Même paragraphe dans Deforis
Le poids de la douleur dans la pénitence empêche les affections déréglées ; car la contrition est une brisure de cœur.
Il n'est pas moins nécessaire de s'éprouver sur les précautions et sur le régime qu'on se prescrit pour conserver la santé. Lorsqu'on l'a recouvrée, on a surtout besoin d'une grande vigilance pour éviter les petits péchés, c( de peur que l'esprit, accoutumé aux fautes légères, n'ait plus d'horreur des plus grandes; et qu'en s 'habituant au mal, il ne prétende être autorisé à le commettre : ut mens assueta malts levihus nec graviora perhorrescat atque ad quamdam auctoritatem nequitiœ, per culpas nutrita pervenîat. » (S. Gregor., Pastor.,
p. III, C. XXXIIl).
Cette vigilance si nécessaire pour conserver la grâce doit nous faire prendre garde à toutes les occasions qui pourraient ou l'affaiblir, ou nous la faire perdre, afin de les éviter soigneusement. Elle nous apprendra à ôter le regard avant que le cœur soit blessé... Mais, pour persévérer, il est essentiel de prier beaucoup dans le sentiment de sa faiblesse et de ses besoins. Car l'âme qui ne prie pas tombe bientôt dans le sommeil et de là dans la mort. Ainsi, après sa conversion, il faut opérer son salut avec crainte et un tremblement mêlé d'amour. Quelle crainte? Celle de perdre Dieu.
Bonne ^ conscience, un refuge assuré. Ceux qui l'ont mauvaise sont sans refuge, parce que dans leur conscience nulle sûreté, nul repos. Ipsa munditia cordis tui delectahit te ^. Parmi tant d'accidents l'homme se doit faire un refuge. Nul refuge n'est assuré que celui de la conscience : sans cela, malheurs inévitables.
La ^ honte se met entre la vertu et le péché pour empêcher qu'on ne la quitte ; puis entre le péché et la
1. Deforis. CLXXVi. Omis dans les auquel on a vu plus haut, p. 601, éditions modernes. qu'il n'appartenait pas.
2. Deforis,CLîv, et l'alinéa suivant ' 3. Ms de la collection H. de Eoth- CLXvi. M. Lebarq l'avait fait entrer schild. Modifié par Deforis,'ciiXVii. dans un sermon sur la préparation 4. S. Auç. Enarr.in Ps. XXXIII,5. à la communion pascale, t. lY, p. 5, 5. Deforis, cxv.
vertu pour empêcher qu'on ne la reprenne ; et malheureusement elle réussit mieux dans ce dernier effort. Trois choses à faire pour se fortifier contre cette honte : premièrement rentrer en sa conscience : la honte intérieure fait qu'on méprise l'extérieure; secondement se dire sincèrement à soi-même : J'ai ravi la gloire à Dieu, il est juste que je perde la mienne ; troisièmement penser combien il est nécessaire de souffrir une confusion passagère pour éviter la honte éternelle.
Le ^ péché et la mort dominent sur nous : la mort, comme un tyran ; le péché, comme un roi chéri et aimé. Il faut, pour nous délivrer de cette injuste domination, craindre ce que nous aimions et aimer ce que nous craignions. Il y en a sur lesquels le péché règne, quand ils lui obéissent avec plaisir ; il y en a qu'il tyrannise. « Quod nolo maliim, hoc ago ^ : Je^ fais le mal que je ne veux pas; » c'est le meilleur état.
Désir ^ de la conversion des hommes. — Hommes sujets à changement : quand sera-ce que nous changerons par la conversion ? Tous les âgés et états changent quelque chose en nous : quand sera-ce que nous changerons pour la vertu ?
Il y a •" un jour que Dieu seul sait, après lequel il n'y a plus pour l'âme aucune ressource; c'est parce que ^ Jésus-Christ a dit : Tu n^as pas connu, ô Jérusalem, le temps où Dieu te visitait : espère encore, il est encore temps ; et si jusqu'ici tu as été insensible à ta propre perte, pleure aujourd'hui, et tu vivras: car c'est le grand signe de la miséricorde divine, de reconnaître sa misère et d'en gémir sincèrement.
1. Deforis. cm. — Le même édi- 3. Traduction d'origine douteuse, teur, ccxvi, donne ce texte abrégé, 4. Titre autographe. Ms. au qui ressemble à une variante : « Le G-rand séminaire de Meaux. péché règne comme un roi chéri ; la 5. Deforis, t. VIII, p. 438 (dans mort, comme un tyran. Il faut les opuscules de piété).
craindre ce que nous aimons, le 6. Liaison assez étrange. Les co-
péché ; et aimer ce que nous crai- pistes ou l'éditeur ont peut-être
gnons, la mort. » ajouté quelques mots pour amener