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Je répondis que dans le fait d'un homme qui boite, les esprits éclairés reconnaissent l'œuvre de Dieu ; car nous voyons dans la Genèse (32) que c*est ce qui arriva à Jacob victorieux dans son combat contre l'ange. J'ajoutai que l'imagination de ce pau* vre homme ne pouvait rien enfanter de grand, car il était trèsfaible. La veille, comme il m'en souvient, il avait jeûné au pain et à l'eau ; or l'imagination d'un homme à jeun ne peut pas se signaler beaucoup , comme je l'ai démontré dans mon traité physico-magique.
Mon athée insistait. Cet homme feignit d'être boiteux , disait-il, parce que étant aveugle il avait pris l'habitude de mm^ dier , et que la vie du mendiant est la plus heureuse ; mais jouissant de la lumière, il se voyait forcé de piocher la terre et de manger son pain è la sueur de son front ; or il trouvait plus doux, au moyen de quelques chansons pieuses, d'extorquer des femmelettes d'excellents repas, et de jouir de leur société en leur racontant emphatiquement son miracle. Laissons enfin ces niaiseries. Si je vois bien maintenant sa figure , il était facile de deviner à ses cheveux et à son front, qu'à son lever le Sdefl était au signe de k Balance et tenait de Vénus; la couleur de la face indiquait même que Vénus a sa demeure dans la Balance. D'après les règles astrologiques il ne fut donc pas trompetn*.
Adieu pour une dernière fois à toutes ces fables et rêveries des astronomes, que je déclare détester et exécrer; si j'en ai parlé, c'était pour en montrer toute la nuHité et le vide. Cette discussion ne me serait pas facilement imputée à crime, quand les saints Pères reproduisent et répètent çà et là les blasphèmes des ariens contre le Fils de Dieu. L'illustre Bellarmin rapporte dans ses écrits les emportements furieux des hérétiques contre les sacrements du Christ et son vicaire le pontife romain. Ces blasphèmes qu'il reproduit ne le cèdent pas en impiété à ceux des astrologues que j'ai rapportés et repoussés. On ne m'accusera pas non plus de supercherie ni de crime si j'ai employé quelque temps à feuilleter les écrits des athées. (]ar , lorsque j'entrepris à Paris d'écrire l'Apologie du concile de Trente *
j'obtins la permission de feuilleter les livres que je voudrais de Tillustre et révérendissime seigneur Robert Ubaldin, évêque et nonce du si^e apostolique près du roi très-chrétien ; mais commençons à examiner les anciens philosophes.
EXERCICE IXK
Explication da système de Tathéc Diagoras.
De tous les philosophes de l'antiquité, Diagoras de Mélos, lui seul , fut nominalement proclamé athée par Tassentimenl unanime de tous , et avec raison , puisqu'il osa , infecté de je ne sais qnelle idée stupide et creuse, nier la providence divine; et , comme Cicéron nous l'apprend en son traité de la Nature des dieux , raisonner de la manière suivante : Si une providence réglait le monde, on verrait chacun rétribué avec toute l'exactitude d'une balance rigoureuse ; les biens seraient aux bons et les maux aux méchants. Mais comme les choses sont loin d'aller ainsi , je ne vois pas que ce bas monde soit sous le doigt d'une providence, ni en quoi celle-ci peut consister. La majeure est assez claire, car le premier devoir d'une providence est de réprimer l'insolence des méchants et les efforts des scélérats par des châtiments; et, d'un autre côté, de récompenser la vertu et les mérites des bons. Le train de chaque chose est un témoin irrécusable de la vérité de la mineure. En effet, tous ceux qui se conforment aux règles de la loi divine , et qui, rigides et équitables, ne la transgressent jamais, nous les voyons chaque jour en butte aux traits de leurs ennemis , attirés dans des embûches, environnés de trahisons, enlacés dans les difficultés et affligés d'adversités innombrables. Au contraire V ceux qui se souillent de tontes les infamies et de tous les crimes réunissent tous les dons du ciel et de la terre ; aucun trait d'une fortune ennemie, aucun malheur ne vient les frapper; ils coulent une vie tranquille et selon leurs désirs, au miUeu de l'abondance de toutes choses. Que Pompée brouille tout dans Rome, au mépris du droit et de la justice, il pro
IfO OBUVRBS PHILOSOPHIQUES DB ViMINI.
8père; qa*il défende la cause de la république, tout lui est. contraire , tout l'accable. Après avoir pillé à Locres le temple de Proserpine , Denys fut ramené à Syracuse par des vents favorables. Entré dans le port désiré, il dit : Voyez comme les dieux immortels ont favorisé la navigation dusacrUége. Mais pourquoi recourir à de longs détom^s, quand nous avons des faits sous la main. Le vaisseau sur lequel Diagoras allait à Samotbrace ayant été surpris par une tempête, les matelots s'écrièrent qu'ils avaient mérité ce désastre pour avoir reçu Diagoras sur leur navire ; mais se ri^nt de leur reprqche, il leur niontra plu^i^urs autres bâtimeQts exposés à la même tempête , en lepr demandant s'ils croyaient que Diagoras fût sur chacun d'eux, U témoignait par là que tout arrive fortuitement, sans distinction des personnes et sans aucuae intention providentielle. Comme 0^ lui montrait des tableaux, en lui disant : Toi qui prétends que les ôleux n'ont aucun ^iu des hommes» ne vois -tu pas dans tous ces tableaux la preuve que beaucoup, pour avoii* fait des vœux, ont échappé aux fureurs de la tpmpêtei et sont arrivés sains et saufs ^u port? — Oui, répondit Diagprjis; mais on ne trouve pas ici représentés ceuK que le naufrage a envoyés au fond de la wr.