‹ Œuvres philosophiques d' Arnauld, comprenant les Objections contre les Méditations de Descartes, La logique de Port-Royal, le traité Des vraies et des fausses idées et des notes et une introductionChapitre 84 sur 257 · DES COMPARATIVES · texte numérisé non relu

DES COMPARATIVES

Les propositions où Pom compare enferment deux jugements, parce que c'en sont deux de dire qu'une chose est telle, et de dire qu'elle est telle plus ou moins qu'une autre, et ainsi ces sortes de propositions sont composées dans le sens.

Amicum perdere est damnorum maximum,

La plus grande de toutes les pertes, est de perdre un ami.

Mdiculum acri Fortiùs et meliiu maqna$ plerumque secat res ^ ,

On fait souvent plus d'impression dans les affaires^ même les plus importantes, par une raillerie agréable, que par les meilleures raisons.

MeUora mu minera amiçif quàm frauduUnia oscula inimicî.

i44 LOGIQUE.

Les coups d'un ami valent mieux que les baisers trompeurs d'un ennemi.

On contredit ces propositions en plusieurs manières, comme cette maxime d'Épicure, la douleur est le plus grand de tous les maux, était contredite d'une sorte par les Stoïciens, et d'une autre par lesPéripatéticiens; car lesPéripatéticiens avouaient que la douleur était un mal ; mais ils soutenaient que les vices et les autres dérèglements d'esprit étaient de bien plus grands maux; au lieu que les Stoïciens ne voulaient pas même reconnaître que la douleur fût un mal, bien loin d'avouer que ce fût le plus grand de tous les maux.

Mais on peut traiter ici une question, qui est de savoir s'il est toujours nécessaire que , dans ces propositions , le positif du comparatif convienne à tous les deux membres de la comparaison, et s'il faut, par exemple, supposer que deux choses soient bonnes, afin de pouvoir dire que l'une est meilleure que l'autre.

Il semble d'abord que cela devrait être ainsi; mais l'usage est au contraire, puisque nous voyons que l'Écriture se sert du mot meilleur, non- seulement en comparant deux biens ensemble, melior est sapientia quàm vires, et vir prudens quàm fortis; la sagesse vaut mieux que la force, et l'homme prudent que l'homme vaillant;

Mais aussi en comparant un bien à un mal , melior est patiens arrogante; un homme patient vaut mieux qu'un homme superbe;

Et même en comparant deux mots ensemble, meliùs est habitare cum dracone, quàmcum muliere litigiosâ; il vaut mieux demeurer avec un dragon qu'avec une femme querelleuse. Et dans l'Évangile : il vaut mieux être jeté dans la mer une pierre au col, que de scandahser le moindre des fidèles.

La raison de cet usage est qu'un plus grand bien est meilleur qu'un moindre, parce qu'il a plus de bonté qu'un moindre bien. Or, par la même raison, on peut dire, quoique moins proprement, qu'un bien est meilleur qu'un mal, parce que ce qui a de la bonté en a plus que ce qui n'en a point; et l'on peut dire aussi qu'un moindre mal est meilleur qu'un plus grand mal , parce que la diminution du mal tenant lieu de bien dans les maux, ce qui est moins mauvais a plus de cette sorte de bonté que ce qui est plus mauvais.

Il faut donc éviter de s'embarrasser mal à propos par la chaleur de la dispute à chicaner sur ces façons de parler , comme fit un grammairien donatiste, nommé Gresconius, en écrivant contre saint Augustin ; car ce saint ayant dit que les catholiques avaient

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