QUATRIÈME ARGUMENT
On peut tirer encore d'aussi forts arguments de l'art d'écrire , c'est-à-dire de former de certains caractères visibles qui pussent réveiller dans l'esprit de ceux qui les verraient les idées des sons , qui avaient déjà été pris pour signes des pensées. Je suis bien assuré que je n'ai point inventé cet art, et , quand je l'ai appris, je me suis imaginé que c*était d'autres personnes semblables à moi qui me l'apprenaient. Il faudrait encore que ce fût Dieu , qui eût joué tous ces per> sonnages par les imaginations qu'il aurait mises dans mon esprit, comme pour se divertir avec moi. Pourraitron le penser, et ne le pas croire trompeur? Mais depuis , ayant compris que la plus grande utilité de cet art était de se faire entendre aux personnes absentes qui pourraient , par le mémo moyen , nous rendre réponse sur ce que nous leur aurions écrit , ce qui pouvait quelquefois n'être qu*après un fort lonjîlomps, quand elles étaient fort éloignées, je m'en
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CBAPITRE XXYIII. 257
suis servi une infinité de fois à cette fin , et je n'ai pas manqué de recevoir la réponse au temps que j'avais pensé. Si l'une et l'autre, c'est-à-dire la lettre et la réponse, n'avaient été que des imaginations, que Dieu aurait mises dans mon esprit immédiatement par lui-même, pourrait^on douter qu'il n'eût pris plaisir à me tromper? Or, il faudrait bien que cela fût, s'il n'y avait que Dieu et mon esprit; donc cette hypothèse , enfermant tant de choses indignes de Dieu , doit être rejetée comme impossible.