‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 447 sur 538 · Cant., VIII · texte numérisé non relu

Cant., VIII

ce qui est de plus étonnant, c'est qu'elle agit de la sorte dans le temps qu'il la caresse plus tendrement que jamais. O vous, dit-il, qui habitez dans les jardins, parmi les fleurs, parmi les parfums, parmi les fruits, parmi les délices du saint et divin amour, voyez nos amis qui sont attentifs ; toute la nature est en silence ; faites, faites-moi entendre votre voix : quœ habitas in hortis, fac me audire vocem tuam ^. Il voudrait apparemment entendre d'elle quelque parole de douceur, et il reçoit ces mots pour toute caresse : Fuyez, ô mon hien-aimé, avec la vitesse cVun cerf. Elle aime mieux ses privations que ses dons mêmes et ses faveurs. C'est pourquoi elle dit : Fuyez. Et là finit le Cantique. C'est que c'est la consommation de tout le mystère du saint amour. Toutes les ardeurs et tous les transports se terminent enfin à vouloir tout perdre. Madeleine, vous posséderez et vous baiserez les pieds de Jésus au commencement de votre amour. Quand il le faudra consommer, Jésus vous dira : Ne me touchez plus. Telle est la conduite, tels sont les détours, telle est la tyrannie de l'amour divin durant ces temps misérables de captivité et d'exil. Viendra le jour de l'éternité, où nous verrons, où nous aimerons, où nous jouirons, où nous vivrons aux siècles des siècles.

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