‹ Œuvres philosophiques de Antoine Arnauld;Chapitre 138 sur 159 · CHAPITRE XI. — RéfuUtion de la première Démonslralion de M. Arnauld · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. — RéfuUtion de la première Démonslralion de M. Arnauld

, Voici , Monsieur, le septième chapitre du livre de M. Arnauld. Il comprend la première de ses Démonstrations. Je vous prie de le lire avec toute l'attention que mérite son auteur.

Démonstrations contre les idées prises pour des êtres représentatifs distingués des perceptions. — Proposition à démontrer. — <( Notre esprit n'a point besoin , pour connaître le> choses matérielles, de certains êtres représentatifs di&iingut>^ des perceptions , qu'on prétend être nécessaires pour suj»pléer à l'absence de tout ce qui ne peut être par soi-mèm* uni intimement à notre âme. »

Première démonstration. — « Un principe qui n'est aypuyé que sur une expression équivoque, qui n'est vra que dans un sens qui ne regarde point la question qu > veut résoudre par ce principe, et qui , dans l'autre sens, s^:. |K)se sans aucune preuve ce qui est en question , doit \ ibanni de la véritable philosophie.

« Or, telle est la première chose que l'auteur de /o Be<:i cJie de la Vérité prend pour principe de ce qu'il veut proi. touchant la nature des idées.

(( 11 ne pouvait donc pécher plus ouvertement contre <> propres règles, qu'en commençant parla son Traite ii

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Xature des Idées, et il no peut Tavoir proposé comme indubitable que faute de l'avoir bien examiné et pour s'être laissé prévenir d'un sentiment communément reçu par les philosophes, n'ayant pas pris garde que c'était un reste des préjugés de l'enfance, qui n'était pas mieux fondé que cent autres qu'il a rejetés.

« On ne peut nier la majeure , et Fauteur de la Recherche de la Vérité le fera moins que personne, vu le soin qu'il dit partout que l'on doit prendre dans les sciences de n'admettre pour vrai que ce dont la vérité nous est clairement connue, et de ne s'en fier sur cela à l'autorité de personne.

« Il ne reste donc à prouver que la mineure , ce qui est bien facile. Ses paroles sont : Tout le monde tombe d'accord que nous n'apercevons point les objets qui sont hors de' nous par eux-mêmes. L'équivoque est dans c«s mots : par euxmêmes; car ils peuvent être pris en deux sens. Le premier, qu'ils ne se iont point connaître à notre esprit par euxmêmes, c'est-à-dire qu'ils ne sont point la cause que nous les apercevons , et qu'ils ne produisent point dans notre esprit les perceptions que nous avons d'eux , comme on dit que la matière ne se meut point de soi-même ou par soi-même, parce qu'elle ne se donne point à soi son mouvement. Ce premier sens est vrai ; mais il ne fait rien à la question, qui est de la nature des idées et non pas de leur origine. Il est clair aussi que ce n'est pas en ce sens qu'il a pris ces mots ; car, soutenant comme il fait que Dieu est l'auteur de toutes nos perceptions, il aurait dû mettre l'àme, aussi bien que toutes les choses matérielles, entre les choses que nous n'apercevons point par elles-mêmes; puisque, selon lui, c'est Dieu et non pas notre âme qui cause en notre esprit la perception par laquelle nous l'apercevons.

« Il ne reste donc que le second sens, dans lequel il a pu prendre ces mots : par eux-mêmes, en opposant être connu par soi-même (comme il croit que l'est notre àme quand elle se connaît) à être connu par des êtres représentatifs des objets

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iUftiinguèê des perceptions, dont nous avond déjà tant parit*. Or, les prenant en ce sens, c'est supposer visiblement ce qui est en question avant de Tavoir établi par aucune preuve, et ce qu'il aurait reconnu sans peine devoir être rejeté comme faux ou au moins comme douteux, s'il l'avait examiné par ses propres règles , et s'il avait philosophé dans cette matière comme il fait dans les autres.

« Car, si au lieu de nous renvoyer à ce prétendu monde, qu^il dit être d'accord de ceci et de cela , il s'était consulté soi-même , et avait considéré attentivement ce qui se pas!$e dans son esprit , il y aurait vu clairement qu'il connaît los corps, qu'il connaît un cube, un cône, une pyramide, et que, se tournant vers le soleil, il voit le soleil : je ne dis pas que ses yeux corporels le voient, car les yeux corporels ne voient rien; mais son esprit, par l'occasion que ses yeux lui en donnent. Et si, passant plus avant, comme il devait pour observer ses règles, il s'était arrêté sur cette pensée, je con* nais un cube, je vois h soleil, pour la méditer et considérer ce qui y est enfermé clairement, je suis assuré que, ne sor-* tant point de lui-même , il lui aurait été impossible d'y voir autre chose que la perception du soleil , ou le soleil objectivement présent à l'esprit; et qu'il n'y aurait jamais trouvé la moindre trace de cet être représentatif 6u cube ou du soleil, distingué de la perception, et qui aurait dû suppléer à l'absence de l'un et de l'autre. Mais que pour l'y trouver, il aurait fallu qu'il l'y eût mis lui-même, par un vieux reste d'un préjugé dont il n'aurait pas eu de soin do se dépouiller entièrement. C'est-à-dire, qu'il ne l'y aurait trouvé, que comme les défenseurs des formes substantielles les trouvent dans tous les corps de l'univers, parce qu'ils se sont imaginé qu'elles sont propres à expliquer ce que l'on remarque dans ces corps , et qu'on ne le pourrait pas faire sans cela. Puis donc que cette manière de philosopher par ce qui est ou n'est pas enfermé dans les notions claires que nous avons des choses, lui est une raison convaincante de rejeter, comme

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une invaution de gens oisifs, la supposition d'une forme substantielle dans tous les corps, en la manière que l'entendent les philosophes de Técole , ce lui en devait être une aussi de rejeter comme une pure imagination encore plus mal fondée, ia supposition fantastique de ces étr$$ représeniaiifi doB corps , qui ont été inventés par la même voie que les formes substantielles , et dont ia notion est encore plus obscure et plus confuse que celle de ces formes. »

Réponse à la première démonstration de M. Arnauld. — I. M. Arnauld est si fort préoccupé de son préjugé, et a si ix)nne envie de combattre mes sentiments, qu'il s'imagine que je n'ai dû penser qu'à combattre les siens. Il assura, Monsieur, chapitre 4, que son sentiment n'est pas celui des philosophes ordinaires. Il sait bien que mon dessein a été de réfuter les préjugés les plus communs. Et cependant il trouve à redire que je commence à traiter de la nature des idées, par des paroles qui ne regardent point son sentiment. Et c'est là le fondement de sa première démonstration et des deux (fui suivent, comme vous le verrez.

IL Ainsi, Monsieur, je nie sa mineure, et je prétends que la preuve qu'il en apporte est extravagante. Voici comme M. Arnauld la prouve : a 11 ne reste, dit-il, à prouver que la mineure; ce qui est bien facile. Ses paroles sont: n Tout le monde tombe d'accord que nous n'apercevons point les objetd qui sont hors de uous^ par eux-mêmes. « Or cette expresaion est équivoque. Donc, etc. »

KÂPONSB. ^ J'ai dit que tout le monde tombait d'accord /[ue nous n'apercevons point les objets qui sont hors de nous, par eux-mêmes. Mais où M. Arnauld a-t-il vu, a que je rai pris pour principe de ce que je veux prouver louchant la nature des idées? » N'est-il pas visible par les chapitres I>r4;cédents de cette réponse , que je n'ai point pris cela pour pf-incipe de ce que j'ai dit contre ceux qui prétendent qu'ils ^ont à eux-mêmes leur lumière et leur raison?

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