‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 439 sur 538 · Luc, VII · texte numérisé non relu

Luc, VII

630 l'amour de madeleine.

Cette parole de Jésus-Christ acheva le triomphe du saint amour dans le cœur de Madeleine, car elle lui fit voir l'effroyable jalousie de son Époux, et combien il voulait être seul. Marthe s'empressait à la vérité, mais enfin c'était pour lui ; et néanmoins il la reprend, et il ordonne à Madeleine, son amante, de ne s'occuper que de lui, et de quitter pour cela même ce qui se fait pour lui. Telle est la délicatesse de sa jalousie ; telle est l'unité qu'il désire ^. Ces paroles sacrées: Il n'y a qu'une chose qui soit nécessaire, portent dans leur douceur un foudre ravageant tout le cœur, et y détruisant tout le créé, pour y faire vivre une souveraine unité qui rejette toute autre pensée et tout autre objet. O Dieu ! qui pourrait comprendre quel horrible renversement fait cette parole ? Elle réduit le cœur à une solitude et à un dépouillement insupportables à la nature ; car cette unité est tuante par sa souveraineté incompatible, qui arrache aux sens, à l'esprit et à toutes les puissances de l'âme tout ce qui leur plaît. Ainsi l'âme étant dépouillée, et tout le superflu y étant détruit, est liée au seul nécessaire par une force incroyable. Ce sont les effets que fit cette parole dans le cœur de Madeleine. Elle vint premièrement comme un coup de foudre, renversant et consumant toute multiplicité de désirs, et ne laissant dans ce cœur qu'une simple tendance à son principe ; puis, montrant à ce cœur entièrement dépouillé cet unique objet nécessaire, elle l'enleva par son centre pour le perdre en lui totalement. Voilà donc Marie-Madeleine liée à Jésus cœur à cœur, intime à intime. Elle n'a plus de vie que pour Jésus-Christ ; et vous étonnez-vous si elle le suit partout, dans ses voyages, dans ses supplices, et jusqu'aux horreurs de son tombeau?

Elle cherche partout son unique, l'unique objet de son amour, l'unique et inébranlable soutien de son cœur défaillant, et elle ne le trouve pas. A quoi pensez-vous, ô Jésus-Christ, de tirer les cœurs si fortement, de les lier si étroitement à vous, et puis de vous retirer d'une façon si imprévue ? O que vous êtes cruel ! O que vous

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