Tome IV, p
sent, lesquels s'étant contentés de lui faire dire la cause de sa douleur, ne lui rendent pas un mot de consolation, ne lui apprennent pas où est Jésus-Christ.
Enfin, il paraît lui-même, mais inconnu toutefois. Il se fait connaître ; il veut peut-être contenter son amour avide ? Nullement. Il veut au contraire le tourmenter sans mesure ; car, comme elle est toute transportée, elle court à lui, et Jésus lui dit : jVe me touche pas, mais va dire à mes frères que je m'en vais à mon Père et à mon Dieu ^. O Dieu, quel amant, de ne paraître à son amante que pour lui annoncer son prompt départ ! Mais laissez-lui du moins baiser vos pieds. Non, il ne le fera pas. Elle s'y jette, croyant toujours trouver en Jésus la même facilité, et Jésus la repousse et lui dit : Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté à mon Père^. Paroles inventées pour être éternellement le tourment de son amour. Ne me touche pas maintenant que je suis entre tes mains ; attends à me toucher quand je serai monté aux cieux. Arrache-toi de moi pendant que je suis présent ; attends à me toucher quand je ne serai plus sur la terre ; tu t'y élanceras alors de toute ta force. C'est de même que s'il disait : Consumetoi, brise-toi le cœur par des efforts inutiles. N'est-ce pas se jouer de l'amour que de lui parler de la sorte?
Je me représente facilement que ces paroles de Jésus firent un effet horrible dans le cœur de Madeleine, car elle voit que Jésus s'en va, et que c'est dans le temps de cette absence qu'il veut attirer les cœurs plus violemment que jamais. Elle se sent avertir qu'après son retour auprès de son Père, c'est le temps de courir à lui et de faire effort pour le toucher. Cherchez, dit l'Apôtre, ce qui est en haut, où est Jésus-Christ, assis à la droite de son Père ^. Elle court donc, elle cherche, elle se consume, elle s'épuise, elle se déchire le cœur par des désirs violents. C'est là que l'amour,, frustré de ce qu'il désire, entre en fureur et ne peut plus supporter la vie. Madeleine, pressée et tirée, ne peut embrasser Jésus qu'au travers des obscurités de la foi, c'est-à-dire qu'elle peut embrasser plutôt son ombre que son corps. Que