‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 440 sur 538 · Cf. t. IV, p. 503-504, et t. Y, p. 33L · texte numérisé non relu

Cf. t. IV, p. 503-504, et t. Y, p. 33L

l'amour de madeleine. 631

vous jouez étrangement des cœurs qui vous aiment ! C'est la méthode de Jésus-Christ, c'est sa conduite ordinaire ^. Il attire puissamment les cœurs, il les rend avides et insatiables, il les gagne, il les maîtrise, il les attache, il se donne à eux en mille manières qui les engagent de telle sorte qu'ils ne respirent que lui ; et aussitôt qu'ils sont engagés sans pouvoir plus se déprendre, il se retire, il se dérobe, il les exerce par des fuites et des privations horribles. Ils se plaignent, et Jésus se rit de leurs plaintes ; il les laisse s'épuiser et se consumer par des avidités inexprimables. liui-même y met la main pour les enflammer, et il les regarde de loin sans se laisser émouvoir, se jouant, pour ainsi dire, de leurs emportements et de leurs fureurs. C'est ainsi qu'il a traité Marie-Madeleine. Au commencement, il n'épargne rien. Elle aspire après ses pieds : il les donne ; elle veut les baiser : il les lui livre ; elle veut parfumer sa tête : il le souffre ; le Pharisien murmure : il prend sa défense ; Judas se scandalise : il la loue. En une autre rencontre, Marthe la veut tirer d'auprès de lui : Jésus, favorisant la douce oisiveté de son amour uniquement occupé de lui, la préfère aux empressements de sa sœur.

Madeleine, charmée de ses bontés, s'engage et s'attache. Jésus, voyant l'amour assez affermi, peu à peu retire sa main. Il ne donne plus, c'est peu de chose; il ote peu à peu ce qu'il a donné. Il est prêt à mourir ; il veut que Madeleine y soit présente. Il parle à sa sainte mère et à son disciple chéri ; il ne dit pas un mot à sa chaste amante, qui languit au pied de sa croix. Elle ne se rebute pas; elle suit ceux qui l'enseveUssent, pour remarquer oii on le mettrait. Dès le matin, elle y court avec des parfums; elle trouve le tombeau vide. Pierre et Jean, ne trouvant plus le divin corps, se retirent ; Madeleine demeure ferme et persévérante. Elle regarde de temps en temps dans le tombeau, de peur que ses yeux ne l'aient trompée, et cherchant toujours celui après lequel son cœur soupirait. Madeleine, que cherchez-vous? Il n'y est plus. Deux anges lui apparais-

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