant cette parole du Prophète: Ego divi, vos dii estis (Ps. lxxxi, C^) . Mais voyez comme il l'explique. Il considère que les infidèles ont consacré leurs idoles pour être les [sujets] de leur vénération ; ces pauvres aveugles faisaient leurs idoles pour ne leur rendre aucun honneur (?). Voilà ce qu'ils faisaient à l'égard des chrétiens; car, en les faisant passer par le glaive, ils travaillaient à leur gloire et les consacraient en divinités. Voilà pourf{uoi, ils se servaient de la bouche de ce Père pour se moquer de leur rage et leur dire pai- une agréable raillerie : Pauvres aveugles, que votre conduite est étrange ! Vous prétendez finir le nom de chrétien en les martyrisant ; vous croyez faire passer les fidèles pour des scélérats en les faisant passer par le fer et le feu. Mais savez-vous bien que vous travaillez à notre gloire et que, sans y penser, vous nous traitez connne vos dieux, c[ui souffrent des épreuves fâcheuses avant ({u'ils soient les objets de vos adorations.
Voilà, Messieurs, quelle a été la conduite du Ciel à l'égard des saints; leurs supplices leur ont procuré par un secret surprenant la plus grande de toutes les gloires. La raison de cette vérité se prend de ce que le Fils de Dieu, par une extension de vertus et une surabondance de puissance, a communiqué aux suppliciés une gloire éternelle; d'où vient que c'est par la force de la croix qu'il dit que tous les chrétiens triompheront : « en ce signe, in hoc signo vinces. » C'est par ce moyen qu'il a rendu les martyrs invincibles au milieu de leurs tourments, qui leur faisaient avouer qu'ils n'avaient jamais été si aises que lorsqu'ils souffraient : currehant ad supplicia vehit ad ornamenta ^ . Grand saint Sébastien, ^^oyez aujourd'hui le garant de la vérité c^ue je prêche, faites paraître la grandeur de votre courage. Je vous
ngn^tÏTi., Super Psahn.cvui, conc. 9.
demande seulement, Messieurs, de rappeler en votre mémoire et en vos esprits ce que je viens de vous dire, que l'empereur Dioclétian, étant averti qu'il détruisait le culte de ses dieux pour établir la religion chrétienne, commanda qu'on l'attachât debout dans un champ, les mains et les pieds liés, comme on nous le représente, et que les soldats de la garde le tirassent à l'envi et le fissent mourir sous une grêle de coups de flèches, dont ils lui percèrent les entrailles.
Ah ! grand saint, c'est ici qu'ils vont faire paraître votre courage et faire que le poteau, qui dans la pensée du tyran doit être le but de votre mort, soit le théâtre de votre triomphe, et [que] le champ qui est destiné pour vous faire mourir soit un champ de bataille ouvert à vos victoires. Tout le monde accourt à ce spectacle, les uns pleins de rage, les autres touchés de compassion. Mais, au reste, dans ces divers sentiments, il n'y a que notre saint qui soit invincible. Les soldats décochent leurs flèches envenimées contre lui ; le voilà tout percé et sanglant ; tout le monde le croit mort, on l'abandonne pour servir de proie aux oiseaux. Mais Dieu qui a une providence qui veille sur les saints, en a une particulière pour lui. Il lui rend la vie, brise ses liens et le remet en santé ; une bonne femme va pour prendre son corps et lui rendre les derniers honneurs d'une sainte sépulture; mais, au lieu de trouver un cadavre sans vie, elle le trouve vivant. Ah ! quel miracle ! N'estce pas un soldat invincible parmi les horreurs de la mort? Et n'avons-nous pas sujet de dire au poteau auquel il est attaché ce que disent les Pères au tombeau du Fils de Dieu, qu'il lui sert d'une seconde mère, où il reçoit une vie infiniment plus belle que la première. Mais le plus grand miracle de tous, le Fils de Dieu s'apparut à lui et le baisa par un témoignage d'amitié et par une espèce de récompense. Je ne parle pas qu'il délia la langue d'une femme muette depuis six ans, pour autoriser la vérité de la religion qu'il prêchait, puisque j'apprends de saint Léon qu'il faut plus regarder dans un saint sa personne que les miracles ^, et que le courage
1 . Cette pensée n'a pu être retrou- contre dans saint Grégoire, Moral. ^ vée dans saint Léon; mais elle se ren- 1. XX, c. vu, 17.
des martyrs est un plus grand prodige que tout le bouleversement de la nature : omni miraculo via jus est homo miraculum ^.
Considérons donc plutôt la personne de notre invincible martyr, son courage à supporter la violence de ses tourments et les triomphes qu'il a remportés à sa mort. Il voit le tyran tout désespéré, les bourreaux qui écument de rage, l'enfer qui grince des dents de se voir moqué de la sorte. Vous diriez que le passage de Job, au chap. xvi, est formel pour notre saint. Je n'en rapporterai que quelques textes pour ne lasser pas votre patience. J'en ferai seulement l'application ; Collegit furorem suum in me. Dioclétian enrage de voir [prospérer] la religion de mon Dieu, ramasse tout son venin et toute sa fureur contre moi ; il s'est servi de menaces et, enragé de se voir moqué, a grincé des dents et écume de rage : châtiment terrible, Terrihilihus oculis me intuitus est. Mon ennemi déclaré, parce qu'il l'était de mon Dieu, m'a regardé avec des yeux pleins de fiel, qui me regardaient comme la dernière de toutes les créatures : Aperuerimt super me ora sua. Ces infâmes courtisans, [ses] compagnons, ouvrirent leur bouche pour me charger d'outrages et d'imprécations. Ils m'ont même frappé cruellement jusques à se lasser, n'y ayant que mon courage qui fût infatigable dans ces tourments: Conclusit me Deus apud iniquum. C'est la providence de mon Dieu qui m'a engagé à ce combat. C'est pour les intérêts de sa gloire que j'ai été renfermé entre les méchants, et c'est pour la défense de sa religion que j'ai été livré entre leurs mains : Ego quondam eram opulentus : J'étais auparavant dans l'abondance, dans les dignités et dans les honneurs ; j 'étais colonel de l'empereur; mais j'ai été froissé tout d'un coup sous une grêle de flèches, on a froissé ma tête, enfin ils m'ont percé et m'ont éventré. Hé bien ! Messieurs, qu'en dites-vous? I^ prophète Job pouvait-il parler de notre saint en des termes plus exprès?
Voilà la qualité de son supplice : ce qui m'oblige à dire qu'il a triomphé de ses ennemis par la violence de