‹ Œuvres philosophiques de Antoine Arnauld;Chapitre 40 sur 159 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

distingués des perceptions, dont nous avons déjà tant parlé. Or, les prenant en ce sens, c'est supposer visiblement ce qui est en question avant que de l'avoir établi par aucune preuve, et ce qui aurait été reconnu sans peine devoir être rejeté comme faux , ou au moins conmie douteux , s'il l'avait examiné par ses propres règles, et s'il avait philosophé dans cette matière , comme il fait dans les autres.

Car, si au lieu de nous renvoyer à ce prétendu monde, qu'il dit être d'accord de ceci et de cela, il s'était consulté soi-même et avait considéré attentivement ce qui se passe dans son esprit, il y aurait vu clairement qu'il connaît les corps, qu'il connaît un cube, un cône, une pyramide, et que, se tournant vers le soleil, il voit le soleil. Je ne dis pas que ses yeux corporels le voient ; car les yeux corporels ne voient rien , mais son esprit, par l'occasion que ses yeux lui en donnent. Et si, poussant plus avant, comnve il le devait pour observer ses règles , il s'était arrêté sur cette pensée : je con-nais un cube, je vois le soleil, pour la méditer et considérer ce qui y est enfermé clairement, je suis assuré que, ne sortant point de lui-même, il lui aurait été impossible d'y voir autre chose que la perception du cube , ou le cube objectivement présent à l'esprit, que la perception du soleil, ou le soleil objectivement présent à l'esprit ; et qu'il n'y aurait jamais trouvé la moindre trace de cet être représentatif du cube ou du soleil , distingué de la perception, et qui aurait dû suppléer à l'absence de l'un et de l'autre. Mais que, pour Ty trouver, il aurait fallu qu'il l'y eût mis lui-même par un vieux reste d'un préjugé dont il n'aurait pas eu de soin de se dépouiller entièrement ; c'est-à-dire qu'il ne l'y aurait trouvé que comme les défenseurs des formes substantielles les trouvent dans tous les corps de Tunivers , parce qu'ils se sont imaginé qu'elles sont propres à expliquer ce que l'on remarque dans ces corps, et qu'on ne le pourrait pas faire sans cela. Puis donc que cette manière de philosopher, par ce qui est ou n'est pas enfermé dans les notions claires que nous avons

des choses lui est une raison convaincante do rejeter, comme une invention de gens oisifs, la supposition d'une forme substantielle dans tous les corps en la manière que Tentendent les philosophes de Técole , ce lui en devait être une aussi de rejeter, comme une pure imagination encore plus mal fondée, la supposition fantastique de ces êtres représentatifs des corps qui ont été inventés par la même voie que les formes substantielles, et dont la notion est encore plus obscure et plus confuse que celle de ces formes.

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