‹ Œuvres philosophiques de Maine de BiranChapitre 9 sur 47 · II · texte numérisé non relu

II

VUES DE QUELQUES PHILOSOPHES QUI ONT DISTINGUÉ, SOUS MFFÉBSNTS TITBES , DBS AFFECTIONS SIMPLBS SANS PBB- SONNALITB.

En commençant par le réformateur de la science, Bacon, on trouve clairement et formellement énoncée dans son traité de jdugmentis scientiarum^ une distinction entre deux classes de modes, qu'il désigne SOUS les termes de perception {\^ et de senH" ment On peut voir l'importance qu'il attachait à cette distinction, par ce passage très-remarquable : « On aurait dû chercher la différence qui est entre \^ perception et le sentiment^ non pas seulement en comparant les êtres sensibles avec les insensibles,

(1) Bacon semble prendre d'abord la petcepiifm^ dans an sens assez rapproché de celui que nous voulons exprimer par le mot affection; mais il l'emploie ensuite dans une acception métaphorique et purement imaginaire lorsqu'il attribue la perception à tous les corps qui agissent les uns sur les autres d'une ma^pière quelconque, en s'attirant, se poussant, etc., et qu'il énonce à la fin cette maxime absolue : vbique deniqae est percepHo, Sur quoi son estimable traducteur fait une remarque que je citerai , comme rentrant assez bien dans mon point de vue : « La perception , dit-il, se trouve partout pour ceux qui veulent l'y voir. C'est ici un sophisme qui consiste à conclure, de ce qu'on donne le même nom à des phénomènes très-différents , qu'ils sont identiques ou semblables ; sophisme où tombent tous les physiciens, chimistes , médecins , mécaniciens, etc., qui crcnent expliquer les phénomènes divers en les assimilant à ceux dont ils se sont le plus occupés , et en y appliquant les principes , ou plutôt les tnois dont ils se servent le plus souvent. » ( Voyez la traduction des AceroissemenU des sciences , tom. II , pag. 219.)

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comme les plantes et les animaux , quant à la totalité de leur corps ; mais de plus, en cherchant/^oi^rquoiy même dans un seul corps sensible^ il est tant d'actions qui s'exécutent sans le moindre sentiment ; pourquoi les aliments sont digérés, etc.; pourquoi les artères et le cœur font leurs vibrations ; enfin , pourquoi tous les viscères, comme autant d'ateliers vivants, exécutent leurs fonctions ; et tout cela, ainsi qu'une infinité d'autres choses , sans que le sentiment ait lieu et les fasse apercevoir. Mais les hommes n'ont pas eu la vue assez fine pour découvrir en quoi consiste l'action qui fait la sensation; quel genre de corps, quel redoublement d'impression (i) est nécessaire pour que le sentiment s'ensuive. Et il ne s'agit point ici d'une sixsiple distinction de mots, mais d'une chose de la plus grande importance , qui mérite des recherches approfondies , par l'infinité de connaissances utiles qui peuvent en résulter , etc. » Bacon semble bien ici ouvrir une carrière de nouvelles et importantes recherches ; nous verrons s'il est possible d'en mieux détenijiner le but.

Leibnitz paraît bien se rapprocher de Bacon ^ lorsqu'il attribue des perceptions obscures à chaque monade ou force de l'univers matériel , comme du microscope organique. « Chaque substance simple , dit ce philosophe (ià), qui fait le centre d'une sub-

(1) Quœ conduplieatio impressionis , etc., expression très-remarquable , dont nous apprécierons ia valeur.

(2) Tome n. de ses oeuvres , pag. 32 et 33.

S tance composée, comme d'un animal^ et le principe de son unicité ^ est environnée d'une masse compo-^ sée par une infinité d'autres monades , qui constituent, le corps propre de cette monade, stdvant les affections duquel elle représente , comme dans un centre, les choses qui sont hors d'elle, w Leibnitz reconnaît donc bien ici des affections propres aux éléments composants, indépendamment de la reprér sentation qui peut s'en faire suivant certaines lois dans une sorte de centre.

a Un animal, dit-il encore au même endroit, peut être dans l'état de simple vivant , et son âme dans l'état de simple monade , savoir : quand ses perceptions (0 ne sont pas assez distinguées pour qu'il puisse s'en souvenir, comme il nous arrive dans un profond sommeil sans songes , ou dans un évanouissèment : ainsi , il est nécessaire de distinguer la perception^ qui est l'état intérieur absolu de la monade, et Yaperception , qui est la conscience ou la connaissance réflexive de cet état intérieur, laquelle n'est point donnée à toutes les âmes , ni toujours à la même (2). Et c'est faute de cette distinction, que

(1) Praeter infimum 'perceptionis gradum qui etiam in stupentîbus reperitur, et médium gradum, quem sensionem appellamus et in brutis agnoscimus, datur quidam gradusaltior quem apper^ cepiionem appellamus : Apperceptîo est perceptio cum reflexione conjuncta. » (Œuvres de Leibnitz , t. II , p. 32 et 33.)

(2) Descartes ne voulait admettre rien qui fût dans Yâme identique sans pensée ou conscience. S'il n'eût entendu par âme que le sujet même conscient, en tant que tel, on ne pouvait lui rien con-

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