XXIV. J'ai dit que Jésus-Christ comme homme était cause
Joan., 11,6.
Apocal., 3, 13.
306 RÉPONSE M MALEBRANGHE
oocoêiônnêUe de la grâce, j'eusse pu dire naturdle, tmtrt^mêfUêUêf g^ionâe, diêtributive ; et quelquefois je Taidit. Mais les termes les plus communs ifie sont pas toujours les plus dairs ; et comme on ne se défie point de ce qui est familier, ib sont plus propres potir surprendre que ceux qui portent à la défiance à cause de leur nouveauté. Pour peu qu'on examine ces termes, on voit que celui de naturelle fait naître une fausse idée , que celui de distributive, quoique meilleur, est équivoque, que celui d'inêtrumentelle est obscur, et porte un faux sens, indigne de Dieu ; et que celui de seconde est si général, qu'il ne marque rien distinctement à l'esprit. Mais celui dé cause occasionnelle n'a aucun de ses défauts, du moins par rapport à ceux pour lesquels uniquement j'ai écrit le Traité de la Nature et de la Grâce, dont d'autres ont voulu juger , qui n'ont point les avances nécessaires pour le bien comprendre. Ce terme de cause occasionnelle de la grâce marque précisément que Dieu, qui fait tout comme cause eéritahle, ne donne sa grâce que par Jésus-Christ, souverain prêtre des vrais biens, chef de l'Église, architecte du temple étemel ; il fait clairement comprendre que la loi générale de la grâce, c'est que Dieu veut sauver tous les hommes en son Fils et par son Fils; qu'il lui a donné toutes les nations de la terre pour lui servir de matériaux à la construction de son temple ; et que c'est à lui â déterminer par ses désirs ou son influence, comme architecte de ce temple, comme chef de l'Église, comme cep de la vigne du Seigneur, la bonne volonté de Dieu â l'égard des hommes , l'efficace de cette loi générale, par laquelle Dieu exécute son grand dessein d'une manière qui porte admirablement le caractère d'une sagesse infinie, qui, par l'étendue de ses connaissances, a prévu toutes les suites des lois de la nature et de la grâce , et de la combinaison de ces deux ordres , et que de là il en devait sortir un ouvrage digne de Dieu. Que dis-je? Dieu mémo a prévu toutes les suites de toutes les lois possibles qu'il pouvait établir ; il a comparé d'une vue éternelle et inunuable tous tes
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ouvrages possibles entre eux, et par rapport aux lois dont ils sont des suites ; et enfin, il s'est arrêté à celles qui ont un plus grand rapport de sagesse , je veux dire de simplicité et de fécondité avec leur ouvrage,' que toute autre loi avec tout autre ouvrage. Car Dieu ne forme point aveuglément ses de»* seins, tous ses décrets sont sages; il ne se dément point luimême, il aime invinciblement sa sagesse qu'il engendre de sa substance; il suit inviolablement les règles adorables que son Verbe lui prescrit.
XXV. Je n'entre point, Monsieur, dans un plus grand détail des vérités, dont je n'ai même donné que les principes dans le Traité de la Nature et de la (irâce. Si je venais à me tromper dans ce détail , ce qui pourrait bien arriver , car l'idée que j'ai de l'âme n'est pas si claire que celle qu'en a M. Amauld , qui la connaît plus clairement que l'objet des mathématiques ', l'étendue en longueur, largeur et profondeur; ou si je tirais quelques conséquences douteuses dea qualités que porte Jésus-Christ, d'architecte du temple éternel, de chef de l'Église, de médiateur entre Dieu et les hommes , M. Arnauld ferait facilement croire au monde par cea conséquences que le principe en est faux. Il trouverait , de l'humeur où il est , mille variations et mille contradictions dans mes explications. Il effrayerait par des conséquences ter* ribles les imaginations des faibles , et animerait les passions de ses amis contre le pélagien qui détruit par de nouvelies pensées sa grâce efficace et sa prédestination gratuite. Il faut donc se taire, et attendre sur le Traité sa foudroyante critique ; et cependant reconnaître de près les oonséquenoea admirables qui suivent naturellement de la grâce invincible ou toujours victorieuse , et de la prédestination gratuite au sens de M. Arnauld, pour les comparer avec les conséquences terribles du Traité de la Nature et de la Grâce; afin que par ce parallèle, on choisisse le sentiment qui justifie le mieux
Vo^eft les eiMp. as , 94 et 25 âesVrnles et 4e« Fanmes tdéet. ,
308 RÉPONSE DE MALERHANCHE
la sagesse et la bonté de Dieu dans la construction de son
ouvrage.
J'ai cru, Monsieur, que tout ceci devait précéder ma réponse au livre de M. Àrnauld des Vraies et des Fausses Idées. Mais il est temps de la conunencer.
CHAPITRE y. -— Quel est Tétat de la question. H. Arnauld ptétend que les modalilés de l'Ame sont esseniiellemeDt représenta tîTes des objets différents de VAme ; et je soutiens que ces modalités ne sont que des sentiments qui ne représentent à l'Ame rien de dilTérent d'elle-même.
I. Le sujet peut-^tre le plus abstrait de la métaphysique, est celui de la nature de nos idées. La plupart des philosophes ne se mettent point en peine de s'édaircir sur cette matière, et, quoiqu'ils définissent l'homme anmal rationis particeps, il y en a peu qui sachent que cette raison universelle à laquelle tous les hommes participent, c'est le Verbe ou la Raison de Dieu même, la sagesse éiemeUe qui éclaire et nourrit tous les esprits de la substance intelligible de la vérité qu'il renferme. M. Àrnauld, au lieu d'édaircir cette matière , prétend que l'homme est à lui-même sa lumière et sa raison , comme je ferai voir dans la suite , et brouille de telle manière les preuves que j'ai données, que Dieu ne nous fait rien connaître que par la manifestation d'une nature immuable, qu'il n'est pas possible, en lisant son livre, de comprendre clairement quelque chose dans le sentiment , que je crois avoir suffisamment expliqué pour des esprits attentifs dans la Recherche de la Vérité.
IL II est donc nécessaire que je répète quelque chose de ce que j'ai déjà dit de la nature des idées, et ce qu'en ctmI M. Arnauld , afin qu'on reconnaisse par mes preuves et par
"^ siennes , lequel de nous deux a raison. Je ne donnerai
it d'autres preuves de mon sentiment , que celles qui sont
imées avant le livre des Vraies et des Fausses idées, dans
A M. ABNAITLD. 309
la Becherehe de la Vérité, et ailleurs, aGn qu'on juge 8i M. Arnauld a eu raison de ne s'y pas rendre. Et Je ferai voir que celles de M. Àrnauld ne prouvent rien, ou plutôt que M. Arnauld n'a apporté aucune preuve de son sentiment ; car, en effet, comme on ne connaît Tàme que par le sentiment intérieur, q^iand son opinion serait véritable, il ne pourrait jamais la démontrer comme il prétend faire. Ceux-là m'entendent bien qui savent la différence qu'il y a entre les idées et les sentiments confus, entre connaître et sentir. Je commence à expliquer mon sentiment par la Becherehe de la Vérité.
Recherche de la Vérité, chapitre 4*' de la deuxième partie du troisième livre. — III. « Toutes les choses que l'âme aper* a çoit sont de deux sortes : ou elles sont dans l'âme, oit elles a sont hors de l'âme. Celles qui sont dans l'âme sont ses a propres pensées , û'est-à-dire toutes ses différentes modîfi- <( cations ; car, par ces mots pensée, manière de penser ou a modification de l'âme, j'entends généralement toutes les « choses qui ne peuvent être dans l'âme sans qu'elle les a aperçoive, comme sont ses propres sensations, ses ima^ia nations, ses pures intellectio'ns ou simplement ses concepa tions, ses passions mêmes et ses inclinations naturelles « Or, notre âme n'a pas besoin d'idées pour apercevoir toutes. (( ces choses, parce qu'elles sont au dedans de l'âme , ou « plutôt parce qu'elles ne sont que l'âme même d'une telle a ou telle façon : de même que la rondeur réelle de quelque a corps , et son mouvement , ne sont que ce corps figuré et « transporté d'une telle ou telle façon. Mais pour les choses n qui sont hors de l'^me , nous ne pouvons les apercevoir m que par le moyen des idées , supposé que ces choses ne « puissent pas lui être intimement unies. » Vous trouverez encore la même chose dans le chapitre 5 de la deuxième partie du troisième livre.