‹ Œuvres philosophiques de Antoine Arnauld;Chapitre 59 sur 159 · CHAPITRE XUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XUI

« y eût en Dieu certaines idées particulières, qui représen- « tassent chaque corps en particulier : » ce qui a rapport à ce qu'il avait dit auparavant : « Il ne faut pas s'imaginer que le « monde intelligible ait un tel rapport avec le monde maté- « riei et sensible, qu'il y ait, par exemple, un soleil, un « cheval, un arbre intelligibles, destinés à nous représenter « le soleil, un cheval et un arbre. »

Et moi je dis, qu'en ôtant le mot de nous (car les idées de Dieu ne sont pas pour nous rien représenter, au moins tant que nous sommes en cette vie, mais c'est à Dieu même, selon notre manière de concevoir, qu'elles représentent ses ouvrages), ôtant donc ce mot de nous, je soutiens que ce n'est pas une imagination, mais une certitude, « que le « inonde intelligible a un tel rapport avec le monde matériel « et sensible, qu'il y a, par exemple, un soleil, un cheval, « un arbre intelligibles, qui représentent un soleil, un cheval, a un arbre. » Et il est impossible que cela ne soit pas ainsi. Car le monde intelligible n'est autre chose que le monde matériel et sensible, en tant qu'il est connu de Dieu, et qu'il est représenté dans ses divines idées. Et par conséquent , il est impossible qu'il n'y ait pas un parfait rapport de l'un à l'autre , et que tout ce qui est matériellement dans le monde matériel ne soit pas intelligiblement dans le monde intelligible. C'est cela même que l'on doit entendre par les idées qu'on admet en Dieu, et qu'on ne peut pas n'y point admettre, dit saint Augustin; puisque, pour les nier, il faudrait croire que Dieu eût créé le monde sans raison et sans connaissance : de sorte que Platon , ajoute ce Saint , a pu être le premier qui a donné le nom d'idée à ce que nous devons concevoir avoir été en Dieu, lorsqu'il a pris le dessein de créer le monde; mais ce qu'il a entendu par ce mot , a toujours été reconnu par tous ceux qui ont eu une véritable connaissance de Dieu. Or, de cela même que les idées sont en Dieu la forme et l'exemplaire, selon lequel il a créé chacun de ses ouvrages, parce qu'il n'y en a aucun , pour petit qu'il soit, qu'il n'ait créé avec

une connaissance distincte de ce qu'il faisait, il faut bien nécessairement qu'il y ait des idées particulières, qui iuireprè* sentent non-seulement le soleil , un cheval , un arbre , mais le plus petit moucheron et le plus petit globule de la matière.

C'est une vérité que l'on no peut contester. Saint Augustin l'établit en plusieurs endroits. Dans la question quarante-six des quatre-vingt-trois que nous venons de citer, après avoir dit que les idées sont les formes, les notions, les raisons selon lesquelles Dieu a créé toutes choses , il déclare exprès* sèment que chaque chose a été créée selon son idée particu* lière. Le latin exprime mieux sa pensée qu'on ne peut faire en français : Quis awkat dicare Deum irrationabilùer omnia condidisse? Quod si recie dici et credi non potest, restât ul omnta ratione sint condiia : nec eadem raUùne homo gtia eqwa, hoc mim absurdum est exisiimare, Singula igiiur proprià sunt creata rationibus. Uas auiem raliones uln arbitrandum est esse, nisi in mente Creaioris?

Saint Thomas, à son ordinaire, a suivi saint Augustin comme son maître. Il fait une question des idées dans la pre* mière partie de sa Somme, C'est la quinzième, qui n a que trois articles. Il prouve dans le premier qu'il y a des idées en Dieu; dans le deuxième qu'il y a plusieurs idées; et dans le troisième, que chaque chose a son idée particulière, et qu'il n'en faut excepter ni la matière ni les individus, comme Platon semble l'avoir fait. Mais il est bon de voir de quelle sorte il expUque dans l'article deuxième comment il peut y avoir plusieurs idées en Dieu , quoique l'idée soit la même chose que l'essence de Dieu , et que Dieu n'ait qu'une essence , parce que cola nous servira à démêler beaucoup les choses que l'auteur de la Recherche de la Vérité a fort embrouillées.

« Il est facile, dit-il , de concevoir en Dieu plusieurs idées « sans que cela répugne à sa simplicité. Il ne faut que coA" « sidérer que l'idée d'un ouvrage est dans l'esprit do Tou* « vrier comme ce qui est cou^^u ( siaU quod inieUigiiur ) e4

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