‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 436 sur 538 · Voy. t. lY, p · texte numérisé non relu

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Sermons de Bossuet — VI. 40

G26 l'amour de madeleine.

secret soupir, d'autant, plus violent qu'il n'ose échapper, et les contraintes de son amour, qui ne se découvre pas par respect. Alors sa propre bonté, avide de se répandre à sa créature, le presse en faveur de cette âme qui n'ose pas le presser ; si bien que, compatissant à la violence qu'elle se fait, il court lui-même au devant, et l'assure de son amour réciproque par la grâce qu'il lui accorde. Plusieurs péchés, dit-il, lui sont remis, parce qu^elle a beaucoup aimé ^. Donc, ô amour pénitent, que ton secret, que ta retenue et que ton silence ont su parler fortement au cœur de Jésus ! Madeleine a tout acquis en ne demandant rien, parce que Jésus était au fond de son cœur, entendant tout ce qu'il disait, et entendant encore mieux ce qu'il n'osait dire.

Je ne me lasse point de contempler ces dispositions admirables de notre sainte pénitente, et le combat et l'accord du zèle de la justice avec l'impétuosité de l'amour. Madeleine, possédée de ces sentiments, n'ose presque pas approcher Jésus, et cependant elle ne peut le quitter. Quel milieu trouverez-vous, ô amour, pour accorder de telles contrariétés et concilier l'amour et la justice, qui demandent des dispositions si opposées? Voici le tempérament. Madeleine se jette aux pieds, n'osant embrasser Jésus : c'est pour contenter la justice. Mais qu'elle est adroite et ingénieuse ! En se prenant aux pieds, elle tient Jésus tout entier : c'est pour satisfaire l'amour. Jésus ne peut plus lui échapper, puisqu'il est arrêté par ses pieds sacrés, et il me semble que j'entends Marie -Madeleine qui dit avec l'Épouse : Je Vai tenu, et ne le quitterai pas^. Ou bien avec Jacob : Je ne vous quitterai pas jusques à ce que vous m'ayez héni^. Ou plutôt, enchérissant sur Jacob : Je ne vous quitterai pas, même quand vous m'aurez béni. En effet, Jésus la bénit et lui remet ses péchés, mais elle ne le quitte pas pour cela; et autant qu'elle peut, elle retourne toujours à ses pieds, car elle ne demande pas sa bénédiction, mais lui-même.

Que vois-je ici, ô amour ! Un spectacle vraiment admirable : Madeleine captive de Jésus, et Jésus captif de

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