‹ Œuvres philosophiques de Antoine Arnauld;Chapitre 137 sur 159 · II. « Penser, connaître, apercevoir, sont la même chose · texte numérisé non relu

II. « Penser, connaître, apercevoir, sont la même chose

lil. « Je prends aussi pour la même chose, Vidée d*un ob* jet et la perception d'un objet. Je laisse à part, s'il y a d'autres choses à qui on puisse donner le nom à'idée ; mais il est certain qu'il y a des idées prises en ce sens, et que ces idées sont ou des attributs, ou des modifications de notre

IV. a Je dis qu'un objet est présent à notre esprit quand noire esprit l'aperçoit ou le connaît. Je laisse encore à examiner s'il y a une autre présence de l'objet préalable à la connaissance, et qui soit nécessaire, afin qu'il soit en état d'être connu. Mais il est certain que la manière dont je dis qu'un objet est présent à l'esprit quand il en est connu, est incontestable ; et que c'est ce qui fait dire, qu'une personne que nous aimons nous est souvent présente à l'esprit , parce que nous y pensons souvent.

y. a Je dis qu^une chose est ohjeciimmeni dans mon esprit, quand je la conçois ; quand je conçx)is un carré , le so« ieJJ , un son ; le soleil , le carré , le son , sont objectivement dans mon esprit, soit qu'ils soient ou qu'ils ne soient pas hoTè de mon esprit.

VI. « J'ai dit que je prenais pour la même chose la per* cepHon et Vidée, Il faut néanmoins remarquer que cette chose, quoiqu'unique , a deux rapports : l'un à l'âme qu'elle modifie ; l'autre à la chose aperçue, en tant qu'elle est objectivement dans l'âme : et que le mot de fmoepHm marque plus directement le premier rapport, et celui à! idée le dernier. Ainsi la perc0|)ù'on d'un carré marque plus directement mon âme comme apercevant un carré ; et Vidée d'un carré marque plus directement le carré, en tant qu'il est objective^ imni dans mon esprit. Cette remarque est très-importante pour résoudre beaucoup de dimcultés, qui ne sont fondées r;iip sur ce qu'on ne comprend pas assex que ce ne ^ont

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point doux entités différentes, mais une même modification de notre âme, qui enferme essentiellement ces deux rapports ; puisque je ne puis avoir de perception , qui ne soit tout ensemble la perception de mon esprit comme apercevant, et la perception de quelque chose comme aperçue ; et que rien aussi ne peut être objectivement dans mon esprit ( qui est ce que j'appelle idée ) que mon esprit ne l'aperçoive.

VIL « Ce que j'entends par les êtres représentatifs, en tant que je les combats comme des entités superflues, ne sont que ceux que l'on s'imagine être réellement distingués des idées prises pour des perceptions ; car je n'ai garde de combattre toutes sortes d'êtres ou de modalités représentatives; puisque je soutiens qu'il est clair à quiconque fait réflexion sur ce qui se passe dans son esprit , que toutes nos perceptions sont des modalités essentiellement représentatives, »

III. M. Arnauld est grandenflent habile géomètre de supposer dans ses définitions comme certaine, la proposition qu'il doit démontrer. Voici cette proposition , dont il donne cinq démonstrations admirables. Une seule suffirait.

Proposition a démontrer, — ^Notre esprit n'a point besoin pour connaître les choses matérielles, de certains êtres représentatifs distingués des perceptions , qu'on prétend être nécessaires pour suppléer à l'absence de tout ce qui ne peut être par soi-même uni intimement à notre âme.

Examen des définitions de M. Arnauld, par rapport A sa proposition a démontrer. — IV. Je prends, dit M. Arnauld dans sa troisième définition , « pour la même chose l'idée d'un objet et la perception d'un objet. »

Réponse. — ^Vraiment, Monsieur, cela supposé, « notre esprit n'a point besoin, pour connaître les corps, de certains êtres représentatifs distingués des perceptions , » comme il prétend le démontrer ; car lorsqu'on a Vidée d'un objet , on connaît l'objet. Mais ce que M. Arnauld doit démontrer, c'est que l'on puisse avoir une perception de quelque ob-

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jet y sans une idée de tet objet , distinguée de la mnlalHé de l'ame.

M. Arnauld. — V. a Mais je laisse à part, dit-il , s'il y a d'autres choses à qui on puisse donner le nom d'idée» Mais il est certain , qu'il y a des idées prises en ce sens , et que ces idées sont ou des attributs, ou des modifications de notre âme. »

RÉPONSE. — Je crois avoir prouvé dans les chapitres précédents, que bien loin qu'il soit certain qu'il y ait des idées prises en ce sens, a qu'elles soient une même chose avec les perceptions, » que cela est très-faux. Je prétends qu'il n'y a point de perception quand il n'y a rien qu'on puisse apercevoir. Certainement, supposé qu'on puisse avoir la perception des objets sans en avoir les idées, il ne faut point un si grand attirail de définitions, d'axiomes et de demandes que celui qu'apporte M. Arnauld dans sou cinquième chapitre, pour prouver que « nos modalités sont essentiellement représentatives ; » car c'est la même proposition quant au sens. Ainsi, Monsieur, vous voyez que M. Arnauld suppose ce qui est en question.

Sa quatrième déûnition et toutes les autres sont superflues. Car pour démontrer les choses bien géométriquement , il ne faut dire que ce qui est nécessaire pour la démonstration ; et la troisième définition suffit, supposé qu'on soit assez bon pour la recevoir. Mais il faut examiner encore quelques autres déânitions.

M. Arnauld. — VI. « Je dis qu'un objet est présent à notre esprit quand notre esprit l'aperçoit ou le connaît. » ( Cela est fort bien jusque-là ; car on peut attacher aux termes les idées qu'on veut. Mais pour ce qui suit, c'est pétition do principe. ) « Je laisse , continue M. Arnauld , à examiner s'il y a une autre présence de l'objet préalable à la con- . naissance. Mais il est certain que la manière dont je dis qu'un objet est présent à l'esprit quand il en est connu, est* incontestable. »

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R^^poNSE. — Vous voyez, Monaieur, qiill suppose pour la seconde fois , qu'on puisse avoir la connaissance d*un objet sans en avoir d'idée , ce qui est sa proposition à démontrer.

Je reçois la cinquième ; c'est une définition de nom , cela est dans les règles. Voyons la sixième :

M, AhNAULD. •— VII. « J*ai dit que je prenais pour la même chose, la perception et l'idée. Il faut néanmoins re> marquer que cette chose , quoique unique , a deux rapports: l'un à rame qu'elle modifie; l'autre à la chose aperçue, en tant qu'elle est objectivement dans l'âme. »

RÉPONSE. — Certainement il faut être étrangement préo^ cupé de son sentiment, et l'avoir bien peu examiné, pour ne pas voir qu'on le suppose, lorsqu'on prétend faire des définitions pour en convaincre les autres. Cela est déjà arrivé à M. Arnauld dans la troisième et quatrième définition ; mm comme celle-ci est plus longue, il le fait deux fois; car il continue ainsi : « Cette remarque est fort importante pour résoudre beaucoup de difficultés, qui ne sont fondées que sur ce qu'on ne comprend pas assez que ce ne sont point deux entités difiërentes, mais une même modification de notre âme qui enferme essentiellement ces deux rapports ( c'est ce qu'il doit démontrer] ; puisque je ne puis avoir de perception qui ne soit tout ensemble la perception de mon e^^rit comme apercevant, et la perception de quelque chose comme aperçue. » Fort bien. Mais il faut qu'il démontre c« qu'on lui conteste, qui est qu'il puisse avoir la perception d'un carn- . sans une idée de ce carré, qui soit différente de la modification de son esprit.

VIII. Dans sa septième définition, il suppose tonjours cr qu'il doit prouver dans sa proposition à démontrer, a Ce qw j'entends, dit-il, par les êtres représentatifs, en tant que jt les combats comme des entités superflues (je rejette au*^ aussi des entités représentatives. Quand on sait mon sentiment, on ne peut pas m'attribuer cette pensée ; mais je n* m'arrête pas à cela ) ne sont que ceux que l'on s'ima.7in>

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être réellement distingués des idées prises pour des perceplions ; car je n'ai garde de combattre toutes sortes d*étres ou de modalités représentatives, puisque je êouiiens qui! êêt clair à quiconque fait réflexion sur son esprit, que foutes nos modalités sont essentiellement représentatives, »

RÉPONSE. — Vous voyez, Monsieur, qu'il ne suppose encore rien moins que ce qui est en question ; car, s'il est <r clair que nos modalités sont essentiellement représentatives, » sa proposition à démontrer n'a pas besoin de preuves : il sera « clair que notre esprit n'a pas besoin , pour connaître les choses matérielles, de certains êtres représentatifs distingués des perceptions. »

IX. Je crois avoir prouvé que nos perceptions ne sont représentatives que d'elles-mêmes, et cela seulement encore par sentiment intérieur : sentiment confus qui ne fait point connaître ce qu'il représente, comme les idées qui éclairent Tesprit. Quand , par exemple, on pense à un cercle, je croîs que l'âme n'a pas besoin d'une idée pour lui faire sentir inti^rieûrement qu'elle a cette perception ; mais c'est que bien que rame sente sa perception , elle ne la conçoit pas : ce sentiment intérieur est confus, ce n'est point une connaissance claire. On sait qu'on voit un cercle, on en connaît clairement la nature , parce qu'on le connaît par une Idée et dans celui qui est lumière ; mais on ne connaît point clairement la nature de son âme , ni comment elle est capable d'apercevoir, parce qu'on ne se connaît que par sentiment. Ainsi les perceptions ne sont que des modalités représentatives par sentiment intérieur; elles ne font rien apercevoir à l'âme qui soit distingué d'elle-même; et bien loin qu'elles soient essentiellement représentatives des vérités, par exemple, de géométrie, qu'elles ne font rien comprendre de ce ciiu'ellôs sont , parce qu'effectivement nous ne sommes que ténèbres à nous-mêmes ; enfin , je soutiens « qu'il n*e8t point c\^iv à quiconque fait réflexion sur ce qui se passe dans son ^f^f^rtt, que toutes Tios perceptions sont des modalités essen*

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tiellement représentatives ; » et je crois l'avoir suffisamment prouvé dans la Recherche de la Vérité, quoique cette opinion étant fort particulière , je n'eusse pas trop alors le dessein de la combattre. Je laisse, Monsieur, le reste de ses définitions ; je reçois ses axiomes et ses demandes sans autre examen, et je passe le chapitre 6 pour venir promptement à ses prétendues Démonstrations ; car à peine ai-je commencé que le dégoût me prend déjà de répondre à des discours qui ne prouvent rien.

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