‹ Œuvres philosophiques de VaniniChapitre 11 sur 32 · EXERCICE X · texte numérisé non relu

EXERCICE X

DiffénnUs rëponses au raisAnnemaot dt Diagoras.

Les stoïcieus répondent à r^rgumeptation de Piagoras en niant I4 mineure : ils admettent que les bons sont récompensés ^n cette vie et les méchants punis ; car la vertu est à elle- ^lêmç sa récompense, et le vice son propre châtiment Boëce soutient le premier point au liyrpii de la Consolation de la pbi- Ipsophie. Le but en vue duquel chaque action est faite est la * récompense de cette action ; de même que celui qui court dans le st^de a pour but la couronne qu'il obtient. Or, comme tout agent ^ pour but la réalisation du bonheur, ce bonhem* sera la récompense de l'action. Celte béatitude n'est autre chose que le biei^; or, (es bpfis refî|ierçbent celui-ci pp* cela miime qu'ils

80Bt boiis , donc ils sont récompensés. Mais je cmîs qae eette opinion clés stoïciens est contraire à la vérité ; car aucun agent ne se repose dans la beauté de son action ; il aspire sans cesse i qnelqae chose de supérieur. Les animaux ne se meuvent pas pour le mouvement lui-même; mais pour arriver par son iqoyen à quelque bien : les artistes n*ont pas en vue leurs opérations, mais le but. Les stoïciens eux-mêmes ne rapportaient P98 lies actes verl^ieux à la vertu , mais à la gloire , qui est sa r^mpense. C'est ce que Gicéron nous prouve dans son disr cours pour le poëte Arcbias : « Tous , nous aimons les él(^es 9 avec passion , et nous cédons tous au désir de la gloire. Ces 9 philosophes (les stoïciens) ont soin d'inscrire leurs noms dans 9 les livres qu'ils écrivent sur le mépris de la gloire ; tout en > dédaignant la renompiée et la considération, ils veulent être 9 cités et considérés. » Boece, en disant que la bonté et la probité font le bonheur des justes, part d*un principe faux. Le bontieur n'est pas seulement un bien , c'est le souverain bien , la souveraine béatitude. Or, comme personne ne peut se glorifier d'avoir atteint cette perfection , et que les meilleurs et les I^us vineux ne peuvent monter plus haut, il suit que la béatitude, qui est le souverain bien, n'est pas de ce monde s c'est une nécessité d'en convenir.

Boece soutient ensuite que le vice trouve en lui son propre châtiment, car la méchanceté est l'absence de la bonté et par conséquent de l'être; car, suivant Aristote, l'être et le bien se confondent : dès lors le plus grand châtiment étant la privation de l'être, l'est également de la bonté. Mais cet axiome des stoïciens que Boece s'engage à prouver est absurde, et il n'est pas étonnant que sa preuve ne vaille rien. £n effet, les stoïciens infligeaient un châtiment corporel aux coupables, ce qui eût été une violation de la justice à laquelle ils tenaient k rester fidèles, si la faute trouvait en elle sa punition, {.a privation de l'être est la peine la plus grave, mais l'absence du bien n'en est pas une pour les athées, or, Têtre est confondu avec le bien physique et non avec le bien moral. Il est de mes compatriotes qui ne regardent pas la mineure cornme gbspliwent

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vraie, car on voit dans ce siècle des débauchés perdus et couverts de crimes frappés de justes châtiments par Dieu* vengeur du crime ou par les juges ses ministres; car, dit 1* Apôtre : « Toute puissance vient de Dieu ; ce n'est pas sans cause qu'il » est armé d'un glaive, et le ministre de Dieu est le ministre » de sa justice. » C'est par eux que les scélérats sont condamnés aux prisons, aux carrières, aux galères et au supplice de la croix. Nous voyons dans le code sacré les peines que Dieu inflige aux impies : Genèse, 3, 6, 1§; Exode, 5, 7, 8, 9, 16* 17;Lévit 2, k; Nombres, 10, 11, 20, 21, 26; Josué, 6, 10; Juges, 3, U, 6, 10, U, 15, 16 ; I Rois, 4, 5, 6, 13, 15 ; II Rois, 11, 12, 24; III Rois, 11, 12, 20; lY Rois, 19; II Parai. 13, 14, 20, 32; Judith, 6, 13; Daniel, 3, 4, 5; II Machab. 3, 9, 15, et en mille autres passages.

C'est là une sainte réponse, mais les athées ne se font pas scrupule de la rejeter, eux qui font autant de cas de l'Écriture sainte que moi des fables d'Ésope, des rêveries de vieilles femmes ou de l'Alcoran des superstitieux mabométans. Ils nient encore, les athées, que les hommes soient punis de leurs crimes, car qui pourrait échapper au suppUce, puisque personne ne peut vivre sans mal faire 7 C'est aux astres coit« traires qui président à la naissance qu'ils attribuent le crime. « Ceux, dit Ptolémée, liv. iv, qui auront eu Saturne contraire » au couchant, finiront leur vie dans les prisons. Mais nous » périrons de mort violente si un astre malfaisant domine dans » un lieu meurtrier, ou par choc, ou par les rayons quadran- » gulaires ou opposés ; soit encore par la Lune ou le Soleil, en 9 produisant une lumière funeste là où leur rencontre peut » causer une mort violente. » C'est pourquoi Cardan en rapportant ce texte ajoute au sujet des différentes morts violentes : « Il faut imputer les châtiments des malheureux bien plus à » la fortune qu'au criminel. Car si vous y faites attention, n VOUS trouverez qu'un grand nombre de coupables sont des » princes, auxquels, dans toute la rigueur de la justice, aucun » pilori, aucune roue, aucun bûcher ne suffirait pour punir leurs n crimes, tandis qu'ils ne ressentent pas la moindre peine.

ŒUVRES PHILOSOPHIQUES DE VANINÎ. ttS

Les théologiens répondent autrement à l'argument de Diagoras , en disant que la providence divine rapporte tout à la vie future, où elle donnera à chacun les récompenses ou les châtiments qu'il aura mérités en ce monde. J'avoue que c'est bien la vérité tout entière, conformément aux promesses de l'Évangile ; cependant elle ne paraît pas convaincre les athées, quf, au rapport de Gicéron, rejettent les tourments de l'enfer comme des rêveries de vieilles femmes, et ont pour eux le même mépris. Ils disent, d'après Diodore de Sicile au commencement de son Histoire, que ces idées viennent des cérémonies superstitieuses des Égyptiens pour conserver les cadavres des morts, et usitées, selon Cardan, en son livre de la Variété des choses, chez les Cretois, qui avaient reconnu pour dieu des enfers Pluton fils de Saturne, inventeur de quelques rites et des cérémonies funèbres. Ce sont là de grossiers mensonges, cependant nous ne pouvons par aucune raison naturelle démontrer la réalité du lieu des châtiments dans l'autre vie, et encore moins admettre les démons, sinon avec des démonesses, pour ainsi parler. Cardan en convient à la fin de son livre de la Variété des choses, et même dans celui de la Subtilité ; c'est pourquoi nous allons avoir recours à une autre réfutation.

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