‹ Œuvres philosophiques de Maine de BiranChapitre 34 sur 47 · DE M. DE TRA.CY · texte numérisé non relu

DE M. DE TRA.CY

et de CondUlac. S'il n'y a que des sensations et que tout jugement ne soit qu'un rapport perçu entre des sensations, il n'y a pas d'erreur ni de vérité possible , car la vérité ou la fausseté n'appartient aux idées qu'en tant qu'elles peuvent être comparées à quelque modèle fixe , qui ne soit pas encore une idée ou une sensation. — Or, quel peut être ce modèle dans les systèmes idéalistes? — M. de Tracy est au moins conséquent dans l'erreur , et c*est par là qu'il a été très-utile à la science. — Il a bien raison de dire, dans son point de vue, que toutes nos perceptions de rapports ^ ou de nos sensations comparées sont réelles, certaines et nécessairement telles que nous les percevons (c'est-à-dire telles que nous les avons) par cela seul que nous les avons.

Pour être vrais, il suffit. que tous nos' jugements soient des conséquences exactes de ce premier jugement : Je suis sûr de ce que je sens. Mais comme cela est toujours nécessairement vrai de tous les souvenirs parfaits ou imparfaits^ puisque nous sentons les uns comme les autres, il en résulte qu'il n'y a pas , même dans cette hypothèse , une erreur pos- .sible. Je me souviens d'avoir été Euphorbe au siège de Troie : je suis sûr de ce que je senSj et qui pourra me dire que je ne le sens pas?

a Nous n'avons point ai idée de substance , nous avons des idées hêtres qui agissent sur notre vertu sentante ; mais nous ne connaissons ces êtres que par les impressions qu'ils nous font ; ils ne consistent pour nous que dans ces impressions. »

35o SUR LA LOGIQUE

Dire que nous avons des idées (ou notions) d^ êtres qui agissent sur notre vertu sentante ( i ) , c'est bien dire que nous avons des idées ou des notions de substances; car les 8u)>stances^ comme nous le prouverons ailleurs amplement, ne sont pour nous que les causes de nos sensations ou intuitions , et, comme le dit si bien M. de Tracy liiimême dans un autre endroit, les causes sont les êtres , et les êtres sont les causes.

Nous ne connaissons ces êtres que par les impres^ sions qu'ils nous font ; c'est sans doute bien limiter , pour notre esprit , le champ des réalités ; et nous sommes certains de l'existence d'êtres qui ne font ni ne peuvent faire sur nous aucune impression. Mais quant aux connaissances primitives j la proposition est vraie , et* je l'admets. Nous ne connaissons directement ou ne concevons immédiatement l'existence réelle des causes ( des êtres ou des substances) que par leurs effets sensibles. Mais comment et par quel abus de mots et quelle con-

(1) Nos sensations ne peuvent jamais nous faire connaître que ce que nous sentons, mais elle ne nous apprennent lîen sur ce que sont leurs causes, ni même sur Texistence de ces causes. Il y a des eckuses ou des êtres autres que nous, voilà ce que nous croyons nécessairement; mais si on demande quelles sont ces causes , si Ton veut s'en faire des idées ou des images , on en reconnaît rimpossibilité. Le scepticisme s'appuiera-t-il de cette ignorance pour nier la réalité absolue des causes ? Non : car nous savons d'elles tout ce qu'il est possible d'en savoir par l'entendement qui ne peut s'aider des sens , savoir qu'elles sont et qu'elles produisent certains effets.

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