Cant., VIII
A la suite des Sermona, les lecteurs de Bossuet sont habitués à rencontrer un recueil de Pensées sur les sujets qui se traitent dans la chaire. Certains fragments ou sommaires s'y étaient glissés. L'ancien ordre liturgique n'avait pas de place marquée pour plusieurs d'entre eux, et on craignait sans doute que les autres, trop incomplets, ne déparassent la collection des œuvres oratoires. Nous n'avions i^as à sacrifier à ce respect humain, et nous les avons, autant que possible, placés à leur date ^. Si quelques alinéas, d'un caractère oratoire manifeste, se lisent encore ici par exception, aux endroits qui leur avaient été assignés par nos devanciers, c'est que leur peu de relief et surtout l'absence de manuscrit ne permettaient aucune conjecture tant soit peu plausible sur les circonstances de leur composition.
Tout autre a été l'origine de la plupart des Pensées chrétiennes et morales. Certains manuscrits retrouvés, en trop petit nombre d'ailleurs, ont révélé la vraie nature des passages qu'ils contiennent, et, par analogie, de tous ceux qui leur ressemblent. Ce sont des notes personnelles à l'usage de leur auteur, des remarqueis morales, comme il les appelait. Le plus souvent elles ont été consignées sur le papier après lecture d'une belle page des Pères de l'Église. Un titre en abrégé, un chiffre, quelquefois d'autres indications, malheureusement sommaires et énigmatiques, peuvent aider alors à remonter à la source. Nous l'avons fait à l'occasion.
Nos i)rédécesseurs ne paraissent pas s'être donné tant de peine pour si peu de chose. Deforis (1778) imprima 2 ici à la suite ce qui lui tomba sous la main : de là, deux cent quarantecinq paragraphes, à chacun desquels il apposa un titre, sous forme de sommaire. Les éditeurs de Versailles (1815) essayèrent de mettre un peu d'ordre dans ce chaos: ils réunirent sous de nouveaux titres certains fragments qu'il avait découpés, et d'autres qui n'y avaient qu'un rapport plus éloigné; ils formèrent ainsi quarante-cinq articles, et renvoyèrent en appendice trente et une Pensées détachées.
Ce plan a été généralement adopté dans les éditions modernes 3. Nous ne nous en écarterons guère. Seule, une classification
1. Voy. t. II, p. 436-441, Sur la 170, Sur le Carême ,• — p. 210-213, Charité fraternelle ; — p. 530-583, Sur le Jugement dernier {pour Vou- Sur V Epiphanie (fragment de vê- verture d'une mission) ; — p. 520-
ture ) ; — p. 601-604, 608-613, divers
522, Sermon sur la Conversion.
fragments pour le Carême de Saint- 2. T. VII, p. 536-600.
Thomas-du-Louvre ; — t. VI, p. 165- 3. Lâchât en a retranché une allô-
chronologique, si elle eût été possible, aurait été moins factice que les précédentes. Mais on ne pourra la tenter que si on retrouve les originaux, et ils font défaut pour la plus grande partie. Les secours d'une autre nature, tels que les allusions historiques, ne sont pas à espérer ici. L'ordre inauguré par les éditeurs de Versailles avait du reste le mérite d'être à peu près logique. 11 le sera peut-être un peu plus encore après les modifications de détail que nous avons dû y apporter. Elles consistent en certaines éliminations nécessaires, et quelques additions qui viendront les compenser.
A\ec la suppression des pièces déjà publiées dans notre série chronologique, quelques autres s'imposaient encore. On avait trouvé dans les portefeuilles de Bossuet des extraits d'Aristote, accompagnés de leur traduction : on les transforma en Pensées chrétiennes et morales. Les éditions modernes ont suivi Deforis en ce point : ces pages i sont donc devenues les articles xxxiii (en partie), xxxiv (en entier). M. Lâchât, ayant rencontré le manuscrit au Grand séminaire de Meaux, se hâta de le classer, comme œuvre inédite ^, parmi les ouvrages composés pour l'éducation du Dauphin (1671-1681), Il ne remarqua pas qu'il l'avait déjà publié, à l'exemple de ses devanciers, parmi les œuvres oratoires, moins toutefois les citations grecques, que Deforis n'avait pas reproduites. Il y a lieu de s'étonner de voir imputer à Bossuet, précepteur du Dauphin, des pages que le style, l'orthographe, l'écriture même, montrent plus anciennes d'une vingtaine d'années. Que ces curieux spécimens de ses études dans sa première jeunesse soient intéressants à conserver dans ses Œuvres complètes, je n'en disconviens pas; mais il paraît abusif de les annexer aux Sermons.
Après ces diverses réductions, il nous restera quarante-deux articles. Nous avons maintenu les titres usités, sauf à les compléter parfois, en raison de certaines additions. Les unes proviennent simplement de ce que nous avons fait rentrer les Pensées détachées dans les Pensées chrétiennes et morales : toutes sont en effet de même nature. D'autres avaient été oubliées ou volontairement écartées dans les remaniements modernes; nous les avons redemandées à la première édition. Plusieurs enfin sont inédites; nous en indiquerons l'origine '^.
cution (art. Xiv, après le premier sainte Ecriture sont accompagnés alinéa), pour l'interpoler dans le d'une traduction. Nous la supprimesermon sur la Femme adultère. Il a rons dans la plupart des cas, comme èYumwé àenx. Pensées détachées {yi\l n'étant pas de Bossuet, M. le chaet XVII de l'édition de Versailles). noine "Tougard ayant fait voir C'est à quoi se réduisent les impor- qu'elle était empruntée à la version tantes rectifications qu'il s'attribue. de la Bible de Nicolas Le G-ros,
1. De V Homme ; delà f^ociété. janséniste appelant, Cologne (Am-