Cant., VII, 12-13. Citation libre. 3. Cf. t. Y, ibid
636 l'amour de madeleine.
entretenir ses joies. Au contraire, il y a un autre amour, éperdu, désespéré, poussé à bout par des absences, par des privations, par les dédains de l'aimé et par ses propres violences. Celui-là aime les lieux affreux, où il voit, ainsi que j'ai dit, ses désolations vivement représentées. C'est ce que nous voyons au sacré Cantique dans ces paroles de l'Époux qui appelle son Épouse bien-aimée, non plus des jardins et des prairies, mais du milieu des rochers et des déserts les plus effroyables ^. Lève-toi, dit-il, ma hien-aimée, ma toute belle, ma colombe; sors des trous des rochers ; sors des cavernes profondes ^. Et ailleurs : Viens du Liban, mon épouse ; viens du sommet des montagnes et du haut des précipices; sors des cavernes des lions, des repaires des bêtes ravissantes ^. Ce sont de semblables retraites que cherche une amante outrée et désespérée. C'est là qu'elle se plaît de voir l'image de son cœur désolé, dont les fureurs et les désespoirs semblent autant de bêtes farouches et dévorantes. Dans cet état d'amour, tout est horrible et affreux, et même les consolations ne font qu'irriter l'amour et le désespérer davantage ; car tout ce qui n'est pas le bienaimé même devient accablant et insupportable.
Je pense que tel était à peu près l'état de Marie- Madeleine. Toujours elle voyait Jésus-Christ dans les agonies de la Croix ; toujours elle avait non tant les oreilles que le fond de l'âme percé de ce dernier cri de son Époux expirant, cri vraiment terrible et capable d'arracher le cœur. Toujours elle entendait retentir cette parole tuante et intolérable à un cœur qui aime : Ne me touche pas. Ainsi, son amour accablé poussait plutôt des rugissements que des soupirs, et Jésus impitoyable la laissait dans sa solitude, privée du soutien de ses sacrements, de la communion de son sacré corps, de la consolation de ses saints apôtres, qui le représentaient sur la terre, de la vue de sa sainte mère, qu'il semble avoir voulu laisser au monde après lui pour consoler son Épouse veuve durant les premiers efforts de son affliction récente. Que direz-vous, Madeleine, à