Tome IV, p
l'amour de madeleine. 629
cœur de Madeleine je ne sais quoi de tendre et de passionné qui ne peut plus s'occuper que de Jésus- Christ ; qui languit, qui défaille, qui se laisse aller après lui. A chaque moment, elle meurt, et va reprendre à chaque moment, en baisant les pieds de Jésus, une vie nouvelle, pour l'immoler aussitôt après. Elle donne et prodigue tout : ses parfums, ses cheveux, ses larmes, ses soupirs et son cœur même ^. Il semble qu'elle veuille s'épuiser en faveur de son bien-aimé. Elle craint néanmoins de s'épuiser, parce qu'elle veut donner sans mesure.
Si sa prodigalité est infinie, son avidité ne l'est pas moins. Elle ne peut s'assouvir de baiser les pieds de Jésus, et Jésus a bien su remarquer la faim furieuse de cet amour insatiable. Depuis, dit-il, qu'elle est entrée ^ elle n'a cessé de baiser mes pieds ^ . Voyez : elle n'a cessé ; voilà une infinité; son amour en a bien d'autres. Mais, parmi toutes ces infinités, il n'y a rien de plus infini ni de plus inépuisable que ses larmes. Toujours ses péchés lui reviennent, et les torrents de ses pleurs se multiplient. Elle pleurerait jusqu'à mourir, et se désolerait jusqu'au désespoir, si elle ne voyait dans ses crimes quelque chose qui peut servir de matière à honorer les bontés de son bien-aimé et sa qualité de sauveur, et si elle ne voyait aussi dans son repentir quelque chose qui fait connaître par expérience la vérité de cette parole que son' bien-aimé a dite longtemps après en sa faveur : Il n'y a qu'une chose qui soit nécessaire^. Y a-t-il rien qui fasse mieux voir combien cet unique est nécessaire, que les regrets amers de ceux qui se sont égarés dans la multitude? Oui, certes, ô Dieu vivant, il n'y a que vous qui soyez en vérité nécessaire à l'homme, puisque nul ne s'écarte de vous qu'il ne se perde, ni ne retourne à vous qu'il ne se repente sans fin et sans bornes d'avoir été capable de s'en éloigner et de désirer autre chose. Ainsi, toutes les âmes pénitentes, avides démesurément d'effacer, d'anéantir tout le passé, rendent témoignage à tous les hommes, au ciel et à la terre, que vraiment vous êtes le seul nécessaire.