‹ uvresChapitre 87 sur 137 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Cependant un des gens du maître de Lainon, envoyé de la ville, lui apporta nouvelles que leur commun seigneur viendrait un peu devant les vendanges voir si la guerre aurait point fait de dommage en ses terres; à l'occasion de quoi Lamon , étant la saison avancée et passé le temps des chaleurs , accoutra diligemment logis et jardins, pour que le maître n'y vît rien qui ne fut plaisant à voir. 11 cura les fontaines , afin que l'eau en fut plus nette et plus claire; il ôta le fumier de la cour, crainte que la mauvaise odeur ne lui en fàchat; il mit en ordre le verger, afin qu'il le trouvât plus beau.

Vrai est que le verger de soi était une bien belle et plaisante chose, et qui tenait fort de la magnificence des rois. Il s'étendait environ demi-quart de lieue en longueur, et était en beau site élevé, ayant de largeur cinq cents pas, si qu'il paraissait à l'œil comme un carré allongé. Toutes sortes d'arbres s'y trouvaient : pommiers , myrtes, mûriers, poiriers , comme aussi des grenadiers, des figuiers, des oliviers, en plus d'un lieu de la vigne haute sur les pommiers et les poiriers , où raisin et fruits mûrissant ensemble, l'arbre et la vigne entre eux semblaient disputer de fécondité. C'étaient là les plants cultivés; mais il y avait aussi des arbres non portant fruit et croissant d'eux-mémén.es , tels que platanes, lauriers, cyprès, pins; et sur ceuxlà , au lieu de vigne , s'étendaient des lierres , dont les grappes , grosses etjà noircissantes, contrefaisaient le raisin. Les arbres fruitiers étaient au-dedans vers le centre du jardin, comme pourêtre mieux gardés, les stériles aux oréestout alcnlourcomme un rempart; et tout cela clos et environne d'un petit mur sans citneut. Au demeurant, tout y était bien ordonné et distribué, les arbres par le pied distants les uns des autres; mais leurs branches par en haut tellement entrelacées, que ce qui étiil de nature semblait exprès artifice. Puis y avait des carreaux de fleurs, desquelles nature en avait produit aucunes, et l'art de l'honnne les autres; les roses , les œillets, les lis y étaient venus moyennant l'œuvre de l'homme; les violettes, le narcisse, Us

Page 1