DIVEBS SIGNES AUXQUELS NOUS POUVONS BECONNAITBE UN
ÉTAT PUBEMENT AFFECTIF..
( I. Affections immédiates constitutives du tempérament
organfque.)
Nous l'avons déjà dit : l'homme peut commencer à sentir^ assez longtemps avant d^ apercevoir et de connaître^ il vit dans les premiers temps en ignorant sa vie {yivit et est vitœ nescius ipse suœ). Cette existence toute sensitive , ces appétits , ces penchants , qu'on observe dans l'individu naissant , toutes ces déterminations que nous rapportons vaguement à
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V instinct (ne pouvant les attribuer à la source de toute évidence immédiate, au sentiment intime de ce qui est en nous ou de nous); ces premières déterminations ^ dis-je, effectuées et conçues hors du vouloir et de la pensée , ne peuvent avoir reçu leur empreinte, ni se reproduire, par suite, sous la forme intellectuelle de souvenirs ou de réminiscence.
Cette nullité de souvenir, attachée, dans notre expérience même, aux affections les plus vives de la sensibilité interne ou externe , est ime des marques caractéristiques de tout mode affectif parfaitement simple (simplex in vitalit^te); et d'une sorte de matière affective, séparée ou séparable, de toute forme personnelle de temps j aussi bien que d'ejpace.
L'ensemble des déterminations que l'on est fondé à comprendre ainsi sous le nom d^ instinct ^ ne se borne point au premier âge de la vie humaine. La sphère dans laquelle cette puissance aveugle continue à s'exercer, loin de se circonscrire, peut prendre au contraire plus d'extension en se rejoignant , dans plusieurs points, à celle de nos habitudes; mais au-delà, il y a encore une sphère à^actit^ité propre à l'homme devenu double ( duplex in humanitate) (i). Ce n'est point une seule force, une
(1) La sphère de rinstînct et celle des habitudes paraissent bien réellement envelopper l'animal tout entier. L'homme seul est doué
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seule vertu sentante^ qui peut produire des effets si sovivent contraires et opposés. Elles sont deux qui, sans se transformer l'une dans l'autre , agissent ensemble ^^ chacune dans son domaine , conspirent,
d'une puissance qui tend nécessairement à le faire sortir de ce cercle à mesure qu'il s'agrandit, pour envelopper aussi toutes ses facultés acquises. Cet attribut , qui est le fondement de toute perfectibilité, est assez important pour qu'on doive en chercher les conditions, et le rapporter à sa source.
Quant à la distinction établie ici entre la force d'organisation vivante qui est le principe des déterminations de V instinct , et une autre force (conscienie) de locomotion volontaire ; s'il m'était permis de recourir à des comparaisons propres à rendre cette distinction un peu plus probable , je la rapprocherais de celle que les physiciens admettent entre les deux forces A^atiraciion et d'implosion iangenlieUe dont le concours, réglé suivant des lois éternelles, détermine la forme constante des orbites, et Tordre harmonique des mouvements planétaires : je la comparerais encore à celle que les phénomènes établissent entre Tattraction qui agite les masses, et la force d'affînité qui , agissant sourdement sur les éléments de la matière , en transforme sans cesse les composés , et amène tant de révolutions successives sur la surface ou dans la profondeur du globe. La diversité de ces phénomènes physiques ou celle des lois auxquelles ils obéissent, ne permet pas de les rapporter à une seule cause ou force. Les phénomènes de la vie , du sentiment et de la pensée, seraient-ils plus susceptibles d'une telle réduction ? et si la dynamique des corps bruts n'a pu se plier encore à l'unité systématique de force mouvante , la dynamique des êtres sensibles et intelligents s'y ploierait-elle davantage? Les distinctions positives qu'indiquent dans le premier cas l'expérience et le calcul , ne ressortiraient-elles pas également de l'observation intérieure , ou de la réflexion ? Au surplus , il s'agira moins pour nous de l'identité ou de la diversité des causes premières {Xyy\ que de cette distinction réelle que le sens intime établit entre nos actions et nos passions , entre les modes où la volonté est cause , et ceux où la sensation est effet ; puisque c'est ce même sentiment de causalité ou de force propre individuelle qui devient selon nous le type de toutes conceptions de forces étrangère^.
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s'opposent, luttent et triomphent, tour à tour. Qui de nous n'est pas , à chaque instant, acteur et témoin de telles scènes intérieures ?
« Il n'est pas une seule des parties de notre corps (dit Montaigne, spectateur si assidu et si judicieux de pareilles scènes), qui souvent ne s'exerce contre notre volonté; elles ont chacune leurs passions propres j qui les éveillent oii les endorment sans notre congé. »
Nous pouvons reconnaître le caractère des affections simples, ou les résultats les plus immédiats d'une propriété sensitive, dans ces passions partielles dont parle si énergiquement l'auteur des Essais ; dans ces appétits brusques d'un organe particulier, tel que VestomaCy le sixième sens y etc , dont l'influence, croissant quelquefois par degrés , finit par absorber tout sentiment de moi , et entraîner , à son insu , tous les mouvements ou actes devenus alors comme automatiques. C'est là qu'on pourrait reconnaître des sensations vraiment animales.
Du concours plus modéré de ces impressions immédiates, produites dans des organes qui s'affectent réciproquement par consensus, ressort le mode fondamental et absolu d'une existence sensitive, qui ne peut être dit ou conçu simple qu*k Yinstard! une
résultante de forces multiples et variables à chaque instant (i). Il n'est point la conscience , car il ne se
(1) Leibmtz reproche à Locke d'avoir regardé comme simples les premières idées de la sensation ; elles ne nous paraissent sim-
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sait pas 9 ne s'éclaire pas lui-même ; et pendant qu'il change ou meurt incessamment , pour ne plus renaître , il y a quelque chose qui reste , et qui le sait. Les modes fugitifs d'une telle existence, tantôt heureuse, tantôt funeste, se succèdent, se poussent comme des ondes mobiles dans le torrent de la vie. Ainsi nous dei^enons, sans autre cause étrangère à de simples dispositions affectives sur lesquelles tout retour nous est interdit, alternativement tristes ou enjoués, agités ou calmes, froids ou ardents, timides ou courageux, craintifs ou pleins d'espérances. Chaque âge de la vie, chaque saison de l'année, quel* quefois chacune des heures du jour (i) voient contraster ces modes intimes de notre être sensitif : ils ressortent pour l'observateur qui les saisit à certains signes sympathiques; mais placés, par leur nature et leur intimité même, hors du champ de la perception, ils échappent au sujet pensant, par l'effort
pies, dit-il, que parce qu'elles sont confwes^ et plus nous pénétrerions dans une de nos sensations, plus nous y découvririons d'éléments. La sensation dont parle ici Leibnitz , n'est point ce que Locke entendait par idée de sensation : le premier considère la sensation hors du sujet pensant, le second ne l'envisage que dans son rapport actuel, à Tapperception du moi, comme l'exprime assez le mot idée. Le reproche n'est donc point fondé ; et le mésentendu ne tient qu'à l'expression. Rien de plus commun que ces sortes de mésentendus parmi les métaphysiciens, surtout lorsqu'ils emploient le même signe pour exprimer la cause extérieure de l'impression , le jeu de Forgane , ou son résultat affectif immédiat, et l'apperception du moi.
(1) Q%tod cceli mutaiur in horas iemperies ^ hominuin simul quoque pectora mutant