‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 506 sur 538 · XXVII. — Des gens de bien · texte numérisé non relu

XXVII. — Des gens de bien

La ^ justice est une espèce de martyre. L'homme de bien, dans les fonctions publiques, ne peut gratifier ses amis; l'injuste le peut. L'homme de bien se donne des bornes à lui-même ; l'injuste n'en connaît aucunes. Celui à qui il ^ fait du bien croit qu'il lui est dû ; il n'oblige proprement que la société, et qui est encore une multitude toujours ingrate. Il souffre les injures et s'expose à toutes sortes d'outrages, croyant qu'il n'est non plus permis à un honmie de bien de faire du mal qu'à un médecin de tuer.

Il ^ est peu considéré, parce qu'il ne peut se faire d'amis que par la vertu, qui est une faible ressource; parce que les hommes ordinairement sont injustes, car ils ne blâment que ceux qui sont injustes à demi. Ceux qui arrivent par leur injustice jusqu'à opprimer l'autorité des lois, sont loués, non seulement par les flatteurs, mais parce qu'en effet le genre humain ne juge que par les événements : que ^ l'injustice impunie passe aisément pour justice, si peu qu'elle ait d'adresse pour se couvrir de prétextes, et que les hommes estiment heureux ceux qui sont venus à ce point. Car il est vrai que les hommes ne blâment l'injustice que parce qu'ils ne peuvent la faire, et qu'ils craignent de la souffrir.

De "^ tout cela il résulte que c'est principalement aux grands de pratiquer la justice : premièrement, parce qu'ils sont personnes pubKques, dont le bien, comme tels, est le bien public; secondement, parce qu'ils ne craignent rien, à cause de leur puissance; troisièmement, parce que leur appui doit être l'amour, la reconnaissance, le respect de la multitude, qui aime la justice, dont l'amour ne se corrompt en nous qu'à cause des intérêts particuliers.

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