CHAPITRE XX
demande d'où vient que n'étant pas corporel, je puis apercevoir les corps présents ou absents ? ne serait-ce pas bien répondre que de dire que c'est parce que ma nature étant de penser , je sens par ma propre expérience que les corps sont du nombre des choses auxquelles Dieu a voulu que je pusse penser ; et que m' ayant créé et joint à un corps, il a été convenable qu'il m'ait donné la faculté de penser aux choses matérielles, aussi bien qu'aux spirituelles ? Qui ne se contente pas de cela , et qui veut que passant plus outre on lui rende raison de ce qui n'a point d'autre raison que celle dont il ne lui plaît pas d'être satisfait , ne saurait que s'égarer ; parce que , cherchant ce qui n'est pas , il mérite par sa témérité de ne trouver pas ce qui est, comme dit excellemment saint Augustin : « Compescat ergo se humana temerîtas, et id quod non est non quœrat, ne id quod est non inventai, » De Gen, contr. Man,, lib. I, c. 2.
Je prévois que l'auteur pourra dire qu'il n'a point combattu la proposition que je défends , en la prenant dans le sens que je l'ai prise , je le veux. Mais je lui demande s'il l'approuve , ou s'il ne l'approuve pas, dans le sens que je la prends , qui ne touche point la question si Dieu est ou n'est pas auteur des perceptions que j'ai des choses matérielles? S'il ne l'approuve pas, j'en demande la raison; car il est clair que tout ce qu'il y répond dans les Éclaircissements ne me regarde point; et s'il l'approuve, j'en conclus qu'il n'a donc qu'à retrancher de son livre tout ce qu'ij y dit de la nature des idées, en les prenant pour des êtres représentatifs distingués des perceptions, et toutes les conséquences qu'il en tire , pour nous faire croire que nous ne saurions voir les choses matérielles qu'en Dieu , ou plutôt que nous pouvons tourner nos yeux vers les choses matérielles, ce qui s'appelle regarder, mais qu'en les regardant , ce n'est que Dieu que nous voyons.
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