CHAPITRE XXIII
Béponse aux raisons que cet auieur apporte pour montrer quo nous n'avons point d'idée claire de notre Anse, et que nous en avons de retendue.
Je crois en avoir assez dit dans le chapitre précédent pour persuader à toutes les personnes raisonnables que si on voyait toutes les choses en Dieu , en la manière que cet auteur l'entend , il n'aurait eu aucune raison d'en excepter notre Ime, et qu'ainsi ce n'est point de là qu'il a pu conclure que
lus n*avons point (Tidée de notre âme, etjque nous la con-
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naissons seulement par conscience et par sentiment intérieur.
Mais , parce quMl se sert encore d'un autre moyen pour prouver la même chose , qui est que nous n'en avons point d'idée claire, oomme^nous en avons de l'étendue^ j'ai cru de* voir encore examiner si ce moyen est mieux fondé que l'autre. Il avait reconnu en un end roi t, que nous avons des idées de Tune et de l'autre : je veux dire de notre âme et de l'éten* due. C'est en la page 42 , où il parle en ces termes : « On ff suppose d'abord qu'on ait fait quelque réflexion sur deux « idées qui se trouvent dans notre âme : l'une qui nous re< « présente le corps, et l'autre qui nous représente l'esprit ; « qu'on les sache bien distinguer par les attributs positifs « qu'elles enferment; en un mot, qu'on se soit bien persuadé (( que l'étendue est différente de la pensée. »
Il est vrai qu'alors il prenait le mot d'idée pour perception^ Et il avait raison de le prendre ainsi , car c'est sa vraie ncK* tion. Mais il lui a plu depuis de ne prendre ce mot que pour uo certain genre S êtres représentaiifa distingués des peroepiions, lesquels il a voulu qu'on ne pût trouver qu'en Dieu , et qu'il a aussi distingués des autres idées prises généralement pour tout ce qui représente quelque objet à notre esprit , soit dai-' rement , soit confusément, en ce qu'il a déclaré que celles à qui on devait donner par préférence le nom d'idéeê, étaient « des idées claires , qui produisent la lumière et l'évidence , a et par lesquelles on a la compréhension de l'objet, si on peut 0 parler ainsi. » Et c'est en suite de cette distinction qu'il s'est mis dans l'esprit que prenant le mot d'idée en cette der« nière signification , nous n'avions point d'idée de notre âme, et que nous en avions de l'étendue.
Or, je pourrais me contenter d'avoir montré deux choses : l'une , que nous ne voyons point l'étendue par un être repré^ sentaiif, non plus que notre âme; l'autre, que quand l'idée que nous avons de notre âme serait moins claire que celle que nous avons de l'étendue , comme il ne s'ensuivrjMt point
de là que ces deux idées fussent d'un genre tout différent , il ne s'ensuivrait pas aussi qu'on pût dire raisonnablement que nous n'avons point d'idée de notre âme, et que nous en avons de rétendue ; car le plus ou le moins de clarté ne donnerait point lieu de ne laisser le nom 6!idée qu'à la perception que nous avons de l'étendue , et de Tôter à celle que nous avpns de notre âme.
Je pourrais aussi l'arrêter tout court , en découvrant l'illusion qui se trouve dans la comparaison qu'il fait des idées de l'âme et de l'étendue : en ce qu'il ne s'arrête qu'à celle de l'étendue en général, au lieu qu'il faudrait, afin que sa prmse fût supportable, qu'il eût montré que l'idée de notre âme est moins claire que celle que nous avons de quelque corps que ce soit. Car prétendant, conune il fait, que nous voyons en Dieu toutes les choses matérielles , et que nous voyons par des idées claires tout ce que nous voyons en Dieu , il suffirait que Vidée, que nous avons de notre âme, fût pour le moins aussi claire que celle d'une infinité de choses matérielles, que selon lui nous voyons en Dieu, et par conséquent par des idées claires : cela suffirait, dis-je , pour empêcher qu'il ne pût dire raisonnablement que nous n'avons point didée de notre âme, quand il serait vrai que l'idée de notre âme serait moins claire que celle de l'étendue en général. Et s'il n'en voulait pas convenir , on le lui pourrait prouver par cette démonstration :
Le défaut de clarté, dans l'idée que nous avons de notre âme, ne peut pas donner droit de dire que nous n'en avons point d'idée, si elle est pour le moins aussi claire que celle do beaucoup de choses que nous voyons selon cet auteur par des idées assez claires pour ne pouvoir pas dire que nous n'en avons point d'idée. Or cela est ainsi, comme on Ta déjà montré. Car les étoiles, le soleil, le feu, n'ont jamais pu, selon cet auteur , être vus qu'en Dieu ; et selon lui tout ce que Ton voit en Dieu se voit par des idées claires.
Or les idées que tous les pliilosophes oiU eues du soleil .
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