Citation non littérale. 6. Tome IV, p
634 l'amour de madeleine.
les déserts et les lieux affreux pour gémir et se plaindre en liberté.
Telle est la vie de Madeleine. Elle ne se nourrit plus que de larmes; elle ne vit plus que de soupirs. Il faut bien que l 'Époux sacré se plaise extrêmement à faire languir son Épouse. Tous les siècles avant sa venue se sont écoulés parmi les plaintes amères de ce qu'il tardait à venir ; tous les siècles après sa venue achèveront de s'écouler parmi les plaintes encore plus extrêmes de ce qu'il s'en est si tôt allé. Il ne s'est montré qu'un moment, et encore à peine voyait-on ce qu'il était, tant il avait soin de se cacher. « Nous l'avons vu, dit Isaïe, et il n'était pas reconnaissable ; et nous l'avons désiré, même en sa présence: Vidimus eum, et non erat aspectus, et desideravimus eum \ » Pourquoi tout ce mystère, si ce n'est qu'il se plaît d'entendre la voix, les soupirs d'un amour plaintif. Ainsi, le dessein de ce saint Époux est de nous tenir toujours en attente, et, dans l'attente, toujours gémissants et soupirants après lui. La seule consolation qu'il nous veut donner, c'est de nous dire sans cesse : Encore un peu, encore un peu^. Encore un peu, disait-il à la Synagogue, et je remuerai le ciel et la terre, et le désiré des nations viendra^. Un peu de temps, dit-il à l'Église, et vous ne me verrez plus; et encore un peu de temps, et vous me verrez'^. Que cette parole a de douceur ! Mais plutôt, que cette parole a de cruauté! A qui parlez-vous, ô Jésus-Christ? Songezvous que vous parlez à des cœurs qui aiment? Vous comptez pour rien des siècles entiers de privation, au lieu que, lorsqu'on vous aime bien, les moments mêmes sont autant d'éternités. Car vous êtes l'éternité même, et on ne compte plus les moments quand on sait qu'à chaque moment on perd l'éternité tout entière. Et cependant vous dites : Encore un peu. Ce n'est pas là consoler. C'est plutôt outrager l'amour ; c'est insulter à ses douleurs, c'est se jouer de ses impatiences et de ses excès intolérables.