TROISIÈME ARGUMENT
J'ai cru ouïr une infinité de fois des hommes qui me parlaient, dont les uns m'ont paru me dire de fort bonnes choses, et d'autres de fort mauvaises, et qui eussent été capables de me faire beaucoup offenser Dieu , si j'eusse suivi les impressions que leurs paroles étaient capables de me donner; car il y en avait même qui m'eussent porté à croire qu'il n'y a point de Dieu. Or, je suis bien assuré que ces pensées ne venaient point de moi , puisque j'en avais beaucoup d'horreur ; il faudrait donc qu'elles fussent de Dieu , qui m'aurait parlé intérieurement en la place de ces personnes , que je croyais me parler extérieurement. Or, l'idée que j'ai de l'Être parfait ne souffre point qu'on lui attribue une conduite si indigne de sa bonté ; donc je dois regarder comme impossible la supposition qu'il n'y ait que Dieu et mon esprit.