Pierre Séguier fut protecteur de
l'Académie de 1642 à 1672, année de sa mort, et c'est dans son Hôtel que cette Compagnie tenait ses séances.
Cet hôtel était situé rue de G-renelle Saint-Honoré et s'étendait jusqu'à la rue du Bouloi. Il devint en 1690 la Cour des Fermes. Il a disparu dans l'agrandissement de la rue Coquin ière et de la rue du Louvre.
Au no 15 de cette dernière rue, sur l'emplacement d'une partie de cet hôtel, s'élève, depuis 1891, une fontaine monumentale. A partir de 1673, l'Académie se réunit au Louvre.
3. François Charpentier (1620- 1702) connaissait bien rantiquité,et prit néanmoins le parti de Perrault dans la querelle des anciens et des modernes. Il est surtout connu par les railleries de Boileau. Il a publié, outre des traductions du grec, une Défense de l'excellence de la langue
française (Paris, 1683,2 vol. in-12).
4. Voir la Correspondance de Bossuet, édit. Urbain et Levesque, t. I, p. 220 et 221.
l'Académie, écrit Bussy-Rabutin i. Il est beau; cela ne me surprend pas : il ne fait rien qui ne soit de cette nature. »
On remarquera que Bossuet n'y dit pas un mot de son prédécesseur : ce n'était pas encore l'usage, bien que Segrais, en 1662, eût parlé avec éloge de Boisrobert, et l'abbé Tallemant le jeune, en 1666, de Gombauld. D'ordinaire, le récipiendaire se bornait à louer le cardinal de Richelieu, fondateur, le chancelier Séguier, protecteur de l'Académie, et surtout le Roi. A ces éloges traditionnels, Bossuet ajoute des considérations sur la langue.
Son discours fut imprimé en 1671, mais cette première édition a disparu complètement. Nous le donnons tel qu'il se lit dans le Recueil des harangues prononcées par Messieurs de V Académie française dans leurs réceptions, Paris, 1698, in-4.
Messieurs,
Je sens plus que jamais la difficulté de parler, aujourd'hui que je dois parler devant les maîtres de l'art du bien dire et dans une Compagnie où l'on voit paraître avec un égal avantage l'érudition et la politesse. Ce qui augmente ma peine, c'est qu'ayant abrégé en ma faveur vos formes et vos délais ordinaires, vous me pressez d'autant plus à vous témoigner ma reconnaissance que vous vous êtes vous-mêmes pressés de me faire sentir les effets de vos bontés particulières, si bien que, m 'ayant oté par la grandeur de vos grâces le moyen d'en parler dignement, la facilité de les accorder me prive encore du secours que je pouvais espérer de la méditation et du temps. A la vérité. Messieurs, s'il s'agissait seulement de vous exprimer les sentiments de mon cœur, il ne faudrait ni étude, ni application pour s'acquitter de ce devoir. Mais si je me contentais de vous donner ces marques de reconnaissance que la nature apprend à tous les hommes, sans exposer les raisons qui me font paraître ma réception dans cette illustre Compagnie si avantageuse et si honorable, ne serait-ce pas me rendre indiorne d'entrer dans un corps si célèbre, et démentir en quelque sorte l'honneur que vous m'avez fait par votre choix?
1. A M"« du Pré, 27 juillet 1671. édit. Lalanne, t. T, p. 440.
DE RECEPTION A L ACADEMIE FRANÇAISE
Il faut donc vous dire, -Messieurs, que je ne regarde pas seulement cette Académie comme une assemblée d'hommes savants que l'amour et la connaissance des belles-lettres unissent ensemble. Quand je remonte jusqu'à la source de votre institution, un si bel établissement élève plus haut mes pensées. Oui, Messieurs, c'est cette ardeur infatigable qui animait le grand cardinal de Richelieu à porter au plus haut degré la gloire de la France ; c'est, dis-je, cette même ardeur qui lui inspira le dessein de former cette Compagnie. En effet, s'il est véritable, comme disait l'Orateur romain, que la gloire consiste, ou bien à faire des actions qui soient dignes d'être écrites, ou bien à composer des écrits qui méritent d'être lus, ne fallait-il pas. Messieurs, que ce génie incomparable joignît ces deux choses, pour accomplir son ouvrage? C'est aussi ce qu'il a exécuté heureusement. Pendant que les Français, animés de ses conseils vigoureux, méritaient par des exploits inouïs que les plumes les plus éloquentes publiassent leurs louanges, il prenait soin d'assembler dans la ville capitale du royaume l'élite des plus illustres écrivains de France pour en composer votre corps. Il entreprit de faire en sorte que la France fournît tout ensemble et la matière et la forme des plus excellents discours ; qu'elle fût en même temps docte et conquérante, qu'elle ajoutât l'empire des lettres à l'avantage glorieux qu'elle avait toujours conservé de commander par les armes. Et certainement, Messieurs, ces deux choses se fortifient et se soutiennent mutuellement. Comme les actions héroïques animent ceux qui écrivent, ceux-ci réciproquement vont remuer par le désir de la gloire ce qu'il y a de plus vif dans les grands courages, qui ne sont jamais plus capables de ces généreux efforts par lesquels l'homme est élevé au-dessus de ses propres forces que lorsqu'ils sont touchés de cette belle espérance de laisser à leurs descendants, à leur maison, à l'État des exemples toujours vivants de leur vertu et des monuments éternels de leurs mémorables entreprises^. Et quelles mains peuvent dresser ces monuments