CHAPITRE Xlir
a non comme la forme par laquelle il le conçoit [et non sicut « species, qua intelligitur, quœ est forma faciem inielleclum « €Uiiu)y c'est-à-dire comme la perception même, qui est la « cause formelle, pour parler ainsi, de ce que Tcsprit apera çoit actuellement son objet; car, l'idée d'une maison est « dans l'esprit de l'architecte comme une chose qu'il connaît, c et à la ressemblance de laquelle il doit faire la maison maa térielle qu'il a entrepris'' de bâtir. Or, il n'est pas contre la <r simplicité do l'entendement divin qu'il connaisse plusieurs « choses , mais il serait contre sa simplicité qu'il les connût « par plusieurs perceptions. Et ainsi il y a plusieures idées a en Dieu, comme conçues do Dieu {unde plures ideœ surU « in mente divina ut inteHectœ ab ipso). Et on jugera que cola «r doit être ainsi, en considérant que Dieu connaît parfaite- « ment son essence, et que par conséquent il la connaît en « toutes les manières qu'elle peut être connue. Or, elle le « f)eut être non*seulement en elle-même, mais aussi en tant « qu'elle peut être participée par les créatures, selon quelque a sorte de ressemblance.
« Et chaque créature a sa propre forme ou nature , selon « qu'elle participe en quoique chose à la ressemblance de a l'essence divine. En tant donc que Dieu connaît son essence, a comme imitable par une telle créature , il la connaît comme a étant la propre notion ou raison , ou la propre idée de cette « créature. Et ainsi des autres. On doit donc admettre en « Dieu plusieurs notions ou raisons de plusieurs choses. Et a c'est ce qui fait qu'on admet en Dieu plusieurs idées, »
£t s'étant objecté , <( que l'art et la sagesse est aussi bien « en Dieu un principe de connaissance et d'action que l'idée, €< qu'il ne devait donc point y avoir plusieurs idées, puisqu'il a n'y a qu'un art divin , et qu'une sagesse divine, » il répond en ces termes : « Les mots d'art et de sagesse marquent en c< Dieu ce par quoi Dieu connaît [quo Deus inlelligii)^ mais le « mot d'idée marque ce que Dieu connaît {quod Deus intel» a fif/it,) Or, Dieu connaît plusieurs choses d'un seul regard,
« et non-seulement ce qu'elles sont en elles-mêmes, mais « aussi selon ce qu'elles sont connues : ce qui est connaître <( les notions et les raisons de plusieurs choses. C'est ce qu'on « voit dans un architecte ; Car, lorsqu'il a simplement dans « son esprit la perception de la forme matérielle d'une maia son ) on dit alors qu'il connaît une maison : mais , lorsqu'il (( s'applique à considérer cette maison, en tant qu'elle est « dans son esprit , c'est-à-dire qu'il fait une réflexion expresse « sur la perception qu'il en a, parce qu'il connaît cette maison « (ex eo quod intelligit se inteUtgere eam), cette première perft ception, qui était auparavant id quo inleUigitur, devenant « par cette réflexion id quod ihtdligitur, on dit alors qu'il a « Vidée de cette maison. Or, Dieu ne connaît pas seulement (( plusieurs choses par son essence ; mais il connaît qu'il con> (( naît plusieurs choses par son essence. Et c'est ce qu'on « appelle connsiître plusieurs notions des choses, ou qu'il y a « dans l'entendement divin plusieurs idées, en tant que oona nues : Vel plures ideas esse in intelkctu divino ut inteUectas. » On voit par là que saint Thomas ne prend pas le mot à'idée si généralement que je l'ai pris pour toute perception, qui comme telle est proprement id quo inielligitur { quoiqu'elle soit aussi en quelque sorte id quod inteUigtiur par la réflexion virtuelle qui lui est essentielle), mais qu'ille restreint à la perception, qui, par une réflexion expresse sur notre connaissance, est devenue plus particulièrement id quod tnielligiiur. Et c'est ce qui revient à ce que j'ai dit dans le chapitre 6 pour expliquer ce que c'était proprement que de voir les propriétés des choses dans leur idée. Si ce n'est qu'alors c'est seulement une idée spéculative; au lieu que celle qu'a un architecte d'une maison qu'il veut bâtir, et qu'il considère souvent dans son esprit par une connaissance réfléchie sur la première perception qu'il, s'en est formée , est une idée pratique, qui est la même chose que la cause exemplaire. Mais on ne voit en tout cela ni trace ni vestige de ces éirfs représentatifs, qui précèdent toutes les perceptions, et que Ton