CHAPITRE XIII
Qa'il a ?arié aussi dans l'explication des manières dont noas voyons les choses en Dieu. Que la première était par les idées. Qu'il ne s'en est départi qu'en niant qu'il y ait dans le monde intelligible des idées qui représentent cliaque chose en particulier, ce qui ne se peal nier BêB$ erreur.
Il a encore bien plus varié , en expliquant la manière dont il prétend que nous voyons les choses en Dieu. Après en avoir proposé une, dans le chapitre 6 de la deuxième partie du troi*
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sième livre, il s'en rétracte dans les Éclaircissements; et il y prend un tour tout différent, qu'il a cru meilleur, quoiqu'il soit incomparablement plus mauvais et moins propre à nous faire entendre ce qu'il veut que nous croyions de l'union de notre âme avec Dieu, pour voir en lui toutes choses.
On en jugera , en comparant ensemble ces deux endroits : voici le premier, page 300. Après avoir, supposé deux choses très-vraies : l'une, cr que Dieu a en lui-même les idées de a tous les êtres qu'il a créés ; » l'autre, a que Dieu est trèsa intimement uni à nos âmes par sa présence , » il en conclut, c que l'esprit peut voir en Dieu les ouvrages de Dieu, « supposé que Dieu veuille bien lut découvrir ce qu'il y a en <K lui qui les représente. » Remarquez cette condition, elle enferme deux choses : Tune, que Dieu veuille découvrira l'homme ce qu'il suppose sans fondement lui être nécessaire pour connaître les ouvrages de Dieu ; l'autre, que ce que Dieu lui doit découvrir pour cela, est ce qui en Dieu représente chacun de ses ouvrages, c'est-à-dire les idées selon lesquelles il les a faits, comme saint Augustin l'enseigne , et saint Tho* mas après lui. On ne doute pas que si Dieu voulait découvrir à l'homme ses divines idées pendant cette vie , ce ne lui fût un moyen de connaître les créatures trèsp-parfaitement ; mais on nie qu'il n'ait point d'autre moyen de les lui faire connaître; et il y a bien des raisons qui font voir qu'il n'use point de ce moyen pour nous en donner la connaissance, surtout pendant cette vie ; car il faudrait pour cela qu'il se fît voir à nous face à face , comme il se fait voir aux bienheureux.
tl a bien prévu cette objection; et voici ce qu'il dit pour la prévenir (page 300) :
ff Mais il faut bien remarquer qu'on ne peut pas conclure « que les esprits voient l'essence de Dieu, de ce qu'ils voient a toutes choses en Dieu de cette manière ; parce que ce qu'ils «c voient est très-imparfait , et que Dieu est très-parfait. Ils u voient de la matière divisible , figurée , etc. ; et en Dieu il « n'y a rien qui soit divisible ou figuré ; car Dieu est tout
« être, parce qu'il est infini et qu'il comprend tout : mais il « n'est aucun être en particulier. Cependant , ce que nous tt voyons n'est qu'un ou plusieurs êtres en particulier, et nous « ne cx)mprenons point cette simplicité parfaite de Dieu , qui « renferme tous les êtres. Outre qu'on peut dire qu'on ne voit « pas tant les idées des choses , que les choses mêmes que les « idées représentent; car, lorsqu'on voit un carré , par exem- <( pie, on ne dit pas que l'on voit l'idée de ce carré qui est a unie à l'esprit, mais seulement le carré qui est au dehors.»
S'il pouvait y avoir quelque vraisemblance dans une opinion mal fondée , c'est tout ce qu'on pourrait dire de mieux, pour ne rien attribuer à Dieu qui soit indigne de lui, supposé qu'il ait voulu se servir de ces êtres représentatifs. Mais c'est mal connaître notre esprit , que de s'imaginer qu'une idée, qui serait en Dieu , et que notre esprit ne verrait pas, lui pût servir à connaître ce que cette idée représente. C'est comme qui dirait que le portrait d'un homme, que je ne connaîtrais que de réputation , étant mià si proche ou si loin de mes yeux que je ne le pourrais voir, ne laisserait pas de me pouvoir servir à connaître le visage de cet homme.
C'est peutrêtre aussi ce qui lui a fait abandonner cette voie pour en prendre une autre qui lui fait éviter cet inconvénient, mais qui le fait tomber en plusieurs infiniment plus grands , comme nous le verrons plus bas.
Mais je me contenterai de considérer ici que, voulant changer sa première manière de voir les choses en Dieu , il l'a fait en niant une chose très-véritable , qu'il avait reconnue auparavant ; car il avait assez fait entendre que cette manière consistait en ce que Dieu nous découvrait chacune de ses idées; et c'est de quoi il ne veut plus demeurer d'accord dans ses Éclaircissements, comme il le déclare en ces termes (page 548):
a Lorsque j'ai dit que nous voyons les différents corps, par ff la connaissance que nous avons des perfections de Dieu . « qui les représentent, je n'ai pas prétendu précisément qu'il