Cf. t. IV, p. 507. 4. Joan., xvi
l'amour de madeleine. 635
Il ne faut donc pas s'étonner si l'amour, ainsi rebuté par les caresses mêmes de l'Époux, entre en une espèce de fureur, s'il fuit toute compagnie, s'il cherche les lieux solitaires, s'il se plaît d'y voir des objets qui ont quelque chose d'affreux et de sauvage, et qui lui sont comme une effroyable peinture de la désolation où il est réduit par la privation de ce qu'il désire. N'est-ce point ce qui aurait poussé Madeleine dans l'horreur de ce désert épouvantable, dans ce silence affreux et dans ces cavernes ténébreuses, pour laisser ravager son cœur aux fureurs de son amour délaissé et abandonné ?
On remarque dans le saint Cantique que l'amour aime la campagne et la- solitude ^, où il trouve je ne sais quoi de plus libre ; car le tumulte des compagnies et la vue même des hommes le détourne et l'étourdit. C'est pourquoi et l'Époux et l'Épouse ne respirent dans ce Cantique que les jardins renfermés, que les forêts solitaires, que les prairies verdoyantes, où on ne voit que des troupeaux qui paissent parmi les fleurs et parmi les herbes. Viens, mon hien-aîmé, dit l'Épouse; sortons à la campagne ; allons demeurer aux champs. Levonsnous du matin pour aller visiter les vignes ; voyons si elles commencent à pousser leurs fleurs ; si les orangers sont fleuris ; si les fleurs de nos arhres se nouent et nous promettent du fruit ^. Il n'y a aucune de ces paroles qui ne respire un air de solitude et les délices de la vie champêtre. Soit que l'amour, jaloux de sa liberté, aime les campagnes découvertes, où il promène ses rêveries et laisse exhaler plus à son aise ses désirs impétueux ; soit qu'ennemi du tumulte et se plaisant à s'occuper de soi-même, il cherche les lieux retirés, dont le silence et la solitude entretiennent son oisiveté toujours agissante^; soit quelque autre cause qui lui fasse aimer la campagne, il est certain qu'il en est charmé. Mais il y a un certain amour qui remplit le cœur de délices : c'est ordinairement l'amour qui commence. Celui-là aime les jardins, les fleurs, les campagnes cultivées et agréables, qui, par leur face riante, si je puis parler de la sorte, servent à