S. Augustin, De Cm^X>ei,X
sa mort. Ne vous étonnez donc pas si, par un privilège particulier, le Pape, reconnaissant les grands services qu'il avait rendus à l'Église, étant instruit de son courage et de la force de son zèle, l'a appelé le défenseur de la foi : titre qui est si particulier que jamais le Souverain pontife ne l'a donné à aucun martyr ciu'à lui, titre, qui lui est si glorieux, qui est la source de la grandeur et le propre ^ de son élévation.
Finissons, Messieurs, et tirons quelque fruit de ce discours. Vous avez vu un chrétien dont la foi et le courage l'a rendu grand dans toute l 'Église. Mais, dans quelque élévation qu'il puisse être, il doit être autant le sujet de vos imitations qu'il le peut être de vos étonnements : ce Inspice et foc secimdum exemphir (Exod., XXV, 40). Regardez et vous conformez à l'exemplaire » que l'Église vous présente ; c'est un beau modèle, dont vous êtes obligés de contrôler tous les traits et les vertus que je vous ai prêches. Elles ne lui sont pas si particulières que vous n'y puissiez prendre part. Mais, hélas! où est votre foi? et n'ai-je pas raison de < répéter aujourd'hui ces paroles du Fils de Dieu: « FUius ho7mms veniens, putas inveniet fidcm in terra (Eue, XVIII, 8), pensez-vous que le Fils de l'homme dans son [avènement] puisse rencontrer de la foi sur la terre? » Hélas! elle est éteinte, elle est anéantie.
Je trouve donc trois sortes de foi exemplaire : la première consiste dans la connaissance de l'entendement qui se soumet aux vérités de l'Évangile; la seconde passe de l'entendement à la volonté et va jusques à l'action. La troisième sert à [faire] rendre les œuvres publiques en présence de nos frères. Or où sont ces trois sortes de foi dans le christianisme? Il n'y en a aucune.
Ha ! on ne pouvait autrefois [que] voir marcher un chrétien pour dire qu'il était tout saint, tant il avait de retenue, d'humilité et de modestie. Mais maintenant, on est bien en une autre posture ; les gestes, le maintien, les habitudes ne montrent que la vanité, que le luxe, que l'impureté et les désordres. Ha! Chrétiens,
1. Ms. : et le ppd. Le copiste ne tachygraphe, l'a reproduite telle pouvant déchiffrer l'abréviation dn quelle.
prenez-y garde. Ayez une foi vive. Mais il faut en même temps que cette foi fasse naître en vous l'esprit du martyre, c'est-à-dire qu'elle vous fasse aimer les niortifications, les rigueurs et les austérités, que la pénitence par une [haine] divine fasse autant sur vos corps que le martyre sur celui du glorieux saint Sébastien. Cette morale est rude, fâcheuse, je l'avoue ; il en faut passer par là : Regniim cœlorum vim patitur et violenti rapiunt illud (Matth., xi, 12). Il n'y a que les personnes qui se font violence qui emportent le royaume du ciel, et vous ne pouvez me montrer aucun saint qui n'ait été un martyr ou qui n'ait eu l'esprit du martyre, qui est la [gêne] des souffrances et des travaux. Non, non, vous ne m'en sauriez montrer aucun ; car il n'y en a point qui ne soit conforme à l'image du Fils de Dieu. Or le Fils de Dieu, tout saint, tout innocent et impeccable qu'il était, a néanmoins toujours été un véritable homme de douleurs : Virnm dolorum (Is., lui, 3). Ne prétendez donc pas aller au ciel par un autre chemin ; toute autre voie doit être suspecte. Imitez aujourd'hui le grand saint Sébastien, connne vous honorez sa fête, afin que vous puissiez un jour êti*e élevés avec lui dans la gloire c|ue je vous souhaite, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Ameii.