‹ Œuvres philosophiques de Maine de BiranChapitre 25 sur 47 · L'ORIGINE DES LANGUES · texte numérisé non relu

L'ORIGINE DES LANGUES

« Qn trouve y dit Maupertuis , des langues , sur- <c tout chez les peuples fort éloignés , qui semblent <c avoir été formées sur des plans d'idées si diffé" « rents des nôtres^ qu'on ne peut presque pas trace duire dans nos langues ce qui a été une fois ex- . ce primé dans celles-là. »

Il serait à souhaiter que ce philosophe eût apporté des exemples de cette différence de plans d'idées y et qu'il eut cité des idiomes où il n'y eût pas eu tels signes pour exprimer les substances et leurs modes, les causes et leurs effets; tels autres pour exprimer l'union de l'attribut et du sujet, etc. ; alors nous aurions eu la preuve que ces notions ne sont pas primitives et essentielles à l'esprit humain.

M. Turgot s'élève contre ces plans d'idées diffé* rents : a Tous les peuples, dit-il, ont les mêmes sens^ et sur les sens se forment les idées , etc. »

3aO SUR LES EÉFLEXIOirS

C'est là une mauvaise raison ; ce n'est point parce que tous les hommes ont les mêmes sens que tous les plans d'idées et, par suite, les langues qui y correspondent , sont les mêmes. Il ne s'agit point du matériel des langues ou des systèmes de signes employés à exprimer les objets sensibles. Ce matériel même doit être très-variable y parce que si les sens sont les mêmes pour tous les peuples, les objets des sensations sont différents, et que cette diversité suffit, non pour que les plans aidées primitifs , et par suite la métaphysique des langues , leur fonds primitif, la nature spécifique des signes qui constituent ce fonds, etc., soient différents, mais pour que les idées sensibles , et par suite les signes individuels employés à les exprimer au dehors , aient toute la diversité qu'on y remarque.

Qu'il y ait en effet des noms substantif ou adjectifs plus ou moins nombreux dans une langue, sans aucune analogie avec telle autre, il n'y en a pas moins dans toutes deux des noms substantifs et adjectifs avec quelques verbes , ou mots destinés à exprimer leur union ou leurs rapports les plus généraux, tels que celui d'inhérence du mode ou attribut à la substance , de la causalité , etc.

Or, voilà ce qu'on doit trouver de tout à fait pareil dans les comparaisons des langues , même les plus sauvages , s'il est vrai , comme nous n'en saurions douter, que la forme primitive du jugement, ou de la perception d'une qualité attribuée à un

DE MAtJPERTUIS ET BE TTJRGOT, 3a 1

sujet et distinguée de lui, soit l'apanage naturel et commun de l'esprit humain , le vrai caractère distinctif de tout être penjsant.

C'est sous ce rapport qu'on aurait pu défier, je crois, Maupertuis de citer quelque langue étrangère qui fut formée sur des plans d'idées si différents des nôtres que la traduction fût absolument impossible.

En effet , quand des noms substantifs et adjectifs de telle langue étrangère n'auraient aucun analogue dans celles que nous connaissons , toute proposition affirmative , ou tout énoncé de jugement dans la langue étrangère n'en pourrait pas moins être traduit dans un énoncé général et sous une forme algébrique telle que celle-ci : + S est M , une sub^ stance inœnnue est modifiée cCune manière in* connue; ou C produit Ej une cause inconnue pro^ duit un effet inconnu ; + ou les signes de substance et de cause sont comme les x et les x ^^ algèbre , dont les rapports n'en sont pas moins conçus et déterminés par des signes intelligibles et toujours les mêmes, quelles que soient les quantités comparées , comme les signes +, — ,==, etc.

Toutes les langues primitives étaient simples , d'après Maupertuis ; elles ne doivent leur origine qu'à des hommes simples qui ne les formaient d'abord que selon le besoin,

M. Turgot nie cette simplicité des premières langues : a Des hommes grossiers , dit-il , ne font rieni

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