‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 5 sur 538 · I Cor., 1, 19. 4. Job, XXXVIII · texte numérisé non relu

I Cor., 1, 19. 4. Job, XXXVIII

DE SAINT FRANÇOIS D ASSISE. ô

par des démarches insensées ; il saute les montagnes et les collines, du ciel à la crèche, de la crèche, par divers bonds, sur la croix, de la croix au tombeau et au fond des enfers, et de là au plus haut des cieux. Tout est sans ordre, tout est sans mesure.

Par les mêmes démarches que l'Infini s'est joint au fini, par les mêmes le fini doit s'élever à l'Infini. Il doit se libérer et s'affranchir de toutes les règles de prudence qui le resserrent en lui-même, afin de se perdre dans l'Infini; et cette perte dans l'Infini, parce qu'elle met au-dessus de toutes les règles, paraît un égarement. Telle est la folie de François.

La perte de la raison fait perdre trois choses. Premièrement, les insensés perdent les biens : ils n'en connaissent plus la valeur, ils les répandent, ils les prodiguent. ^Secondement, ils perdent la honte : louanges ou opprobres, tout leur est égal; ils s'exposent sans en être énms à la dérision publique. Troisièmement, ils se perdent eux-mêmes : ils ne connaissent pas l'inégalité des saisons, ni les excès du froid et du chaud; ils ne craignent pas les périls, et s'y jettent à l'abandon avec joie. François a perdu la raison, non point par faiblesse, mais il l'a perdue heureusement dans les ténèbres de la foi ; ensuite il a perdu les biens, la honte et soi-même. Non seulement il néglige les biens, mais il a une avidité de les perdre ; non seulement il méprise les opprobres, mais il ambitionne d'en être couvert ; non seulement il s'expose aux périls, mais il les recherche et les poursuit. O le plus insensé des hommes, selon les maximes du monde ; mais le plus sage, le plus prudent, le plus avisé selon les maximes du ciel !

L'âme ^ qui possède Dieu ne veut que lui. « J'entrerai dans les puissances du Seigneur : Seigneur, je ne me souviendrai que de votre justice : Introiho in potentias Dominî; Domine, memorahor justitiae tuœ solius^. » Quand on veut entrer dans les grandeurs et dans les

1. Après l'énoncé du plan, qu'on tent par destination, l'une au prévient de lire, Bossuet s'est borné à mier, l'autre au second point, jeter sur le papier deux notes pour 2. Ps. LXX, 16. le corps du discours. Elles se rappor-

4 PANÉGYRIQUE DE SAINT FRANÇOIS d'aSSISE.

puissances du monde, on tombe nécessairement dans la multiplicité des désirs. Mais quand on pénètre dans les puissances du Seigneur, aussitôt on oublie tout le reste ; on ne s'occupe que des moyens de croître dans la justice, pour s'assurer la possession d'un si grand bien: Domine, memorabor justitiœ tuse solius. C'est ce que l'Évangile confirme en nous exhortant à chercher d'abord « le royaume de Dieu et sa justice : Quierite primum regniim Dei et justitiam ejus K » Le règne, c'est potentîas Domini ; c'est pourquoi on travaille à acquérir la justice pour y parvenir : inemorahor justitiœ tuœ solius.

Ce n'est pas ici le temps des honneurs : il faut porter la^ confusion d'avoir méprisé notre roi. Nous avons dégradé Dieu et sa royauté. Jésus-Christ n'est plus notre roi ; nous avons transgressé ses lois, violé son autorité, foulé aux pieds sa majesté sainte : c'est pourquoi il n'a plus de couronne qu'une couronne d'épines; et sa royauté devient le jouet des soldats, etc.

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