‹ Œuvres philosophiques de Antoine Arnauld;Chapitre 86 sur 159 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

dée ; mais la dernière fera voir qu^elle est très-mal fondée par les propres principes de cet auteur; car c'est à quoi je me restreins ici à le combattre par lui-même.

Il déclare , dans le deuxième Éclaircissement , sur le premier chapitre du premier livre , qu'il ne s'était point alors encore- expliqué sur ce qu'il prétend avoir prouvé dans le chapitre six de la deuxième partie du troisième livre : Que nous voyons toutes choses en Dieu; donc ce qu'il établit dans ce premier chapitre du premier livre est indépendant de cette question.

Or, ce qu'il y établit suffit de reste, pour nous faire reconnaître que les esprits ne s'éclairent point eux-mêmes, et qu'ils ne sont point à eux-mêmes leur propre lumière , mais qu'il faut que ce soit Dieu même qui les éclaire.

Il n'est donc pas vrai que nous soyîons obligés de croire tout ce qu'il a enseigné depuis, touchant les idées prises pour des êtres représentcUifs et la nécessité qu'il prétend que nous avons de voir les choses matérielles en Dieu , pour reconnaître que notre esprit n'est point à lui-même sa propre lumière au regard de la connaissance des choses matérielles, et qu'il faut que ce soit Dieu qui l'éclairé.

Il n'y a que la mineure à prouver, ce qui sera facile ; car j'ai déjà prouvé dans l'article 3 que dans ce premier livre il prend le mot d'idée pour perception , comme il parait clairement en ce qu'il prend pour la même chose notions et idées. (( Il semble , dit-il , que les notions ou les idées qu'on a de « deux facultés ne sont pas assez nettes. » Or, on ne peut pas douter que notion, pu perception, ne soient deux termes synonymes » et en ce qu'il explique recevoir plusieurs idées par apercevoir plusieurs choses : or, prenant le mot d*idée pour perception, on ne peut pas enseigner plus clairement que nous ne sommes point notre lumière au regard des choses matérielles , mais qu'il faut que ce soit Dieu qui nous éclaire^ qu'en enseignant que nous ne pouvons pas nous donner à nous-mêmes l'idée ou la perception des choses matérielles;

car, la lumière intellectuelle active, pour parler ainsi , ne consiste qu'en cela , notre esprit ne pouvant être éclairé au regard d'un objet qu'en le connaissant; de sorte qu'il est visible que ne se pouvoir donner la perception d'un objet , c'est ne se pouvoir éclairer soi-même à l'égard de cet objet.

Donc ce qu'il enseigne dans ce premier chapitre du premier livre , suffit de reste pour nous faire reconnaître que notre esprit ne s'éclaire point lui-même, et n'est point sa propre lumière au regard des choses matérielles , mais qu'il faut que ce soit Dieu qui l'éclairé , s'il y enseigne que nous ne pouvons nous donner à nous-mêmes les perceptions des choses matérielles.

Or, Ton ne peut pas l'enseigner plus clairement qu'il fait; puisqu'il y établit comme une chose certaine (je n'examine pas ici si elle l'est autant qu'il le dit , ayant déclaré que mon dessein était seulement de le combattre par lui-même) « que « notre entendement, ou la faculté qui est en nous de rece- « voir plusieurs idées, c'est-à-dire d'apercevoir plusieurs « choses, est entièrement passive, et ne renferme aucune « action. »

Donc, il avait suffisamment enseigné dans ce chapitre , où il ne prend point les idées pour des êtres représentatifs, et où il n'avait point encore supposé que nous vissions les choses en Dieu, que notre esprit n'était point capable de s'éclairer lui-même au regard des choses matérielles , ni d'être à luimême sa propre lumière.

Donc il n'a point eu besoin pour établir cela de pousser plus loin sa philosophie des idées , et ^'avancer ce paradoxe : que nous ne saurions voir le moindre corps que nous ne le voyions en Dieu , ou plutôt que nous ne voyions Dieu, lorsque nous nous imaginons voir ce corps.

Donc, le zèle qu'il témoigne avoir d'empêcher que Ton ne croie que nous sommes à nous-mêmes notre propre lumière, ie lui doit point servir de préjugé pour faire recevoir fa\o* blement des opinions si étranges.

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