EXERCICE XIX
Solution du dnrnior argument.
Cet argument dit : Dieu veut la miséricorde et la pénitence, donc il veut les fautes. Je n'admets pas la conséquence, qu'on veut prouver en disant que les fautes sont des intermédiaires pour l'exercice de la vertu. C'est là une grande erreur; car, en l'absence de tout pécheur, Dieu n'en serait pas moins miséricordieux, et il en donnerait une preuve d'autant plus grande, non par rapport aux crimes que nous supposons ne pas être, mais en créant, en conservant, en soutenant les
i« «a les préMnrant de totui \e§ dangers et des pérfls qui les menacent cbaqae jour de la rie ; il a r ri ver ai t que ses misérkordes noas seraient pins prédeoses, quand, sans être exposés aai infamies du Tice, nous aurions le ivessentittent que nous nous Joignons de la rive; car c'est un plus wA/àme dfet de miséricorde de maintenir ceux qui sont debeat, que de les relever après la chute. En préservant Faugosle mère du Christ de b souillure du péché. Dieu voulut reatonrer d'un cortéfi^ de grâces plus assuré et {dus noble, que Pierre et cent qu'il releva après leurs lautes«
Tofons les développements. Le martyr est agréable k Dieu, i0BC la cruauté des tyrans est nécessake. Je réponds que Dieu ne désire nullement ce qui suppose le péché; la vertu do martyr hd est agréable parce qu'elle consiste dans la charité et ooo Je péché, et que la première est souvent plus parfaite chez on confesseur que chez un martyr. Qui peut nier, en effet, que safait Jean l'évangéliste égala au moins, s'il ne les surpassa, les «itres martyrs par sa vertu et sa charité? Moi-même, assurément le moindre des nouveaux soldats de TÉglise militante, ayant été envoyé à I^oodres l'an dernier, pour soutenir une lutte en iiaveur de la religion, je fus tellement éprouvé pendant quarante-neuf jours dans les prisons comme dans une arène, j'éta» tellement enflammé du désir de défendre l'Eglise catholique an prix de mon sang, que le martyre eût été le plus beau présent qu'eût pu me faire le Dieu immortel. An jugement de mes confrères qui m'accompagnaient, et qui se montrèrent dans ce débat si forts et si dignes d'offrir un tel spectacle à Dieu, k conscience faisait de moi un martyr sinon supérieur, au moins égal aux autres. Donc puisque la charité, comme une pierre de touche, éprouve la perfection du martyr et la certifie, je dis qu'abstraction faite de la cruauté des tyrans, la vertu du martyr ne tomberait pas, pourvu que la charité restât debout.
Que si nous voulons concéder que la miséricorde et la pénitence ne peuvent pas exister sans des fautes antérieures, nous serons forcés de convenir cependant, que Dieu ne les aime pas en vue du principe, car Dieu ne veut pasabsohiment
que rhomme tombe dans le mal : Texception en favear de la Yierge ne fut que sous condition, car Dieu ne Toalut pas être indulgent envers l'homme ( puisqu^il ne le fut pas envers le CbrisI notre Seigneur), mais seulement envers le pénitent
MaiSi dira*t*on, si ces vertus ne sont pas désirables par èlles-^mémeftt elles sont inférieures aux autres, ce qui est fkux, et pf oonséqucnt tout ce qui sort de ce raisonnement Ce qui prouve lu majeure de cette proposition, c'est que Yocemionné S comme disent nos barbares, ne peut pas Ôtre parfait comme une œuvre entreprise pour elle-même. C'est pourqnoi no monstre est une imperfection aux yeux des péripapétiolens;
La mineure s'appuie sur u» témoignage divin, car 1a roi peabniflle dit : Sa miêirieorde Vêmpartê sur ioutêê ses ath* «rei; et eilleurs : Lu mort de$ sêintd est préeimsB aux y eu» eu Seigneur. £t dans la parabole de la brebis perdue, nous veyonaque le Christ place avant l'innocence des bons, le re» pentir des pécheurs.
4'avoue qoe ces vertus, présupposant le mal, ne sont pas an premier rangi car, dans un sens absolu, il n'est pas meilleur d'avoir k se repentir que d'en être dispensé, autrement le Christ et Marie auraient eu des fautes à expier ; mais le repen* tir du pécheur est préférable ï son impénitence : il n'est pas non plus absolument meilleur que Dieu épargne un être puisqu'il ne Ta pas fait pour son Fils *, mais il est mieux d'épargner lie pécheur repentant que de le frapper. C'est encore ainsi qu'il est mieux de relever le pécheur que de l'abandonner dans sa chute, et cependant, au sens absolu, le meilleur serait enaore de n'eu pas venir là, car cda suppose une chute.
Je u» suis pas non plus en opposition avec ces paroles de l'Écriture i Sa miséricorde Vemporte sur toutes ses œuvres. Ici, cependaut, il n'est pas prouvé que la miséricorde de Dieu l'emporte sur ses autres attributs, comme le prétendent nos faiseurs d'homélies, qui s'en vont criant devant une plèbe imbécile, que Dieu est plus miséricordieux que juste, blasphème
* Oecatiùnatum^ trait lanctf contre tes scolastiques du temps, que Yanioi M «u^ue iaoMiii 4» frapper dtnt VoceatioB.
b pins aftiBDX que puiMent entendre des orelHcs chrétiennes ^ eir alors Diea ne serait plus Tétre simple et par par excelkDce, mais un être composé, qui aurait un commencement, et qni serait en quelque point postérieur aux composants. Le fers de Da?id n*affirme pas que sa miséricorde est au-dessus de tontes ses autres perfections, ce serait le même sur te mêoie, car tont ce qni est en Dieu est Dieu ; mais il veut dire que la miséricorde se montre le plus, non parce qo'eDe est une perfection plus grande* mais parce qu'elle apparaît davantage; de même que le talent d'un artiste brille bien plus s'il fait sortir un chef-d'œnTre d'une matière grossière et informe, plotèt que d'une matière brillante. Ainsi Dieu se montre plus giasd et plus admirable en pardonnant qu'en punissant, bien qa'il paisse faire l'un comme l'autre : bien plus, en Dieu la flUférioorde n'est que la justice; c'est nous qui, dans notre intelligence bornéei éubliseons une distinction ridicule sur ce qui est un et simple.
Vous dires que la miséricorde divine suppose nos fautes, et que dès lors ce n'est pas une perfection du premier degré; comme on voit les monstres dans la nature n'être qne despro* dnctions bâtardes et par conséquent imparfaites.
Je rougis de réfuter tant de fois une pareille folie. Nous nous dit que la nûséricorde ditine ne s'attache pas an péché, parce qu'elle a créé, conservé et qu'elle conserve encore ce qui n'a aucun défaut. Mab si elle s'étend sur ce qui pèche, qu'en réittlie*t-il7 une imperfection pour elle, comme le monstre cité? Quelle absurdité I La nature dans certaine espèce se montre admirable dans ses écarts et plus sublime qu'ailleurs ; de même la miséricorde divine nous apparaît (4us auguste quand elle Ut sortir le bien du mal, qu'en tirant le bien du bien.