Matth.. XVI. 18. 6. /^jU, xx virr
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vèrent toujours en nos rois ces charitables voisins que le pape Pelage II avait espérés. La France, plus favorable à leur puissance sacrée que l'Italie et que Rome même, leur devint comme un second siège, où ils tenaient leurs conciles et d'où ils faisaient entendre leurs oracles par toute l'Église. Troyes, et Clermont, et Toulouse, et Tours, et Reims plusieurs fois, et les autres villes le peuvent dire, pour ne point parler ici de deux conciles universels tenus à Lyon et d'un autre concile universel tenu à Vienne : tant les papes ont pris plaisir à faire les actes les plus importants et les plus authentiques de l'Église dans le sein et avec la fidèle coopération de l'Église gallicane.
Cependant la troisième race était montée sur le trône: race encore plus pieuse que les deux autres, qui aussi a toujours vu augmenter sa gloire, qui seule dans tout l'univers et depuis le commencement du monde se voit sans interruption depuis sept cents ans toujours couronnée et toujours régnante, race enfin qui devait donner saint Louia^ au monde, en laquelle le monde étonné voit encore aujourd'hui de si grandes choses et en attend de plus grandes. Vous dirai-je combien de fois et en quels termes elle a été bénite ^ par le Saint Siège? Sous cette race, la France est un royaume chéri et héni de Dieu, un royaume dont V exaltation est inséparable de celle du Saint Siège ^, un royaume... ; mais si j'entreprenais de tout raconter, le jour n'y suffirait pas.
Aussi faut-il avouer qu'il y a eu dans ces rois, avec beaucoup de religion, une noblesse qui les a fait révérer de toute la terre et qui les a mis au-dessus des autres rois. Quand les empereurs se vantaient de combattre pour les intérêts communs des rois, les nôtres ont su trouver dans une plus noble constitution de leur État et dans une plus grande hauteur de leur couronne une plus sûre défense ; puisque, sans qu'ils eussent besoin de se remuer, leur majesté ne fut pas même attaquée dans ces premiers temps et que jamais ils n'ont été
I. Ce participe n'avait pas alors la l'expression toute sa force,
bizarrerie d'une double forme au 2. Alex. III, Epist., x^xx (tom. X
féminin, avec deux significations Co«c., p. 1212) ; Innoc. III, Greg. IX
légèrement distinctes. Il semble (t. XI Conc, part. I, p. 27,367, etc.) qu'ici bénie ne laisserait pas à
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obliaés ni à soutenir des guerres, ni, ce qui est bien plus horrible, à faire des schismes pour la détendre.
Ces rois aussi bienfaisants que religieux, loin de profiter de la faiblesse des papes toujours réfugiés dans leur royaume, se relâchaient volontairement de quelques-uns de leurs droits plutôt que de troubler la paix de l'Église ; et pendant que saint Thomas de Cantorbéry était banni d'Angleterre comme ennemi des droits de la royauté, la France plus équitable le recevait dans son sein comme le martyr des libertés ecclésiastiques. Nos rois donnèrent cet exemple à tout l'univers ; l'Église, qu'ils honoraient, les honorait à son tour, et l'égalité tant recommandée par l'Apôtre ^ s'entretenait par de mutuelles reconnaissances.
T. a piété se ralentissait, et les désordres se multiphaient dans toute la terre. Dieu n'oublia pas la France. Au milieu de la barbarie et de l'ignorance elle produisit saint Bernard, apôtre, prophète, ange terrestre, par sa doctrine, par sa prédication, par ses miracles étonnants et par une vie encore plus étonnante que ses miracles. C'est lui qui réveilla dans ce royaume et qui répandit dans tout l'univers l'esprit de piété et de pénitence. Jamais sujet ne fut plus zélé pour son prince ; jamais prêtre ne fut plus soumis à l'épiscopat ; jamais enfant de l'Église ne défendit mieux l'autorité apostolique de sa mère l'Église romaine. Il regardait dans le Pape seul tout ce qu'il y a^/ait de plus grand dans l'un et l'autre Testament : un Abraham, un Melchisédech, un Moïse, un Aaron, un saint Pierre, en un mot Jésus- Christ même^. Mais afin qu'une autorité sur laquelle l'Église est fondée fût plus sainte et plus vénérable à tous les peuples, il ne cessa d'en séparer autant qu'il pouvait ce qui semblait plutôt la déshonorer que l'agrandir.
Tout est à vous, disait-iP, tout dépend du chef, mais c'est avec un certain ordre. On ferait un monstre
1. Phrase assez obscure. Ut flat loratenr veut parler des bons pro-
œqurilitas, dit saint Paul (II Cor.. cédés dont usaient réciproquement
viir, 14) : mais il s'ae^it de la charité les deux puissances,
pour les pauvres: ailleurs: yl/<era/^t'- 2. S. Bern., De Consid., lib. II,
riutf onera portate (Gai., vi,2) ; mais cap. viii ;et lib. IV, cap. vu .
il s'ae:it d'une autre forme de la ,'}. /6?J., lib. III, cap. iv. charité fraternelle. On devine que
(lu corps humain si on attachait immédiatement tous les membres à la tête : c'est par les évêques et les archevêques qu'on doit venir au Saint Siège ; ne troublez point cette hiérarchie, qui est l'image de celle des anges. Vous pouvez tout, il est vrai ; mais un de vos ancêtres^ disait: Tout in^est pervm, mim tout n^est pas convenable^. Vous avez la plénitude de la puissance ; mais rien ne convient mieux à la puissance que la règle. Enfin l 'Église romaine est la mère des Églises ^, mais non une maîtresse impérieuse, et vous êtes, non pas le seigneur des évêques, mais l'un d'eux : paroles que ce saint honmie n'a pas proférées pour affaiblir une autorité qu'il a fait révérer à toute la terre, mais afin de rappeler en la mémoire du successeur de saint Pierre cette excellente doctrine, que Jésus-Christ, qui l'a élevé à une si grande puissance, n'a pas voulu néanmoins lui donner un caractère supérieur à celui de l'épiscopat, afin que, dans cette haute élévation, il prît soin de conserver dans tous les évêques la dignité d'un caractère qui lui est commun avec eux, et qu'il songeât qu'il y a toujours avec une grande autorité quelque chose de doux et de fraternel dans le gouvernement ecclésiastique, puisque, si le Pape doit gouverner les évêques, il les doit aussi gouverner par les lois communes que le Saint Siège a fait siennes en les confirmant. C'est ce que disent tous les papes ; et encore qu'ils puissent dispenser des lois pour l'utilité publique ^, le plus naturel exercice de leur puissance est de les faire observer en les observant les premiers, comme ils en ont toujours fait profession dès l'origine du christianisme. Voilà ce que disait saint Bernard et tous les saints de ce temps; voilà ce qu'ont toujours dit ceux qui ont été parmi nous les plus pieux. C'est aussi ce qui obligea le roi le plus saint qui ait jamais porté la couronne, le plus soumis au Saint Siège et le plus ardent défenseur de la foi romaine (vous reconnaissez saint Louis) à per-
l.On s'étonne de voir saint Paul dans, l'histoire comme fondateurs
appelé (( un des ancêtres » d'Eu- de l'Église de Rome,
gène III, comme s'il s'agissait de 2.1 Cor., x, 22.
saint Pierre. C'est sans doute parce 3. S. Bern., op. cit. ,lih. IV,cap. vu.
que les deux apôtres sont associés 4:.lbid., lib. 111, cap. iv.
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sévérer dans ces maximes et à publier une Pragmatique ^ pour maintenir dans son royaume le droit commun et la puissance des ordinaires selon les conciles généraux et les institutions des saints Pères ^.
Ne demandez plus ce que c'est que les libertés de l'Ég]ise gallicane. Les voilà toutes dans ces précieuses paroles de l'ordonnance de saint Louis; nous n'en voulons jamais connaître d'autres. Nous mettons notre liberté à êtr^ sujets aux canons, et plût à Dieu que l'exécution en fût aussi effective dans la pratique que cette profession est magnifique dans nos livres ! Quoi qu'il en soit, c'est notre loi ; nous faisons consister notre liberté à marcher autant qu'il se peut dans le droit commun, qui est le principe ou plutôt le fond de tout le bon ordre de l'Église^, sous la puissance canonique des ordinaires, selon les conciles généraux et les institutions des saints Pères ; état bien différent de celui oîj la dureté de nos cœurs plutôt que l'indulgence des souverains dispensateurs nous a jetés, où les privilèges accablent les lois, où les grâces semblent vouloir prendre la place du droit commun, tant elles se multiplient, où tant de règles ne subsistent plus que dans la formalité qu'il faut observer d'en demander la dispense : et plût à Dieu que ces formules conservent du moins avec le souvenir des canons l'espérance de les rétablir! C'est l'intention du Saint Siège; c'en est l'esprit : il est certain ; mais, s'il faut autant qu'il se peut tendre au renouvellement des anciens canons, combien religieusement faut-il conserver ce qui en reste, et surtout ce qui est le fondement de la discipline? Si vous voyez donc vos évêques demander humblement
1. Cette pièce est reconnue main- deux siècles plus tard, par quelque
tenant comme supposée. Le P. de autre légiste, aurait été reçu avec
Smedt {Principes de la critique his- enthousiasme par les prélats du
torique,Tp. 259-262), s'étonnant avec concile de Bourges (14iJ8).fort hos-
raison du silence universel depuis tiles à Rome et tout disposés à
Tan 1268, dont cette prétendue Pra- sanctionner les prétentions de l'au-
çmatique porte la date, jusqu'à l'an torité royale. Voir Thomassy, de la
i 438, où elle fut produite pour la pre- Pragmatique sanction attribuée à
mière fois, pour iustifier la Pragmu- saint LoMiA-,Paris, 1861 , in-8 : Schuer-
tique sanction de Charles \U. se mans, la Pragmatique sanction de
demande si l'on ne serait pas en face saint Louis^ Bruxelles, 1890, in-8.
d'un projet élaboré au XIII^ siècle 2. Pragm. S. Ludov.^ n. 4.
par des légistes, mais repoussé par 3. Comme le disait saint Bernard,
la piété du saint roi, et qui retrouvé, à la page précédente.
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au Pape l'inviolable conservation de ces canons et de la puissance ordinaire dans tous ses degrés, souvenezvous qu'ils ne font que marcher sur les pas de saint Louis et de Charlemagne, et imiter les saints dont ils remplissent les chaires. Ce n'est pas nous diviser d'avec le Saint Siège (à Dieu ne plaise!), c'est au contraire conserver avec soin jusqu'aux moindres fibres qui tiennent les membres unis avec le chef. Ce n'est pas diminuer la plénitude de la puissance apostolique : l'Océan même a ses bornes dans sa plénitude, et s'il les outrepassait sans mesure aucune, sa plénitude serait un déluge qui ravagerait tout l'univers^. Au reste, la puissance qu'il faut reconnaître dans le Saint Siège est si haute et si éminente, si chère et si vénérable à tous les fidèles, qu'il .n'y a rien au-dessus que toute l'Église catholique ensemble ^ ; encore faut-il savoir connaître les besoins extraordinaires et les extrêmes périls oà il faut que tout s'assemble et se réunisse. Ces maximes sont de tous les siècles ; mais, dans l'un des derniers siècles, un besoin pressant de l'Ëglise, un grand mal, un schisme effroyable, obligea toute l'Église à les appliquer et à les mettre en pratique d'une façon plus expresse dans le saint concile de Pise et dans le saint concile de Constance. La France fut la plus zélée à les soutenir ; mais la France fut suivie de toute l'Église ^. Ces maximes supposées comme indubitables du commun consentement des papes, de tous les évêques et de tous
1. L'abbé Réaiime, {Histoire de l'Eglise n'aurait pas de chef inconiSoA'SM^!;, t. II, p. 108), travestit ainsi testé, comme au temps du concile cette belle comparaison : « ... Quoi ! de Constance; et c'est bien ainsi que vous allez jusqu'à supposer que Bossuet l'entend. Quant à opposer Jésus-Christ a confié le gouverne- le Pape à l'Église, cela serait de tout ment plénier de son Eglise à un in- point chimérique. Les querelles théosensé qui est capable d'outrepasser- logiques enti-e gallicans et ultrasans mesures (sic) la puissance, et montains tendaient toujours à sacride se répandre en un déluge qui fier le Pape aux évêques ou les ravagerait toute V Église ? Cette évêques au Pape. On finira peut-être étrange supposition nous paraît par reconnaître que les prérogatives quelque peu blasphématoire... » Ce de l'un ne sont point incompatibles qui est bien étrange, c'est de prêter avec celles des autres.
de telles images à Bossuet, même 3. Le tort du gallicanisme était de
quand on veut le réfuter: «vin insensé vouloir appliquer en temps normal,
qui est capable de se répandre en au cas d'un pape certain. ce qui n'était
un déluge...! )) qu'un expédient nécessaire pour ter-
2. L'hypothèse qui considère l'E- miner le schisme au milieu delà diglise séparée de son chef ne se con- versité des obédiences et de l'incertiçoit guère que dans le cas où tude sur le vrai successeur de Pierre
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les fidèles, rétablirent l'autorité du Saint Siège 'affaiblie par les divisions. Ces maximes mirent fin au schisme, extirpèrent les hérésies que le schisme fortifiait, et firent espérer au monde, malgré la dépravation des mœurs, la réforme universelle de la discipline dans toute la chrétienté, sans rien excepter. Ces maximes demeureront toujours en dépôt dans l'Église catholique. Les esprits inquiets et turbulents voudront s'en servir pour brouiller ; mais les humbles, les pacifiques, les vrais enfants de l'Église s'en serviront toujours selon la règle, dans les vrais besoins et pour des biens effectifs. Les cas où on le doit faire seraient aisés à marquer, puisqu'ils sont si clairement expliqués dans les décrets du concile de Constance ^ ; mais il vaut mieux espérer que la déplorable nécessité de réfléchii: sur ces cas n'arrivera pas, et que nos jours ne seront pas assez malheureux pour avoir besoin de tels remèdes. Ha ! si îe nom de concile œcuménique, nom si saint et si vénérable, doit être employé, que ce ne soit pas en matière contentieuse et pour faire durer de funestes divisions^, mais plutôt pour réunir la chrétienté déchirée par tant de schismes et pour travailler à l'œuvre de réformation qui jamais n'est achevée durant cette vie! Cependant conservons ces fortes maximes de nos pères, que l'Église gallicane a trouvées dans la tradition de l'Église universelle, que les Universités du royaume, et principalement celle de Paris, ont apprises des saints évêques et des saints docteurs qui ont toujours éclairé l'Église de France, sans que le Saint Siège ait diminué les éloges qu'il a clonnés à ces fameuses Universités^. Au contraire, c'est en sortant du concile de Baie, où ces maximes avaient été renouvelées avec l'applaudissement de tout le royaume, que Pie II, qui le savait, puisqu'il avait autrefois prêté sa plume à ce concile % s'adres-