‹ Œuvres philosophiques de Antoine Arnauld;Chapitre 61 sur 159 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

s'imagine qui sont nécessaires à notre esprit afin qu'il en puisse avoir.

Et ce qui est encore plus considérable est, que ce Saint reconnaît que Dieu voit par une seule et unique vue toutes les choses , et selon ce qu'elles sont en son entendement divin, et selon ce qu'elles sont en elles-mêmes : ce Deus uno intellectu intelligit multas et non solum secundum quod in seipsis sunt, sed etiam secundum quod intellecta sunt. » Et il parait qu'il regarde la première sorte de perception comme une preuve de la seconde. D'où il s'ensuit que les choses sont objectivement en Dieu telles qu'elles sont en elles-mêmes; et que par conséquent une chose peut être objectivement en Dieu, c'estrà-dire être connue de Dieu, sans qu'elle y soit formellement. Car un crapaud, une chenille, une araignée , sont objectivement en Dieu, puisqu'il les connaît, quoique l'on ne puisse dire qu'il y avait en Dieu formellement des crapauds , des chenilles , des araignées. Et néanmoins nous allons voir que c'est pour n'avoir pas bien distingué ces choses , que l'auteur de la Recherche de la Vérité argumente encore très-souvent a dicto secundum quid ad dictum simjf^i'citer, en raisonnant presque toujours en cette manière : «c Dieu connaît une telle chose : or Dieu ne connaît rien que dans lui^-même : donc une telle chose est en Dieu, » Car être en Dieu se peut entendre dans cette conclusion ou objectivement ou formellement. Si l'on entend formellement , c'est le sophisme que je viens de marquer, a dicto secundum quid ad dictum simpliciter. Car il ne s'ensuit pas qu'une pierre soit formeUemjent dans mon esprit, parce que je la connais, mais il s'ensuit seulement qu'elle y est objectivement. Et si ce n'est que cela que l'on entend quand on conclut : « Donc une teUe chose est en Dieu, » c'est-à-dire, qu'elle y est objectivement, c'est badiner que de raisonner de la sorte. Car c'est ne conclure que ce qui est déjà dans la. majeure : n'y ayant point de différence entre dire « que Dieu connaît une telle chose, et qu'une 'e//6 chose est objectivement en Dieu, »

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