SERMON POUR LA PROFESSION DE M-^ DE LA VALLIÈRE
pris à l'audition '.
Et dixit qui sedehat in throno : Ecce nova facio omnia.
Et celui qui était assis sur le trône
a dit : Je fais toutes choses nouvelles.
(Dans l'Apocalypse, chap. xxi) .
Madame,
Ce sera sans doute un grand spectacle, lorsque celui qui est assis sur le trône d'oii il jugera tout l'univers, et à qui il ne coûte pas plus à faire qu'à dire, parce qu'il opère toutes choses par sa parole, du haut de ce trône majestueux prononcera ces paroles : Je m^en vais renouveler tout V univers, lorsque l'on verra, en ce même instant, au bruit de ces paroles toutes-puissantes, les astres, les éléments et toute la nature prendre une nouvelle forme, et de cet ancien monde en sortir un monde tout nouveau en faveur de l'homme : Ecce nova facio omnia. Ce spectacle, sans doute, sera bien admirable ; mais qui de nous pourrait se dispenser d'appor-
1. Pour établir ce texte, nous nous discours parlé : nous emprunterons
sommes servis de deux copies con- toutefois au recueil de Phelipeaux
servées à, la Bibliothèque Nationale les expressions et les tours qui nous
(n. a. fr. 1824, f» 25, et fr. 22947, sembleront se rapprocher davantage
p. 20). La seconde fait partie d'un delà langue et du style de Bossuet.
recueil formé parPhelipeaux, vicaire Nous croyons inutile de noter toutes
général de Bossuet : elle offre cette les différences présentées par les
particularité d'abréger visiblement deux copies, et nous nous bornerons
le discours en négligeant tout ce à signaler les plus importantes,
qui n'est pas utile au développement Dans nos notes, la première copie
et à la suite des pensées, tandis que sera désignée par A, et la seconde
la première conserve une foule d'in- par Ph.
cidentes et de répétitions telles que En A, le titre est : Discours prose les permettent les prédicateurs nonce par M. de Condom aux Dames dans leur action, surtout lorsqu'ils religieuses carmélites du faubourg se livrent à l'improvisation ou que Saint-Jacques sur le sujet de la leur mémoire ne s'asservit pas à profession de Madame de la Vallière, leur manuscrit. C'est à celle-ci que en présence de la Reine, le 4'^^ juin nous nous attacheron s de préférence, 1675. — Comparer ce texte avec celui parce qu'elle ressemble le plus à un qui a été donné plus haut, p. 31 à 58.
ter ses admirations à ce spectacle où Dieu répand son Esprit dans un cœur dont il rompt toutes les chaînes anciennes, et dont il va renouveler les premières et saintes inspirations ^, pour en tirer un homme tout nouveau. Ha ! ce spectacle, sans doute, n'est ni moins surprenant ni moins admirable : EccCf ecce nova facio omnia. En effet, Chrétiens, qu'avons-nous vu, et qu'estce que nous voyons? Quel état, et quel état? Je n'ai pas besoin ici de paroles, les choses parleront assez d'elles-mêmes.
Madame, voilà un objet digne d'être honoré de la présence d'une si pieuse reine. Votre Majesté, Madame, ne vient pas admirer dans cette sainte solitude les vains ornements de la gloire, ni tous ces faibles agréments qui flattent d'ordinaire les yeux des hommes. Sa piété l'oblige à y venir prendre part au changement heureux d'une vie toute mondaine en une vie toute religieuse. Admirons donc tous ensemble les changements heureux ^ de cet état nouveau. Il ne s'agit pas ici de changer l'âme, il ne s'agit pas ici de changer le dedans, il s'agit seulement de changer le dehors ; mais il est déjà depuis longtemps changé. Vous interrompez, Madame, pour assister à ce spectacle, les divertissements de la Cour, et moi, je romps le silence de tant d'années pour vous parler de cet heureux changement, afin que tout y soit nouveau : Ecce, ecce nova facio omnia, O Dieu, donnez-moi cet Esprit tout nouveau qui commence à retentir par les discours des apôtres, afin que je prêche la gloire d'un Dieu crucifié, afin que je publie la honte du monde [qui l'a] crucifié, afin que j'annonce le bonheur de ceux qui crucifient le monde, afin que je le crucifie moi-même, afin que je l'ensevelisse et que je l'enterre à son tour, et que je fasse voir dans cette nouvelle créature que tout ce qui était du monde y est mort, et qu'il n'y a plus que Jésus-Christ qui y soit vivant, et qu'enfin tout y est renouvelé.
Priez Dieu, mes chères Sœurs, qu'il me donne son Saint-Esprit pour soutenir la force de ce discours. Ce sont les prières des auditeurs qui font d'ordinaire tout