‹ Œuvres philosophiques de Maine de BiranChapitre 28 sur 47 · DE MAUPE&TUIS RT DE TURGOT · texte numérisé non relu

DE MAUPE&TUIS RT DE TURGOT

« durée, mais je ne la connais elle-même que par le ce nombre des perceptions que mon âme y a pla-* « cées. ».

Il y a une durée que j'aperçois immédiatement , c'est celle du moi qui est uniforme en elle-même et qui est ]e type constant de toute uniformité ; les per<> ceptions que j'y place la divisent en parties iaé^riias;^ c'est la sensibilité qui rompt, l'uuiferrmité de leur durée et les divise en partiel inégales.

Le souvenir est la réminiscence du moi identique

jointe à une sensation répétée, quand la' notion du passé se joint à une perception présente ; c'est un souvenir qui diffère donc d'une sensation actuelle.

L'induction qui nous fait concevoir des causes étrangères, s'applique-t-elle immédiatement et de prime-abord aux affections passives sur lesquelles la volonté n'a aucune espèce d'empire? Ne doit-elle pas d'abcMrd s'appliquer aux modes y qui , après avoir été d'abord acti& et produits par la volonté , sont sentis ensuite comme passifs (tels sont les mouve* mi^ts 9 les sons vocaux ^ etc. ) ? ou bien encore ne faut-il pas avoir éprouvé une résistance étrangère à l'effort et aperçu immédiatement des causes /^roAtbitives jointes à l'étendue, pour concevoir des causes extérieures /^wdiic^iVej des sensations? On peut douter que par cela seul que l'individu éprouve des modifications passives, il sente ces modifications comme effets , et par suite qu'il conçoive une cause ou force productive à l'instar du moi. Il semble que

cette notion de cause étrangère a plus d' affinité naturelle avec des modes sentis d'abord comme effets de la volonté et puis dans cette cause ; car la causalité y ayant été déjà associée par l'expérience répétée , ne peut plus s'en séparer, et puisque ce n'est plus une cause sentie ou aperçue immédiatement , ce sera une cause conçue, ou l'idée d'une cause non-moi. H semble , d'autre part , que la résistance ou l'impénétrabilité de la matière étant une cause prohibitive , ou n'étant conçue que comme passive, ne saurait être l'origine d'une cause productive des sensations. Pourquoi la sensation localisée , ou qui admet naturellement la forme étendue du corps propre , conduirait-elle à la notion de cause productive plutôt que l'intuition ?

« Je n'oserais pas dire ep ce moment, dit Leibnitz, ff si jamais l'esprit humain parviei^dra à pousser or l'analyse des notions au plus haut degré de pera fection, ou à ramener les pensées jusqu'ai/x pre^ « miers possibles ^ ad prima possibilia^ et aux no- (T tions irrésolubles, ou, ce qui revient au même, (( jusqu'aux attributs absolus de Dieu , savoir aux «c causes premières et à la dernière raison des « choses. »

Nous commençons par avoir la perception interne de la cause efficiente, de l'unité, de la du-* rée, etc., en tant que le moi existe et se sent exister; nous étendons ensuite par induction à tous les phé-*

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nomènes, à tous les, objets, ces idées premières, et c'est avec elles que nous percevons indivisiblement et in concreto Fexistence de ce qui est hors de nous; enfin, en abstrayant des objets de perception ces attributs de notre moi ou de notre existence individuelle , et les concevant comme universels , nécessaires,, premiers,' ou antérieurs à tous les phénomènes , comme conditions essentielles de tout ce qui est pour nous ou apparaît à nos sens, nous nous élevons jusqu'aux notions de cause première, nécessaire, immuable, immense, c'est-à-dire jusqu'aux attributs absolus de Dieu.

' La difficulté de pousser l'analyse jusqu'à ce point exactement, tient, d'une part, à la nature et à l'origine des notions qui conservent toujours, même dans le plus haut degré d'abstraction , le caractère individuel et d'unité du moi où elles prennent naissance ; d'autre part , à l'application continuelle et nécessaire que l'esprit a faite de ces notions premières aux objets ou phénomènes sensibles , ce qui empêche ensuite qu'il puisse les dépouiller ou les purifier entièrement de tout alliage avec les choses matérielles ou les phénomènes particuliers du monde sensible.

« Les hommes emploient 'sans cesse, et par une oc sorte de nécessité naturelle , certains termes méa taphysiques , et se flattent bien vainement de conte cevoir ce qu'ils ont seulement appris à articuler. « Ce n'est pas seulement du terme substance , mais

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