Édition Lâchât, t. XXVI, p. 48 4. Cf. t. IV, p
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pleure ses égarements et qu'il répare ses fautes par sa confusion. Pourquoi êtes-vous fait, ô amour? Pour le beau et pour le bon, pour l'unité et pour le tout, pour la vérité et pour l'être, et pour la source de l'être : et tout cela, c'est Dieu même. Oui, si vous aviez toujours marché droitement à Dieu, vous oseriez tout avec Jésus- Christ ; vous entreprendriez tout sur Jésus-Christ. Le Dieu fait homme pour être à l'homme se fût abandonné tout entier à vos embrassements, autant chastes que libres, autant paisibles et doux que fervents et insatiables. Vous prétendriez tout sans crainte, et posséderiez tout sans réserve. Mais, amour, vous vous êtes égaré dans des objets étrangers, pour lesquels vous n'étiez pas fait. Revenez, revenez, pauvre vagabond, mais revenez avec crainte, par une juste punition d'avoir laissé errer votre liberté ; revenez serré de douleur, afin de porter la peine de vos épanchements dissolus ; revenez humilié et abaissé, afin de faire connaître que vous avez trop hardiment secoué le joug et oublié votre souverain.
L'amour unit, le péché éloigne, et l'amour pénitent tient de tous les deux. Madeleine court à Jésus : c'est l'amour ; Madeleine n'ose approcher de Jésus : c'est le péché. Elle entre hardiment : c'est l'amour ; elle aborde avec crainte et confusion : c'est le péché. Elle parfume les pieds de Jésus : c'est l'amour; elle les arrose de ses larmes : c'est le péché. Elle épand et prodigue ses cheveux : c'est l'amour ; pour essuyer les pieds de Jésus: c'est le péché. Elle est avide et insatiable: c'est l'amour ; elle n'ose rien demander : c'est le péché. Mais elle pleure, mais elle soupire, mais elle regarde, mais elle se tait : c'est l'amour et le péché tout ensemble. Que l'amour pénitent est aimable dans ses hardiesses soumises, dans ses libertés réprimées, dans ses licences tremblantes ! Encore une fois, qu'il est aimable, parce qu'il aime, parce qu'il honore, parce qu'il pratique la justice et qu'il renonce aux droits qui lui appartiennent par le nom et la qualité d'amour, pour faire régner la justice par les sentiments de pénitence !
Car écoutons parler l'amour dans le Cantique des cantiques. Il ne respire que l'union, les chastes baisers, les intimes embrassements de l'Époux. Hardi et impé-
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tueux qu'il est, il commence ainsi : Qu^il me haise du baiser de sa bouche ^. L'amour pénitent voudrait bien sans doute pouvoir s'abandonner tout du premier coup à cet aimable excès; mais, confus de ses désordres, il n'ose point parler avec ce noble transport ; et au lieu de chanter avec l'Épouse : QuHl me baise du baiser de su bouche; ha! il s'estime trop heureux qu'on lui laisse dire : Qu'il me souffre seulement de baiser ses pieds. C'est le cantique de l'amour pénitent ; c'est celui que chante Marie-Madeleine par ses larmes, par ses sanglots, par son silence mélodieux.
Ne croyons pas néanmoins qu'il renonce tout à fait aux embrassements de l'Époux. Toutes ces aimables douceurs, dont elle semble s'éloigner, convaincue qu'elle en est indigne, dans un fond plus secret, elle y aspire. Prosternée qu'elle est aux pieds de l'Époux, occupée qu'elle est tout entière de ces pieds sacrés, et n'osant seulement regarder sa face ^, elle l'embrasse déjà spirituellement dans le cœur. Mais elle supprime ce désir, comme étant trop libre après ses péchés ; et en le supprimant, elle le fait vivre d'une autre manière plus intime et plus délicate. Ce désir, retenu par l'humilité, va à son objet par une autre route. Il s'approche en se retirant, et la captivité qu'il s'impose lui donne la liberté. Voilà les admirables et les mystérieux détours de l'amour pénitent, qui s'avance en fuyant, qui se met en possession en rejetant en quelque manière le bien qu'il poursuit. Il n'ose dire à l'Époux avec cette liberté de l'Épouse : Venez, le bien-aimé de mon cœur ; venez, venez promptement ; mais il trouve le moyen dé l'appeler d'une autre sorte, en disant : Retirez-vous ; retirez-vous. Retirez-vous, Seigneur, disait saint Pierre ; car je suis un homme pécheur^. Méthode nouvelle et inouïe d'inviter en repoussant ! mais l'Époux entend ce langage. Il sait bien connaître que c'est le désirer fort ardemment que de le rejeter de la sorte; et ce désir de le posséder, qui s'exprime par son contraire, lui touche le cœur et lui fait pitié; car il voit tout ensemble et les impatiences d'une âme véritablement amante, et son