‹ Œuvres philosophiques de Antoine Arnauld;Chapitre 151 sur 159 · X. Je crois, Monsieur, que vous voyez déjà bien, que · texte numérisé non relu

X. Je crois, Monsieur, que vous voyez déjà bien, que

quand je n'aurais examiné nulle part, dans la Recherche de la Vérité, la nature des idées ; que quand j'aurais toujours pris ce mot idée, ou perception, dans un sens indéterminé, comme j'ai fait en partie dans le premier chapitre, où je ne voulais point parler de ce qu'il y a de plus abstrait dans la métaphysique , et qui suppose davantage un esprit dégagé des préjugés et des impressions des sens , on ne pourrait légitimement me critiquer sur cela. J'aurais fait, comme presque tous ceux qui ont composé des logiques. £t je ne crois pas que l'auteur de VArt de penser, ait prétendu expliquer à fond la nature et l'origine des idées, quoiqu'il y ait un chapitre qui porte ce titre , De la Nature et de VOrigim des Idées ( chap. \*r) ; car il ne parle point là proprement de leur nature : et à l'égard de leur origine , il attribue à l'âme la faculté de les former à l'occasion de ce qui se passe dans le corps , ce qui est trèsfaux, à parler exactement. Mais l'équité veut qu'on examine le dessein d'un auteur. Et comme celui de l'auteur de VArt de penser est de donner une logique , quoiqu'il mêle souvent dans son ouvrage des principes de physique ou de métaphysique qui n'y ont point de rapport nécessaire, on ne doit pas lui faire un procès , sur ce qu'il dit que l'âme se forme des idées à l'occasion des ébranlements du cerveau ; ni prétendre qu'il ait exclu de nos perceptions l'action de Dieu, a cause qu'il ne le reconnaît point là comme seule cause véritable de tout ce qui se fait dans son ouvrage.

XI. Il faut dire la même chose de la métaphysique (l^^ M. Descartes. Il est contre le bon sens et contre l'équité iW prétendre, comme fait M. Arnauld, que ce philosophe au exclu les idées au sens ordinaire, et prétendu que left iindalités de l'âme sont essentiellement repi'éseniatives. 11 faudrait que M. Arnauld , pour s'appuyer sur l'autorité de ce jAilosophe, apportât quelques enciroits de sa métaphysique ctintraires au sentiment commun, et ne se servit pas d'un tem: qui a deux sens , tel que celui de perception d'un objet . <>'de réalité objective, pour assurer que ce philosophe renti'i.-

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(lait comme lui. Mais il faut plutôt croire, que M. Descartes n'a point eu sur cela de sentiment arrêté , ou qu'il n'a pas voulu nous le déclarer ; car je suis sûr , autant qu'on le peut être de ces sortes de choses, que s'il avait voulu donner à entendre, qu'il croyait que les modaUtés tk iâme sont essentiellement représentatives, et exclure les idées au sens or-^ dinaire , 11 n'aurait point parlé sur celte matière aussi obscurément et aussi généralement qu'il a fait.

XII. Le titre du premier chapitre de la Recherche de la Vérité n'est point de la nature et de l'origine des idées, comme celui du premier chapitre de l'Art de penser. Dans ce premier chapitre, mon unique dessein c'est d'attacher aux termes d'entendement , de volonté et de liberté , les notions les plus distinctes que je puisse, afin de faire clairement comprendre dans le second , que c'est le mauvais usage qu'on fait de sa liberté, qui est la cause de l'erreur ; et pour établir la règle qu'il faut observer pour l'éviter. La comparaison que je fais, dans ce mémo chapitre, de l'esprit avec la matière , est uniquement pour fixer les idées , ou les notions que j'attache aux facultés de l'àme; et faire, pour ainsi dire, tomber sous l'imagination, ou rendre sensible une matière abstraite, sur laquelle on parle souvent sans s'entendre, et sans savoir même précisément ce qu'on veut dire. Je voulais faire regarder l'entendement comme une faculté purement passive, afin qu'eu prît garde que l'erreur venait de la volonté. C'est pour cela que je compare la faculté passive qu'a l'entendement pour recevoir difiérentes idées, à celle qu'a la matière de recevoir diverses figures. D'cfiii, pour le dire en passant, M. Arnauld , page 46, condut fort mal à propos, « que je croyais donc alors que les idées n'étaient que des modalités de rame , comme les figures ne sont que des modifications de la matière. » C'était là mon dessein ; mais je ne pensais nullement alors à expliquer ce que je croyais de la nature des idées. Rien n'est plus visible, lorsqu'on examine ce chapitre dans le dessein de reniendrc. Je pouvais donc pour loi-s , et

klk RÉPONSE DE MAL£BRANGH£

même je devais me servir des termes de peroéptioii et d'idée dans le sens général qu'ils portent d'eux-mêmes, et remettre^ comme j'ai fait au troisième livre, à m'expliquer sur c^ matière lorsque les esprits seraient délivrés des préjugés, et en état de la concevoir. Mais que fait M. Amauld? il lui platt de prendre ma pensée dans un lieu où il est visible que je ne l'ai point exposée , et où je ne devais pas l'exposer. Par le moyen de la généralité de mes termes , il m'attribue un sentiment que je n'ai point; et ensuite il me chicane à cause que je n'ai pas d'abord déûni mes termes, et prétend que c'est que je me contredis. Il le répète pour le moins quinze ou vii^ fois dans son livre. Je quitte , selon lui , un bon sentiment pour en prendre un méchant lorsque , parlant à fond de la nature des idées dans le troisième livre , je réfute celui qu'il m'a imposé , en donnant à des termes généraux le sens parti* culier qui s'accommodait à son dessein. Voilà, Monsieur, sa conduite. Jugez si elle est équitable.

XI IL Mais de peur que la lecture du troisième chapitre de M. Arnauld ne vous porte à croire , que lorsque j'écrivais te premier de la Hecherche de la Vérité, je ne pensais point ^i* core aux idées, telles que je les explique dans le troisième livre , ce qui pourrait avoir quelque vraisemblance , je vous prie d'examiner ce passage tiré de la Recherche de la Vérité*: « On peut dire de même, que les idées de l'âme sont de deux « sortes , en prenant le nom d'idée en générai , pour toot ce « que l'esprit aperçoit immédiatement. Les premières no» « représentent quelque chose hors de nous, comme ceUed'oa « carré, d'une maison, etc. Les secondes ne nous représeo- « tent que ce qui se passe en nous , comme nos sensationB, « la douleur, le plaisir, ete. Car on fera voir dans la soite, « que ces dernières idées ne sont rien autre chose qa'uoe « manière d'être de l'esprit; et c'est pour cela que je les ap^ « pellerai des modiûcations de l'esprit, d

• Cbap. 1 Uu premier livre.

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XIV. Ces paroles, Monsieur, « en prenant ce mot idée en général , pour tout ce que Fesprit aperçoit immédiatement, » ne suffisent-elles pas pour ôter Téquivoque du mot d'idée, autant qu'il était nécessaire pour ce chapitre, et pour faire comprendre, que dès lors je distinguais les idées d'avec les sentiments confus? Celles-ci , que V esprit aperçoit immédiate^ ment, ne marquent-elles pas , que dès lors je croyais qu'on ne voyait point les objets en eux-mêines ? Et enfin ces dernières : « On fera voir, dans la suite , que ces dernières idées ne, sont rien autre chose qu'une manière d'être de l'esprit, et c'est pour cela que je les appellerai des modifications de l'esprit, » ne disent-elles pas formellement , que les idées qui nous représentent quelque chose de distingué de nous, un carré, une maison, etc., ne sont point des modalités de l'àmo, et qu'il n'y a seulement que les idées qui nous représentent ce qui se passe en nous, noire douleur, notre plaisir, etc., qui soient des modifications de notre être? Pourquoi donc M. Arnauld me reprend-il à tous moments de me contredire, et que j'ai changé de sentiment? Que, dans le premier chapitre, a j'avais pris le mot d'idée dans son vrai sens; mais que , dans le troisième , tout d'un coup j'ai perdu de vue les idées prises pour des perceptions; et sans y prendre garde , j'ai substitué ma notion bizarre d'être représentatif? Je me contente, dit^il encore , page 47, de vous faire remarquer que l'auteur de la Recherche de la Vérité, ayant souvent parlé de ces idées dans le premier chapitre de son livre , il a marqué en diverses manières que les idées des objets et les perceptions des objets étaient la même chose. Et ce qui est remarquable, afin qu'on ne croie pas que cela lui est échappé, c'est que, dans la deuxième partie du deuxième livre, il continue à prendre le mot d'idée dans la même notion, surtout dans le troisième chapitre ; car ce qu'il appelle, dans le titre de ce chapitre , la liaison mutuelle des idées de l'esprit et des traces du cerveau, il rappelle, dans le chapitre même, /a correspondance naturelle et mutuelle des pensées de l'âme et des

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/races dit cerveau, Tl croyait donc aîors^ qyx' idées était la mémo chose que pensées, etc. » Je crois, Monsieur, qu'il faut admirer tout ce discours ; non qu'il soit admirable en lui-même , mais parce que c'est le discours de M. Antoine Amauld, docteur de Sorbonne , et qu'assurément on doit s'étonner qu'il ait été capable de le composer.

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