‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 58 sur 538 · Var. : enchantés. avez qu'une faible idée, qui cède · texte numérisé non relu

Var. : enchantés. avez qu'une faible idée, qui cède

3. Première rédaction (effacée) : trop aisément aux impressions de (( Pourrai-je réveiller ce sentiment vos sens. Je ne vous veux point éteint dans les cœurs ? 0 Jésus res- fatiguer par une longue suite de suscité, donnez-moi une parole de raisonnement. Cette vie (f° 77, v») vie pour ressusciter dans vos enfants éternelle qui entre encore si peu ce goût de la vie éternelle qui devait dans votre esprit, la désirez-vous être le fruit de votre résurrection du moins?... » -

(invocation supprimée avant le reste). 4. Ou : Chrétien : on peut hésiter

« Quœ sursum sunt quœrite: Cher- d'après le manuscrit.

chez ce qui est en haut : » vous 5. Yar. : Est-ce trop vous deman-

siriez la vie éternelle ? Mais, si vous la désirez, vous l'acquérez par ce désir en le fortifiant ^ ; et sans tourner davantage^, sans fatiguer votre esprit par une longue suite de raisonnements, vous avez dans cet instinct d'immortalité le témoignage secret de l'éternité pour laquelle vous êtes né [s] , la preuve qui vous la démontre, le gage du Saint-Esprit qui vous en assure, et le moyen infaillible de la recouvrer. Dites seulement avec David, David un homme comme vous, mais un homme assis sur le trône et environné de plaisirs, mais un roi victorieux et comblé de gloire, dites seulement avec lui : c( Mon bien, c'est de m 'attacher à Dieu : Mihi autem [adhierere Deo, honum est] ^ » : un trône est caduc, la grandeur s'envole, la gloire n'est qu'une fumée, la vie n'est qu'un songe ; mon bien, c^est cV avoir mon Dieu, et de m^y tenir attaché ; et encore : Qu'' est-ce que je veux dans le ciel, et qu^ est-ce que je vous demande [p. 14] sur la terre ? Vous êtes le Dieu de mon cœur, et mon Dieu, mon partage éternellement ^.

Mais il faut pousser ce désir avec toute la pureté de la nouveauté chrétienne. Je m'explique : les Juifs, qui n'entendaient pas les mystères de Jésus-Christ, ni, comme parle l'Apôtre, la vertu de sa résurrection, et les richesses inestimables du siècle futur ^, ne laissaient pas de préférer Dieu aux fausses divinités; mais ils voulaient obtenir de lui des félicités temporelles. Moi, Seigneur, je ne veux que vous, mon Dieu, mon partage éternellement ; ni dans le ciel, ni dans la terre, je ne veux que vous. [p. 15] Tout ce qui n'est pas éternel, fût-ce une couronne, n'est digne ni de votre libéralité, ni de mon courage ; et puisque vous avez voulu que je connusse, faiblement à la vérité, eu égard à votre immense grandeur, mais enfin avec une certitude qui ne me laisse aucun doute, votre éternité toute entière et votre infinie perfection, j'ai droit de ne me contenter pas d'un moindre objet : je ne veux que vous sur la terre, et je ne veux que vous-même dans le ciel ; et si

der... ? La leçon définitive, écrite en 2. Var. : sans aller plus loin.

marge au crayon^ est presque effa- lî. Ps. Lxxii. 28

cée. 4. /ft/V7., 25, 26.

]. Var. : en fortifiant ce désir — ô. Philip., m, 10 ; Hebr.. vi par ce désir.

VOUS n'étiez vous-même le don précieux que vous nous y faites, tout ce que vous y donnez d'ailleurs avec tant de profusion ne me serait rien.

Que si vous pouvez former ce désir avec un David, avec un saint Paul, avec tant de saints martyrs et tant de saints pénitents, hommes conmie vous ; si vous pouvez dire, à leur exemple : Mon Dieu, je vous veux ; il est à vous : car ni ^ la bonté de Dieu ne lui permet de se refuser à un cœur qui le désire^, ni une force majeure ne le peut ravir à qui le possède, ni il n'est luimême un ami changeant que le temps dégoûte. Quoi ! mes Frères, que de cette main benfaisante lui-même il arrache ses propres enfants de ce sein paternel où ils veulent vivre ! il n'y a rien qui soit moins de lui ; et de toutes les vérités, la plus certaine, la mieux établie, la plus immuable, c'est que Dieu ne peut manquer à qui le désire, et que nul ne peut perdre Dieu que celui qui s'en éloigne le premier par sa propre volonté. Qui ne l'entend pas, c'est un aveugle; qui le nie, qu'il soit anathème.

[P. 17] ^ Que sentez-vous, Chrétiens, à ces paroles? Saint Paul n'a-t-il pas eu raison de vous exciter à chercher les choses célestes, puisque en les cherchant vous les acquérez? Ses paroles ont-elles piqué votre cœur du vrai désir de la vie? ai-je trouvé en les expliquant ce bienheureux fond que Dieu mit dans votre âme pour la rappeler à lui quand il la fît à son image, que le péché vous avait fait perdre, et que Jésus-Christ ressuscité vient renouveler? [p. 18] D'où* vous vient cette idée d'immortalité, d'où vous en vient le désir, si ce n'est de Dieu? N'est-ce pas le Père de tous les esprits qui sollicite le vôtre de s'unir au sien pour y trouver la vraie vie ? Peut-il ne pas contenter un désir qu'il inspire, et ne veut-il que nous tourmenter par une vue stérile d'immortalité?

Ha ! je ne m'étonne pas si nous ne sentons rien d'immortel en nous : nous ne désirons même pas l'immor-

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