‹ Œuvres philosophiques de Maine de BiranChapitre 40 sur 47 · B RÉPONSE · texte numérisé non relu

B RÉPONSE

pas été peut-être assez mûrement pesée : c'est que j s'il y a une origine et une génération possible de ces notions unii^erselles à*éire , de substance , de causalité j di unité et de simplicité ^ d'identité ^ etc. y dont l'esprit humain ne paraît pas pouvoir se passer, et dont il £ait un emploi si constant , si nécessaire , la notion de cause doit être considérée comme la première et l'origine de toutes les autres , comme étant la seule comprise dans le fait de conscience, dans le premier sentiment qu'a le moi de son existence. Ce sera donc celle sur qui devra s'appuyer toute bonne métaphysique , dont l'objet consiste à prouver que le monde réel des substances ou des êtres doit réellement exister tel que nous le croyons , pour que ce principe de causalité puisse avoir dans noti^ esprit sa valeur propre, réelle , et cet ascendant irrésistible que le sceptiscime même le plus hardi ne saurait lui contester (i) .

Telle a été la marche du génie de Léibnitz et le vrai titre de prééminence de sa doctrine, dont le réalisme théorique se fonde sur l'emploi constant et légitime que ce grand métaphysicien a fetit du prin-

(1) Uobjet de la métaphysique , dit très-bien M. Ancillon père (dans un mémoire tur la différence de» idè€$)^ consista à prouver qu'au-delà de tout ce que nous pouvoqs atteindre par les sens, au-delà de ce que nous appelons phénomènes de la nature, de la pensée, de la volonté, enfin de tout ce qui s'annonce par l'expérience extérieure ou intérieure , il y a , et il doit y avoir quelque chose à quoi cette expérience ne. peut s'étendre , qui, sans être ni visible, ni palpable, est très-réel, puisque tout ce qui est représenté

cipe de causalité , ou de Tactivité , de \si force , dans laquelle il fait consister l'essence de Fâme comme de toutes les monades primitives.

Ce que d'autres doctrines, y compris celle de Descartes lui-même , peuvent offrir d'incomplet, de vague et de sujet à toutes les chicanes de l'idéalisme et du sceptiscime , me semblent tenir surtout à ce qu'on y prend toujours comme donnée première la notion de substance considérée indifféremment comme passive ou active , et susceptible seulement de diverses modifications appelées sensations^ idées ou pensées : toutes modifications qui , à commencer par la première et la plus simple de toutes, sont censées révéler au sujet qui les éprouve ou les subit , son existence ou son être propre comme chose sentante ou pensante ; d'où le fameux enthymême de Descartes : je pense , donc /existe substantielle^ ment , ou comme chose pensante.

J'avais espéré démontrer , par une analyse assez approfondie des termes de cet eïithymème :

i^ Qu'il y avait une distinction essentielle à observer entre le moi qui s'affirme à lui-même sa propre existence individuelle en tant qu'il sent ou pense

ou senti va s'y rattacher , comme le mode à la substance, ou comme Teffet à la cause. Quand la métaphysique a prouvé cette thèse , elle a fait tout ce qu'on peut attendre d'elle , et il serait absurde d'exiger qu'elle nous fît voir ou imaginer ces mondes d'invisibles dont elle montre la nécessité, qu'elle les soumît aux mêmes épreuves d*observations qui servent aux physiciens : ce serait confondre les genres et raisonner m alio génère.

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actuellement y etla, substance ou la chose pensante j DE QUI rétre absolu est affirmé ; c'est-à-dire , dans la langue de Kant (que je me permettrai d'employer quelquefois comme plus brève et assez appropriée à mon point de vue) j entre le moi phénoménal et le moi nouménal.

iï9 Que le premier seul était compris dans le fait de conscience ou identique à ce fait^ tandis que le second ne pouvait en être qu'une déduction médiate fondée sur un principe autre que celui à^identité.

Mais les arguments i*eproduits par M. Guizot m'annoncent que mon analyse ^ quoique nettement exprimée , n'est pas encore assez bien comprise ni dans son principe , ni dans ses résultats.

Lorsque je veux m'appuyer sur un fait d'expérience intérieure pris dans le monde des phénomènes , on se place pour m'attaquer dans le monde objectif des choses ou des noumènes. Lorsque je parle de ce qui est senti ou aperçu primitivement par nous, on m'oppose ce qui est actuellement pour notre esprit objet de conception ou de croyance nécessaire. Lorsque je pars d'une relation première et tout intérieure de cause à effet , on m'oppose la relation dérivée de la substance au mode, empruntée du dehors, s'il est vrai , comme le dit profondément Hobbes (dans ses objections contre les Méditations de Descartes), que la substance ^o/^ toujours entendue sous quelque raison de matière.

A M. 6UIZOT. 38 r

Certes, je sais combien il est nécessaire et rigoureux , cet admirable enchaînement d'idées ou de notions par lequel l'esprit humain s'élève du fait primitif de la conscience ou du moi, joint aux premières intuitions qui nous donnent un monde extérieur phénoménal, jusqu'à la réalité d'un monde invisible de substances et de causes , et enfin jusqu'à la cause suprême de toutes les existences. Mais je pense aussi qu'il faut soigneusement distinguer ce que nous sentons ou apercevons d'abord immédia-* tement comme étant en nous ou nous-mêmes , de ce que nous croyons et concevons exister indépendamment de nous d'après des lois de notre entendement développé. Nous savons et croyons actuellement que notre âme existe à titre de substance ou de cause absolue, de la même manière que nous savons que Dieu existe comme substance et cause infinie ; mais avant cette conception ou croyance est le sentiment de l'activité ou de la causalité du moi ^ d'où tout est déduit.

Le premier argument de M. Guizot ne touche donc en rien à mon point de vue. Il s'appUque uniquement à un système qui , prenant la notion de substance absolue pour point de départ unique , et considérant cette substance comme passive, supposerait que par cela seul qu'elle existe et qu'elle est modifiée d'une manière quelconque, elle' doit avoir un sentiment d'elle-même ou de son être distinct de sa modification ou manière d'être.

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Assurément on ne conçoit pas plus ce que peut être la substance sans un mode quelconque, que le mode sans la substance ; et il est bien évident a qu'un « être ne peut avoir un sentiment de lui-même disse tin et du sentiment de quelque manière d*être ou « modification déterminée; car autrement il sentier rait quelque chose indépendamment de ce qu'il « est ou de la manière dont il est y il serait lui et un « autre que lui. Il aiu*ait deux existences ! » Or , dans le point de vue où nous sommes , l'existence est toujours une , il faut donc qu'elle se titouve tout entière dans chacune des modifications que subitYêtre sentant , ou dans chacune de ses manières d'être successives.

Donc, et tant qu'on reste dans le même point de vue, on ne saurait admettre qu'une distinction purement logique ou abstraite entre l'être sentant mo« difié et l'impression sensible qui le modifie j et tant qu'on persiste à identifier le moi avec l'âme substance j il n'y a pas de sensation sans moi , comme de moi sans sensation , par cela seul qu'il n'y a pas de mode intelligible sans substance {et vice versa).

Tout cela est rigoureusement vrai de cet ordre absolu que nous croyons , mais ne touche en rien à un premier ordre relatif de phénomène tel que nous le sentons ou apercevons immédiatement.

En s'attachant d'abord à cet ordre phénoménique, on ne peut s'empêcher de reconnaître le caractère d'une véritable dualité dans le fait de con-

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science rédirit â la plus simple perception à^un mode quelconque de notre sensibilité interne ou externe, la modification ou l'impression sentie étant toujours distinctes ( non par abstraction , mais par le fait) du sujet qui sent ou perçoit, quoique comprise sous la même unité de conscience ou d'existence relative.

On croit sauver la difficulté qu'il y a à concilier cette dualité primitive avec Vunité absolue , en disant:

« Si l'existence est une, l'être est complexe , il est à la fois être sentant et être sachant. Comme être sentant, il subit son mode d'existence tel qu'il lui est donne' par la sensation. »

« Comme être sentant, il est averti de son existence qui lui est réçfélée par la sensation. »

(( Il se sent donc à la fois et se sait exister, mais il ne se sent exister que de la manière correspon* daute à la sensation qu'il a subie , tandis qu'il se sait exister indépendamment de toute modification, etc. »

J'aurais ici bien des explications à demander sur la manière dont on conçoit la complexité de l'être sans l'unité d'existence. Je voudrais savoir si l'être sentant est toujours et nécessairement un être sa^ chant, ou si la science de son être propre, comme (fes autres existences , est une science innée , si elle est contemporaine à la première sensation, ou si elle ne dépend pas de quelques conditions particu-

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