‹ Œuvres philosophiques de VaniniChapitre 19 sur 32 · EXERCICE XXX¥U · texte numérisé non relu

EXERCICE XXX¥U

Rkisons d'Aretroès pour éémontrar que la pfrovMenee ffirioe ne s*dce«pê fms te monstraB.

ÂTerroès citant Alexandre , au livre i*' du Destin , affirme que les monstres ne sont pas sous Taction de la providence divine, car au xiv livre de sa Métaphysique , il dit : c La vérité » est qu'il y a une providence, mais qu'elle ne tombe pas sur » certains êtres, qui prouvent Timperfection de la matière, » mais non la faiblesse de Tagent » Il raisonne de la manière suivante :

Premièrement : Un monstre est une imperfection , donc il est en dehors de la providence divine, qui fait tout avec perfection.

Secondement ; Les monstres proviennent de Fimperfectîon de la matière, donc ils ne sont pas sous le doigt de la Providence; en effet, résultant de la fatalité, ils n*ont rien de coTOr mun avec la Providence. ( Arist Ethiq. liv. vi, chap. 5.)

Troisièmement : Il appartient à la providence de disposer tout pour une fin , comme le dit Aristote , au même traité , chap. 12. Or, les monstres ne sont ordonnés pom* aucune fin, donc Dieu ne les a pas prévus.

Avant de réfuter toutes ces raisons, il sera bon de nous occuper des causes et de l'origine des monstres.

EXERCICE XXXYIIP.

Exposé et réfdtation des opinions des péripatétieiens snrles monstres.

Aiifiloie a émis deux avis sur les BioastFes : le premier, qu'ils S9iit4es errettrs de la nature dite luatérielle ; TaiUre, qu'ils sont des écarts ou des préyaricationsde la nature.

Il expose le premier en ces termes (Phys. liv. u, texte 81) : « La nature est à la fois ibatière et former rune est la fin, Tau- »4re le moyen, ^ les monstres sont imputables à celle qui a 9 le pouvoir d*agir. » Le même dit encore au livre lY : « Il est B manifeste que la cause des accidents de cette nature (des » monstres) se trouve dans lamatière. «Voici son raisonnement : « S'il y a dans Tœuf deux germes séparés , fl en résulte deux 9 petits distincts et sans parties inutiles ; mais si les deux ger- » mes sont joints sans que rien ne vienne les séparer, il en ré- » suite un monstre n'ayant qu'une tête , un tronc , quatre » cuisses et autant de bras et de jambes, parce que les parties » supérieures sont formées d'albumine, qui est le jaune d'œuf, » et leur nourriture; que les parties postérieures ne sont • formées qu'ensuite. »

.Cette opinion d'Aristote sur les monstres me parait. étrange et monstrueuse, car dans l'ouvrage cité, chap. &, il dit que tout ce qui viole la nature en plus ou en moins est monstrueux; or, son opinion est incomplète , donc elle est monstrueuse. En effet, il a dit sans restriction que les monstres proviennent d'un manque de matière , et il avance en même temps qu'il y a deux espèces de monstres; là première, quand un être est formé de membres d'animaux différents, comme un veaq qui aurait la tête d'un enfant, une brebis celle d'un bœuf; l'autre, quand il y a plus de membres qu'il n'en faut, comme plusieurs têtes; je conviens que pour cette dernière il peut y avoir défaut de matière, mais nullement pour l'autre, car comment du germe d'un taureau peut-il naître un veau avec une tête d'homme 7 D'après Aristote, le même engendre le même.

La démonstration e$t également monstrueuse , car elle dfH che en plusieurs points 2 il onaaigne que. deux germes séparés par des membranes donnent naissance à deux petits distincts, et que si les deux germes se tiennent sans être séparés , ils prpdiuM^t Af» monstre 1 iv«e un seul bkmc d'ituf il y à deux gf^nm I à^M petits jiumuiux , donc te petil HmUs provanir du germe et non.du blanc» oomme ta l'aTaneos. Si ks dtax g^rmee^ §o^\ ixmfondi»» oommeat la piiissape* formatrice |K)urrait-?lle sépara les ailes. d« enissei ! si le pHit naît d'un MmlbUWj co0immitpeut41 donner o«asaneeii deui JHmemx? ai le petit ne vient pas du germe, mais dm Uano, les jameanx ^(MToat séparés^ comme ce fœtus deqoatre petits que plusieurs imt ¥n» non par autant do loges dnla matrice, qui n'en a iiu'ujio, mais par Téconomie de cette fHtissance^ qni est certainement quelque chose de divin dans la semence.

De plus» si le poussni provient de Talinimine et ncm du javnf!, .celui-ci est moins noble que Faiitre; si le jaune n^est qu'une nourriture, pourquoi occupe-t-jl le lien le plus noble ? pourqtioi le blanc n')sst41 qo*une sorte de rempart et â'en- *}fàopp^l Aristote s'est trompé^ ainsi qu'Hippoerate , Cardan et d'autres pbilosopbes, car le poussin ne provient ni du' blanc iM du jaune, bmîs du sperme du coq 1 mais eomment ontrea^îl danS' la substance de Teiuf , c'est ce que j'ai dit dans mes CommentairaB sur la Physique.

Aristole affirme en second lieu que les monstres naissent «noutve Tinaenltonde la nature, disant : « Un monstre estmi

• dtne contre nature, n Cependant it mitigé cett« dure sentence par oes mots t « Ce qui est toujom'S et nécessaimnmlt

• ne «e pruduH pas malgré elle. »

L'impeiiliafeiiee éés péripatétlclens ^a si lofn , qu'ils osMit dire que la femme est un monstre de la nature, que celle-ci n*a pas pour but réel de (produire la femelle, ^'lls i^pellent un animal owidmMu Arislole est de cet avis, Mi

' €'tit aiml qoÈ \'éi tmàa ce» debx mots du texte : anima oceaêiùnmkm. Cet étr«iifl6 paradoxe, avanoiipar Arietote, lénsta fendant 1

CKinrHES ?SILOSOPBI<tVKS PB VÀNim. 103

.qui après avoir dit, Uyre iv de la Génération, que les mons-

.tK^ sont des écarts et des prévarications de la natqre,

lyoute que la femme n*est qu'un accessoire. Yi^es^ tout zélé

. péripatéticien qu'il était , écrivait : « La femme est un mâle

f ia^>arfait» elle, semble plus froide et née d'une nature im-

,1^ parfaite,, n II avait pris cettopensée.dans Aristote, qui dil»

.Uvrp II de la. Génération de TAme, chap. 3 : « La femme est

» unQ s^te de mâle imparfait » Et livre iv, cbap. 6 ; « l^s

# femmes sont, de leur nature plus débiles et plus froides ; le

» sexe féminin est un vice de la nature , et doit être regardé

» comn^e une imperfeotion. »

, La barl>arie de ce langage suffirait pour démontrer Terrem* de nos. philosophes; animal occasiomUum est une. lotutSon Jl^bftve^ et ne peut vouloir dire qu'un «nimal privé d'4»ie perfection qui n!e9t cboK lui qu'ébauchée. < ., M^ Ifiifi^on» ks mots et appelons-en an raisonnemetlt Si ,)^&{injnu|UYpl«9 parfaits ne tirentieur origine que du mâle et de . )j^/ameUe»te«s deui; sont également néoessairesdans leur genre, ,tQus d^iixl^ sont l'un pouitil'antre et pour la perpétuation àèa ;iisp^c^ : celle-ci tfl le principal but de la nature , et par euite .«lie a.be^in du sexe féminin, sans lequel eette perpétuation serajt io^possibieb Le sexe féminin est d'aitievrs une certaiiie .perception pour t'«p{^èce,.;pavce:que.le sexe n« se distingue que dans les espèces parfaites. En. outre, d'après Aiàstota ( Phyt. «Uy» n)f k fiwme fournille lieu et kmatièreyce n'estdonepas ,;an è\r^ aça^^ire dans Tmovre le plus impoirtant, mais bto« un .$tra nécessaire. Cependant Vives» appuyé sup Taotorité d'Aris- , tp^, n'en parle que plus stupidement $ il ne niera pasque dans telle femme il y ait plus de Jeu que.dans.tel faoniaie« donc il ne .<;onn<â( pas spn. origine ,. car il est bien âionna&t qoe le froid

iMUltM itepiroliooi ^utlrristianisttie. Slilnt îfiomaâ lai-mêm6 TavMt addpt^, •ta esa^y^t tinmfMS à'm mi««m lé riAipxïa par «na dialincUo»i^u4flU «Dlffe la nature particulière et la nature générale, Lyaérua rapporte dana sa Fùl^g^r mia triwnphatrix^ qu'on mit en question dans un concile si la femme était «M «réatare liBnaiae»etxiii*on n'adopta l'affirmatiTa qu'après uu long examen.

dmine ilaisMice aut mamdlle» et à la matrice. C^eêt le fréid qui arrête le dévcloppemcrtt et c'ëdt la chaletir qni le fadHic % or, les mamelles et ta matrice qui Bont chez h femme ne sont pas chez Thomme, ces parties prouvent donc non le manque mtis l'abondance de la matière, jointe ^ la force de la chaleur, qui est la condition de toute formation : et téritablement , la matrice est la partie la plus noWe et comme nne retraite divine 0* mm déposés», au besoin, les trésors de la nature, et qui h juste titre mériterait d'être considérée comme un autre ai^miiL

EXEnCIGE XXXVi\

Exposition et réfutation deTopinion de Cardan.

Jérômfi Cardan « homme qu'on ne peut jamais assee laoett énonce deux opinioas, touchant les monstres: la première est qu'ils soBt le résultat d'une erreur et d'une ioqwrfectim 4e la nature ; la seconde est que cette imperfection de la nitiare ne provient pas de la grossièreté de la matière, comme le penro Airistoto^ mais de ce que la nature inférieure est privée de rame du ciel par suite de nos crimes. Il défend cenraie il auit^a preodère opinion, au livre %n de la Svbtilité» chapitre de ta nature humaine , fol. 583 : « Nous avon» coutu»e de re- » garder comme étaat mutilés les avevg^es, les sourde» les » boiteux, ceux qui louchent ou qui ont six doigts, et ces » monstres qni ont des mcBurs dépravées. Les astronomes jMtn tifient très-facileioent le fait , en rapportant ees infortunes k a tafeule.de crimes qui dominent au moment de ta naiBBaoo& » Pour moi, je dirai que la nature, qui s'est trompée dans des » choses plus faciles, a bkn pu s'égarer dans de phis SM^ » elles : ainsi , comne tous ceux qui sont vidés sont mé^ » chants, de même parmi ceux qui sont sans reproche quaiUï A au corps, il y en a qui ne sont pas de morars pures, car » l'âme exige plus d'eflforts que le corps pour être exempte de » vices. Les bossus sont les plus vicieux de tous , parce que » l'erreur de la nature enveloppe le cœur, principe de tout le ^ corps; ensuite viennent les aveugles et ceux qui Isvebentt

h parce que la nf^ture a.p^bé près du cerveau; pui» les 9 ouieta et les soMrâs, attaqués dans la partie la moins noble » du cery^au ; après eux les boiteux , et ceux qui soat léçéa 9 daas u0 grand membre; enfm ceux qui ont six doigts», et » ceux dont les doigts sont réunis; car la nature s'iç^trompèe « dans les parties les moins nécessaires. »

Xa appelles mutilés les aveugles et les boiteux : les aQcieQa ont nommé mutilés ceux qui étaient frustrés, par la nature dfi guelque partie, en prenant pour tyipes les muet»; en effet, la parole est pour Tbomme ce qu*il y a de plus noble et de plus utile ; or, en écrivant sur la subtilité, tu aurais dû en mettre un peu plus dans ton langage. Je dirai donc avec plus de pénétration, qu'il n'y a pas d'être mutilé dans la nature. Si, parce que la lioaace rampe, l'huttre est mutilée , comparez la Bmace à la taupe, la taupe au chien, le chien à l'homme, lIiomiDe lui-même à un démon , et chacun sera mutilé; H eu sera de même des démons comparés à des esprits supérieurs. Toas les êtres, tous , ceux-ci et d'autres , rassendilés et réunis pour n'en, faire qu'un seul et comparés à Dieu, seront non-seu*' iement mutilée, mais ils ne seront rien, et, si l'on peut le dire, moins que rien; ainsi de tons les êtres créés aucim ne sera mutilé, ou ils le seront tous.

Tu dis ensuite que les mutilés sont tons malfaisants : n'as* m jamais songé à quel danger t'expose cette proposition ainsi wîversalisée? La moindre objectimi tirée des topiques suffirait pour te renverser. Qu'un homme mutilé et en même temps pîeuK eoi appelle de ton trilMmal à celui de la nature ; celle-ci Kndra un antre jugement d'après le code de ia sagesse , dans le^fuel U est écrit : Le corps est au service de l'âme et non râae au service du corps.; celui-ci est pour i'âmeet par Pâme, qui ae partage pas ses infirmités. L'âme domine le corps et n'est pas réduite par lui en servitude , et j'ai prouvé dans mon traité Physico-^ magique que les formes naturelles et encore \àta moins de plus nobles ne dé{)endent pas de la matière. La pios noble entre toutes., l'âme, recevra à te vérité les premières io^refiaioQS des espèces, mais par la pmasancedeiamKMi, qui

166 cmmu MiiMiMiQtnnr M ami: *

De dépend pas de la matière, elle les corrigera ^ elles ôffi-ent quelque anottialie dansdei membres diffbrmes. Celtii^à rencontre' fort mal qui s'imagine que le corps bosBu de NonnlUs^ renferriie une âme bossue. Quesi Nonnius est un méchant homme, Heuricus Sylvius éuit fort droit , et cependant il était Ib plus méchant des hommes, lui dont Carpocrate aurait écrit que sonâihe n'était pas une autre prison que son corps*. Qoand les méchants engendrent des enfants bien conformés, la nature ûe dévie pûn. ' Les mutilés so&t jugés vicient par tout le moiide; mais commtf ' les mutilés sont le plus petit nombre et que les méchantsi' forment la majorité panni les hommes, il ne faut pas È^éldtûét* s*il s'y trouve quelques' manchots et quelques hoisus; ofi' léè' remarque plus parce que leurs inrirniités lés rendent plii)^ ^e^ marqualiles. Dans le genre humain, oh renconti'e, hélas! bièd' peu d*ftmes honnêtes et vertueuses, mais il y a encore* tooliifi' de bossus, de boiteux et d'hommes qui louchetit. ^

Cardan soutient encore la même erreur dahs ses Astrono-* ' miques. Car dans son commentaire sur Ptôlémée, Jug. des astrès, livre ix, texte ?&, il dit :« La Lune dans les nœuds ef dani^ iy le v^tre du Dragon annonce des bossus, des boiteux, en un » mot des infirmités corporelles, mais en même temps des esn prits vife et subtils ; aussi remarque-t-on que les bossus, les » boiteux et ceux qui louchent , sont prompts et trompeurs , n surtout quand le signe de la Lune se joint ani maléfices; et » le proverbe dit avec raison : Méfie-toi de ceux qui portent » des signes. » i

Cependant Cardan est excusable , car il raisonnait d^aprfls ' lui-môme; il dit en cflet dans son horoscope : « Étant né ée » parents Sgés, je vins au monde laid et faible. Ma mère frvait » trente-sept ans et mon père cinquante-six ; pour cette rai— » son , et parce que le nœud était ascendant, je marchais dif- » ficilement, j'avais le col de travers comme les vieitlanfe;

' Ce Sylviui était un alchimiste ^ fi^t mit à mort pour tea orimea à Vé^

poque où Vanini était en France. U avait écrit sur la pierre philosopbale on ' traité dVprèn lequel Kichelieu fit faire des expériences dans sa maison 4é tlud '

» Satiirlie tétf'Ograâè et regardant Meftiiredad» fotfiatigte, 9 m'avait rendu bègue, t/toh ceil gauche pleure toujours, et » j'entends à peine de l'oreille du même côté. » En avouant qu'il est mutilé et défectueux dans plusieurs parties du corps, i! déclare en même temps qu'il est né Thomme de tous les vlceé et de toutes les scélératesses : je raccorderai sans peine; maiâ cequ*on ne peut admettre, ce qui est intolérable, c'ê^ qti*it n'hésite pas à parler avec eette impudence des errèors' de la nature. Arlstote^ le plusr grand des philosophes, dit que {a nch Htre ne fhit rien en vain; aussi le tort de Cardan est d'autant plus grand, qu'il avance que la nature s'est trompée danSleiS choses les plus faciles. Où trouver quelqu'un assez dénué de seni pour affirmer celaf Mais il est encore moins convenable d moinfi raisonnable de le dh-e des choses plus diffldles , car qnV a^t-il de difficile pour la nature, cette architecte deir sphërês merveilleuses des cleut, comme le dit Aristote, livre tl da Cid , tette 50.

U développé en ces termes son autre conclusion, au livré IV de la Variété des choses, chap. 68 : <t Les philosophes avouent » qu'un monstre provient de l'imperfection de la matière et A d'une erreur de la nature t je dis, an contraire, que c'est le » résultat, non de la grossièreté de la masse matérielle, mais « d*un mouvement désordonné et contrarié par des causée en- » nemies ; car un obstacle seul ne fait pas le monstre, mais ar- «Tëte le développement naturel, d'où résulte l'avortement; » parce que les mouvements dérangent le fœtus. U sânble que » la cause soit quelque dieu , c'est-à-dire l'âme dn tiel, de » beaucoup supérieur à un esprit, qu'il surpasse en puissance, » et qui est l'arbitre de ce qu'il y a de plus grand. Et comme » les obstacles vont des petites choses aut plus petites, comme » dans un jaune d'œuf ', ainsi elles Vont des médiocres aux mé- » diocres , comme dans une ville. Ces obsucles viennent sur-

• tout des dîeut, non qu'ils bur soient opposés (ce qui est

• impossible) , maïs parce qu'ils opèrent contrakement à l'or-

• drc; et comme les êtres inférieurs ne reçoivent pas com- » plétement cette force de la divinité , qui leur arrive par de

168 (smrus nuiOMraioufS m itaniiii.

» nombreux degréi à partir de l'être le plus éleyé, et que c'est n par elle qu'ils sont conservés, il en résulte de grands vices ; n car la diminution du souffle divin engendre de grands dotn- » mages, et la nature inférieure ainsi sevrée est exposée au mal. » Dans le même livre, il dit encore : « Les fruits mons- » trueux annoncent des maux, comme une urine chargée dans » les maladies ; car ils prouvent que la nature était occupée » ailleurs et hors de la règle : c*est pourquoi elle ne peut errer » dans une œuvre si importante qu'en s'oubliant »

Cardan se trompe quand il dit qu'un être monstrueux tte vient pas d'un obstacle de la matière ; car, selon lui-même, au livre de la Subtilité, chapitre de la Nature de l'homme, il avoue que la cécité est une monstruosité qui résulte de l'imperfection de la matière, car il dit : « Parmi les oiseaux, beaucoup 9 naissent aveugles, comme des corneilles, des passereaux, des » colombes, etc. Cela vient du trop peu de germe dans rœuf, » ou du caractère aqueux et débile de la substance, qui ne peut » pas nourrir plus longtemps les petits, lesquels sont forcés, » quoique imparfaits, de chercher une issue. » Cardan s'appuk en outre sur ce dire d'Aristote, que si deux germes au lieu d'être distincts sont unis, il en résulte un monstre : il parle contre lui, puisque d'un côté il nie que l'imperfection de la matière puisse donner naissance à un monstre, et que d'un autre côté il l'accorde. Une autre rêverie, c'est d'assigner comme cause des monstres le défaut de souffle de l'âme céleste dans la nature inférieure ; car l'excès ou le défaut constitue également on monstre, comme le dit Aristote, livre iv de la Génération, et Cardan lui-même, livre xu de la Subtilité, où il appelle monstres ceux qui ont six doigts : un membre de plus prouve un surcroît de forces et un défaut dans la nature inférieure.

La dernière raison est la plus ridicule (les vieilles femmes seules pourraient l'adopter). Il veut que les grands crimes produisent des monstres» tandis que partout les grands crimes sont très-communs et les monstres assez rares. Qum donc? ne voit-on pas des hommes souillés d'infamies, chargés de crimes» énervés par l'adultère? et cependant nous sommes loin de voir

OBUnUB PHILOSOPBVIUltt DB TAimn. 169

autaot de monstres. U y a mieux, c'est qu'on voit souvent des enfants produits de l'adultère et de l'inceste surpasser les autres par leur beauté. Cardan lui-même a expliqué ce fait au livre XII de la Subtilité, cbap. de la nature humaine. Mon traité Physico-magique en donne aussi trois raisons fort différentes de b sienne, au moins suivant mon faible jugement. Mais quel oubli I Le Christ notre Seigneur semble avoir voulu répondre d'avance à l'ignorance de Cardan, lorsqueses disciples lui demandant : « Qui a péché pour que celui-ci naquit aveugle? » Il répcmdit : t Ni lui ni ses parents. »

EXERaCE XL\

Opinion de Tauteur sur 1m monstres.

Je dis en premier lien qu'un animal monstrueux est celui à qui il manque quelque partie normale, comme l'avengle, le muet, le boiteux, etc. , ou qui a quelque partie de trop, comme im homme avec six doigts ou une bosse, ou qui défectueux dans une partie du corps, a plus qu'il ne faut dans une autre, comme cdui qui avec quatre jambes n'a pas d'oreilles, ou celui qui n'a que le nombre.des parties qu'il doit avoir, mais en qui ces parties sont étrangles l'une à l'autre, tel un homme à tête de taureau, ou enfin un animal provenant d'une espèce différente, oooune si une femme engendrait un éléphant, fait qui arriva, comme le rapporte l'Bistoke naturelle de Pline, livre vu, diap. S.

En second lieu, je dis que tontes ces monstruosités doivent être rapportées à six causes :

La première est un désh* anormal et déréglé. Voici que dit Albert le Grand ( Des secrets des femmes, chap. 6 ) : « L'acte »de la génération consommé dans une position irrégulière est »pour beaucoup dans le fait des monstruosités. On rapporte » qu'un homme ayant vu une femme lorsSpi'il était dans une » position latérale, il en résulta un enfant courbé d'un côté et » boiteux d'un pied. »

La seconde est l'imagination exaltée de ceux qui procèdent

190 OMrfllM ■iiiwiuwiimiii »! f èMUIk

à U gAoérfltioii^ mue en purl&tcèS'^Militileaieiil Attltfn^ tilde son Histoire natvreUe, chap, 12 : « On croit à te redseoibhnca tt des traits dios Tesprit, sur lequel des faits imprévus de la B Vue, de rouSe, de la méoBoire, des traits remarquaUes^ sem^ s Ment agir fortenwiil pendant Tacte de la conception; la pen* » sée dé l'un ou de rautîre traitrae Tâme snbiteinent comme 19 pour y imprimer- me ressemblance; c'est pourquoi on re* » marqltie dans rhonmie plus de diflérence qfà» dans les antres » animaux» parce q[ue k rapiditi des payées, ractititi dft » Pâme, la diversité des écrits imprirnsnt «ne grande T«ftétê » de signes, tandis qne chez ks brutes, Tesprit reste inactif et » toujours le même dans chaque genre. »

Le divin Àristote fournit plusieurs exemples de cette variété; à la question de savoir pourquoi chez les brutes le fœtus porte pliitftt les traits de ses autaurs qne des traits humains, il répond (sect iO, prcJK 13 ) s « Dans l'acte de la géoératioPt » Tesprit de Ittomme est agité de miUe pensées diOérentes} hi « fmtus prend l'empreinte des affections du pèreou dek mare : « tons les antres animant an contraire^ au moins k plosgrand nombre, sont entièrement absorbés par le kit • Lotsqa^. j'en<» seigiiais puMiquement k phiksopUe dans k oikbre vilk de Gênes, un de mes disciplesi, k pknx et iUnslre Jécobo Aiwkf me demanda si k ceoleur verte pouvait être celle det poiMnt qui naissent; je répendk affirmatitfmentv Comment} jnepafc<iL Il ne faut poitf eeia que couvrir de besissea vertes le père^i k mère au moment de k génération ; et cela n'est pas étomuni* puisque HIppocrate, au léBMngnnge deCdiils Bedigino» liwe ii des Leçons andennes, chap, 15, rapporte le kit suivant f ;iUne » Ethiopienne ayant mis au jour un flls d'une grande benuté » Alt soupçonnée d'adultère ;}elk demanda qu'i» regjlidât la » peinture qui était sut sen lit« et comme on trmva des figiwi» » remarquables par kur beauté» eUe futiavée de tout soiq;)ÇiHi« » Si une femme pem à ce point reproduire, dans sen firuît ka traits d'une pemture, pourquoi ks chevaux noie pourraioat^ ils pas, quand leur imaginati«m plus véhémenle ^ plus excitéo est fixée sur aneeid peintt ctestl'npànkn d'Aristote* loi (ç^ré-

iiidsiiDé due) Je m dteraî pas ks mystèrtfl de la .ph;Ki<iiie, tnàis une magie divine* Pourquoi!! nae âemanderesHrous. ScoutOE ee témoignage de l'Ëeriture saînte, Gen. 30 : ^ Jacob b prenani done desiiranches vertes' de.' peuplier^ d>niAndieret )f de plutane^ eu to une partie de Técoroe. Is» endroits d'où V réiM)rce ayait été dtée parurent blancs, et ceux qu'il avait » laissés entiers demeurèrent verts; aisai ces braiiches furent ' 9 de diverses couleur a II les posa ensuit^ dans ks canaux qu'on it remplissait d'eau^ afin que quand ks troupeaux y viendraient » boire, ils eussent ees branches devant les yeux, et qu'ils oon- « çttSient en les regardant II arriva <done que les brebis étant s en chaleur et ayant conçu à fat vue des branches, curent des » agneaux tachetés et de différentes oouletirs. £t Jacob divisa, et w ayant niis ces branches dans les canaux devant les yeux des » béliers, ce quiétait tout Uano ou tout noir était k Lalian, et n le reste à Jacob r ainsi les troupeaux teient séparés. Lors » donc que les brebis devaient conoevoir au print^naps, Jacob o mettait'les branches dans les canaux deivant les yeux des bre- > bis et des béliers,' afin que les brebis conçussent en les reugai'dam. »

La trolsiètné caue est la eonformatîiHi des parental Lm nmnstres naissent des monstres, dit Aristote» livre vu de ruistoffe des anîmanx, ohap. 6| les boiteux des boiteux, les aveugles des aveuglesi Le lectem* trouvera sur ce point le sentinotent'd^fiaipédfideet'd'autrea philosophes, dans Plutar*que, livre v des Opinions des philosophes, «ehap» 2, celui des sto!6iens dans Lucrèce, livre iv^ et celui des médecins dans Hippocrate ( de la Génération) , dans Gatten (du Foetus) , et dans Avieenne^ .

La qaatrièmeest un vice de la matière qui peut se produire 4$ tiDls manières différentes : i*" fii la semence n'est pas suflBsantei i^ si eQe est surabondants en quantité ou en qualité, onnmie le disent Aris^te^ livre iv de la Génération, et tous les péripatéticienSf livre u delà Physique, texte 82 ; &» quand le sperme eei yersé h deux reprises dUKrentes, sekm l'opinion de OéitimH9i dao» >AwtQtof de manière à se aonibndre dans la

173 OKIIVABS mtkùWmiWtB^BElJBtmè

matrice, d'rà il arrive «pie les membres ee rénfiiâsent ou sê sépareat, comme il a été dit plus haut.

La cinquième est ua vice de la matrice, comme lor^u'èRe rejette une partie de la semence, ou bien longue la coafservant, elle n*offre pour le développement du fcetus qu'an réèeptacle informe. Dans s^n traité des Secrets des femmes, cbap. 6, V. 3 , Albert le Grand s'exprime ainsi : « Il est à remarquer que n la monstruosité ne provient pas uniquement d'un défiiut de » matière, mais aussi, oomnw je Fai déjà dit, d*un vice de h » matrice qui ne retient pas le sperme, mais q«i parfois le di9- » perse avant qu*il se irâme m xm tout, alors la matrice se » ferme, et le peu de semence qui s*y trouve est destinée à » former un foetus, et pread différentes forme» spéciales. »

Aristote nous oifre un exemple de ce second cas dans les deni germes qui peuvent se trouver dans un œuf et qui, n'étant pas séparés par une membrane, domient nassance à un monstre qui avec un c(Hrps et une seule tête, a quatre cuisses et quatre ailes i de même si Tenveloppe qui maintient le foetus vient à se rom>pre, il en résqlte nécessairement un monstre : aussi aî-je tou-^ jours pensé que les bossus et les boiteux provenaient d'un vice de la matrice ; car, pour me servir d'un exemple d*IIippocrate, (livre de la Général. ), un concombre est uni ou raboteux, suivant la forme du vase qui le contient

La dernière et b plus puiasaste caiœe est influence des astres. Ptolémée s'exprime ainsi, selon Cardan, livre m du Jug. des astres, cbap. a, texte 20 : « Ge que j'ai à dire sur les monstres » n'est pas étranger à ce qui précède. D'abord les rayons cful n tombent des angles ne se rapportent en rien à l'horoscope, » mais les angles eux-mêmes sont exposés aux maléfices. Lors » donc qu'il se rencostre une tdie constitution, ce qui est fré- » quent pour les êtres abjects et malheureux, bien qu'eUe ne » pronostique jamais un mosstre, il faut observer sur ses traces, » outre la dernière conjoDction, l'oppositkm des rayons et FaS- » tre influent sur la naissance; car si les Keux de la naissance, » de la lune et de l'heroscope ne se rapportent pas avec les 9 pronostics ou le lieu de l'opposition, on dc^ s'attendre qtie

» Yétre qui naîtra sera contrefait Simone avec de tek pronos » tics, les rayons se rencontrent avec des signes malhenreox et 9 que deux plaaè^es maKaôsaiites tombent aux mêmes angles, 9 la mcmstruoBité est inévitable. Si les rayons n*annoncent au- » cuii astre faT(»^le, mais un nuisible, attendez-vous à une » aature maliaisftQtey étrangère à toute ferme humaine, mais «^ qui apiArtient à la brute. Si c'est Jupiter, à des animatut ». consacrés aux dieux, eounne le diien, le chat, le singe et les » animaux de ce genre ; si c'est Mercure, à ceux qui sont des- 9 tinés àTosage à» Thomme, comme les oiseaux, les porcs, les «chèvres, les bœu&, et ceux du même genre. Si les rayons » tombent dans les signes humains et que les signes précédents » restent, il en résulte des monstres humains, d'une forme bi- » ;saiTQt et d'après le mode des signes. Si aux étoiles funestes il 9 ne vient se joindre aucun astre bienfaisant, le fruit sera un » monstre frappé de mutisme. L'influence de Jupiter et de Yé- » nus produira des hermaphrodites, et ceux que nous avons » npmmés harpoeratiques; Mercure en se joignant aux pre- » miers produit le» interprètes des «rades et des songes et tous » ceux <|ni virent du même métier; seul il donne naissante 9 aux muets et aux sourds, qui toHtefois sont ingénieux et rusés. » Tous ceux dont Thodroscc^ renferme la rencontre de Saturne » et de Mercure sont bègues» surtout quand Mercure est à Toc- » çident, et qoetous deux se rencontrent avec la Lune ; texte 58. » Si les rayons montent dans les centres, vers les a^es malfai- » sants, ou s'ils éprouvent des obstacles de leurpart, surtout si » laLune s'accorde avec les sienesnuisSiles, comme le B^er, le » Taureau, le Qoïc^, le Scorpkm et le Capricorne, on voitnaî- » tre des bossus, des boiteux et tous les vkes de conformation. » Enfin, quelle que soit la canse des monstres, ils n'en sont pas moins sous le doigt de la providence divine, puisqu'ils dépendent de Dieu comme causo efficiente de tontes les créatures. J'en donne une preuve cul Aomtne», car Averroès nous dit , Métapbys. livre xii^ chap. 51» qa» Dieu produit tout par l'intelligence et la volonté ; or l'inteUigenoe et la volonté sont des attributs de la Provi4ence.

iSA flBUTBIM MUiMilMIAIIIi AI »*— ■"

EXERGHIB \Ll\

VraniteeiMiiteUa iBonstri ttt tmelmpiriMioiii doso 11 im déptiid pw de Dka.

< Je fjpdads m nkiit rafQtéoédsnt Un monstre eti un écrs parbit dam mm genre, car il ne serait pas ee quMl est, ail n'é-* tail paa (pour ainsi dira ) dans la perf^en de wn être. B» le'OMi4)avaQtà d'antres^ fous direz qnHl est imparflilt) maia Q*8Sl à tort» eonune je Tai prouvé eontre Cardan, l'ai Inmêma qu'il y a dans les monstres dt mmbreOBes et d'adaHiubtea |MsBiN«ionB I Hariy rapporte qu'il a entendu parier d'un boniuae qui* privé de plnsienra nemiires et n'ayant que deux ori** fiées, l'im pour prendre sa nourriture et l'autre pour rendra les wcrénenu, prédisait cependant phisieors feils par un wmvH iMMnt signiikaUf de la tâto. H ne feut pas s^ étonner, ear ai k fiaree du fioUiil>et de h Lune lui manqua^ il surf «eut oe^^ peudani à «eu» influence maligne eans en ôtra dominé^ dèu Im il fut seiDOUru par Jupiter, Vénus et Mercure, ce qui lui donna h fertu prophétique, car l'absence de la lumière des cieut augmentait en lui l'aotion de lupiter, dé Yénus et de Mereure, et Ptolémée prétend en plusieurs endroits, que Vin^ fiuence de ces astres porte à la dirination ; il nomme les mons-* tt«s deci^ nature, harpocraliques, livre ni du Jug. des astres^^ ohap. 8, tiu^ 30. Cependant Hariy rapporte qu'en £gypte, l'u» d'aux avait puUtqueoKnt et veriiaieosent annoncé la mort du roi Ckmao, lequel était mort en effet à Theuredilé^

Secondement, iaa numstres provlennost fatalement de la u»*tière, donc ib ae sont pas prévus par Oiai : la eonséquenoe est îUégitiino. £n effet, selon les péripatéticiens eux-mêmes, Dieu produit tout nécessairement, et cependant dant une vue providentielle; k la vérité, ce qui est btal ne dérive pas de la* Providence, en tant que cause oeconde et particuli^e; maie il n'en est pas ainsi pour la cause preniêro, princi|^ uiriqueot

universels vm nesefait ^ans elie, autremeat elb ne serait pu ce qu'elle est. la cauise ^noti^rselle,

Troisièmement : Les monstres ne sont créés dans aucun but, donc ils sont étranges à la Protideoce. Je repousse Tantécédent, car puisqu'ils sont des produits de Dieu et de la natnrç* le^queb oi^ioiit îamw riea.eii vaîiv» ita flam tfééenbns un but : Aristote le dit, livre l du Ciel, teixle 32, et Jivre li, mêaie trailé, texte 50. La raison d'ailleurs nouas l'affirme, en iioMfflOBtrant la si^esse de la nature* On demande pourquoi la sage fie (Ut rien en vain t tout ce qui est inutile i^'a pas de bm, et le^sage agit toujours dans un but; ce qui est inutile, mr eda même n'est pas, et te qm n'est pas ne peut pas être iminiMfe.. L'insensé est mu par une fausse apparence, mais fifNfi p«( w véritable but. Cendant les monstres ont un triple but t la ppenner 4e montrer coiabien Dieu est un admira* Ue artiiHe^ puisqu'il sait réunir par je ne sais quelle barmonie tant d'êtres divers ; eei^ndant le Ohrist a dit que l'aveugle naissait p»iir manifester en lui les oeuvres de Dieu. Le second regarde la Jbeauté de l'univers, qui consiste' dans la variété et dans la diversité; aussi notre poëte a dit :

« Per tal variar qatitrf è belU ^ }

Bien phis, 8 n*y îfuraît pas d'unîveilsel, sans ce composé de tant de jiarties diverses; de même que l'homme ne serait paS' un homme parfait, sans les membres divers qui le com-' posent Le dernier est la prédiction des événements futurs. C'e^ pourqtiol Pomponat et Cardan, Vuû dans son livre des Blfetsiiefla nature [De incûntationilms)f et Cardan, livre xiv de la Variété des choses, avouent, d'après l'histoire ancienne et moderne, que jamais un monstre n*avait paru sans annoricer des événements extraordinaires ; et Aristote, dans son Histoire des animaux, appelle quelquefois les monstres, des prodiges prot>bétiques. Les monstres, dit saint Augustin, Cité de Dieu, diap. 8, "sont ainsi nbmttiês du verbe montrer; et encore pré-

• ♦ tTeii ^e i^'éfli est rf VtriiSô que h nature e^ bélte.

176 OBUVBBS PHILOSOPHIOiOEfr DB TAimi*

sages, de présager ; prodiges^ de (Nronoetiquer, comme s'ils a«-« Donçaicnt des prodiges, c'est-à-dire des érénetneBt? futurs.

EXERCICE XLIP.

Ce que les péripatéticiens enieodent par nécessité» destin, nature, fortune, accident, hasard.

Il y a deux sortes de nécessités : la première n'a d'antre cause que la cause première, comme le lever du soleil; Vautre dépend d*un antécédent quelconque, innnuable en soi, comme la chaleur du feu ; c'est pourquoi on la définit : la connexion immuable de la cause et de relTet; ainsi, tout ce qu'on perçoit est compris soit comme partie, soit comme espèce, soit comme effet. Exemples : s'il y a le cœur, il y a l'animal; si l'homme existe, l'animal existe : il y a de la chaleur, donc il y a quelque chose qui la produit Le destin est la force des causes et des effets coordonnés ; il y a deux sortes de destin : l'un est conmiun à toute la nature ; ainsi, il est fatal que l'hiver soit quand le Soleil est dans le signe du Capricorne; de là vient qu'Aristote, dans ses Météores, appela époques fatales les différentes révolutions des mois; l'autrç se rapporte aux faits moins importants , ainsi, je dirai qu'il m'a été fatal d'être lésé par Henrieus Sylvius, quand je visitais la Bretagne : toutç nécessité n'est donc pas une fatalité, car ce n'est point par ' fatalité, mais par une nécessité naturelle que le feu, brûle ; autre chose donc est la nécessité, autre chose le destin, I4Ç8 péripatéticiens, livre i des Météores, et livre 5 de la Physique» ne reconnaissent le destin, en rapportant cette opinion àAjris* tote, que dans les choses naturelles qui ont un résultat inévitable.

La nature est la puissance de Dieu dans tous les mouvements réglés; elle est donc la même que la providence, mais ses effets sont moins éclatants ; il appartient en effet à la même puissance de construire le del, de créer les intelligences, et de faire sortir le moucheron du moucheron qu'elle a produit*

OEOttU» PHIl^SOPHIOUES DB VANINI. 177

Arîstote prétoord que Dieu et ia nature ne sont qu^ine seule et même chose (liyreiâa Ciel, teite 52). Dieu et la nature, dit-il, ne font rien en vain ; il ne présente pas celle-ci comme une auxiliaire, mais comme une puissance réglée qui explique, dans la puissance infinie connue sous le nom de Dieu, ce que nous appdottfi nature. Il désigne encore par le même nom cette puissance première du Créateur, au livre il du Ciel, texte 20, car en parlant des astres et du del, il dit que la nature ne fait rien témérairement, parce que, selon lui, la nature est la force de Dieu, aussi il la définit le principe du monrement et du repos ; si elle est le principe du mouvement, elle-même n*a pas de commencement ; or, comme cela ne convient qu*à Dieu seul, il résulte qu'Aristote regarde la nature comme Fégale de Dieu par la puissance. Il établit ce*pendant une distinction : ainsi il y a une nature siq)rême qui a pouvoir sur tout ; rien n*est sans eUe, pas même les monstres, ils sont dans la nature ; l'autre est encore la même, seulement elle n'est arrêtée par la rencontre d'aucune chose externe : une foule de faits ont lieu en dehors de cette nature. La fortune n'est rien, car Aristote n*en a pas cherché la définition, non plus que les péripatéticiens. En effet, on ne dit pas : Qu'est-ce que la fortune? mais qu'arrive-t-il par la fortune? car la découverte d'un trésor que trouverait un vigneron en travaillant dans une vigne n'est pas la fortune, mais elle vient de la fortune. La cause accidentelle de la découverte est Taction de remuer la terre, mais cette action n'est pas la fortune ; donc celle-ci n'est pas cause, donc on ne dit en aucune façon ce «qu'est la fortune, car ce n'est pas une force qui lie l'effet à la cause. Il en est de même de l'accident, car il n'a pas sa cause, et lui-même n'est pas cause d'autre chose, comme son nom l'indique; en effet, avTÔ/iaTov\ ce qui est par soi, n'a pas de cause, c'est ce que signiifie aurô ; ce qui arrive fortuitement n'est pas cause d'autre chose, c'est ce que veut dire fiarov. Le sort différait de la fortune en ce que (disait-on) la

' Evénemeiit fortuit.

178 OSUVEBS VHaO|OV«QUI« HB TiMIMl.

fortune M» par accident, U cause des Avëhements « lôit de propos délibéré, soit simplement par suite des impuhidnB de l'esprit : mais les anciens voyaient autre chose dans le hasard, Q'étalt pour exix raOTOfiarov, la cause de toutes choses et da monde , parce qu'ils ne voyaient aucune cause ordonnatrice. Pour les Grecs, comme je Tai dit, c'était un mouvement spoii^ tmié; lesl,«atin9 sa trompaient encore plus i mais, (dit-on), le basard produit des événements; erreur manifeste, car le ha* tard n*est rien, et il ne fallait pu lui donner un nom. Je conclus que tout dépend de la seule providence divine; c*^st eQe qui a établi des causes secondes, fatales, dans la nature, mais qui respectent la volonté, comme je le montrerai aiHeurs'! im^ muables dans les révolutions des choses, on les déngne-wniB le nom de destin, que les poètes ont surnommé rinexoraUe. Remarquons que par là il nous est impossible de faire d^^un Dieu irrité un Dieu clément par nos prières et nos sacrifiées , comme le croit ie vulgaire. En effet, si Dieu est changeant, il n'est pas toujours le môme ; si donc il est Dieu avant d'avour changé, il n'est plus Dieu après ; car le vouloir qui est en Dieu est Dieu j donc s'il change sa volonté, il change st divinité t or, comme elle est une, ou plutôt infinie, si elle vient à munquer, nulle autre ne peut la remplacer, car deux inAttis sont impossibles I en effet, il y aurait deux premiers principes, tt par conséquent point de Dieu.

De même le changement implique l'imperfection, et c'est parce que les hommes sont imparfaits qu'ils sont si mohiles. Cependant c'est le propre du sage de quitter une résolution pour une meilleure; ceci n'est pas applicable à Dieu, qui prend toujours le meilleur parti; ajoutes qu'un changement provient d'un événement nouveau ; or, il n'y a rien de nouveau pour piçu ; éternellement , toute cliose est en sa présence, tant la Siibstancc que les circonstances les plus minutieasea. Les prières et les sacrifices que nous offrons â Dieu sont comme ^9 moyens qu'il nous accorde pour arriver au salut éternel* Les scolastiques disent que Dieu change quant à l'effet ; il n'en est rien, du moins je ne vois pas comment on peuU'udlMtfire,

oBinnuKt pjuLoaoFniQDia un tawinl 179

c«r Dieu ect cause du changement, et le Psalmiste a dit s « Ce a cbao^ement eat de la droite du Très-Haut » Jésus-Christ à dit aussi : « Personne ne vient à moi que mon Père ne Ta* « mène. » Mais comment peut^il y avoir changement dans Teffet» et pas dans la cause ? nous discuterons cela quand nous Uraiterpns du libre arbitre»

EXERCICE XLim

Contre 1m stoïciens.

Jusqu'à présent^ nous avons défendu la Providenca cmktre les athées, les épicuriens et les péripaiéticiens; atuquons mûa^ UUM% les stotcieus, q(u, à la vérité, reconnaissent Tintehreh* tte de la.Providenoe en ce monde, mais qui Font défigurée par trois honteuses erreurs.

La premi^y G*est que lesstdïcleqs» en confessant que la diviie Providence régit et gouverne ce monde, regardent Dieu ooQime Taiateur des imperfections et des vices qu'on y reA« contre. Voici leurs raisons.

D'abord, disent-Us, riostrument agit dans la direction que loi donne son principal agent; mais en agissant, la vdlonlé n'est qift'un instrument dont Dieu est l'agent principal i done si eHe. fait le mal, c'est^ Dieu qu'il faut le rappprter.

Ensuite, les hommes n'agissent que d'après l'influence dee astres à leur naissance; dçnç s'ils font le mal,' il faut l'imputer aux astres comme causes principales.

Enfin , le mal est oécessairo dans la monde; donc il tire son origine de Dieu : en eiïet, Dieu et la nature agissent toujours nécessairement. Us prouvent l'antécédent comme il euk :

I. Ce qui est toujours est nécessaire; or, le mal est contl^ noel dans le monde; donc il est nécessaire.

Aristote, au livre i du Ciel, semble justifier cette majeure par une raison valable. Tout ce qui existe est nécessaire <m contingent; celui-ci est de trois sortes, ou .dans un grand nombre de faits, ou dans un petit nombre, ou dans un seul» mai» aiacua des trois n'existe toujours; donc nul contingent

n'existe tonjoan, donc ce qui est toujours B*«ft pat omtingent, et ce qui n'est pas contingent est nécessairoi 4mc enfin ce qui est toujours est nécessaire.

IL II n'est pas possible que rfaonme ne pèche pas; donc il doit pécher nécessairement. Rien n'est dit réellement et uniTC»sellement possible qui ne soit manifesté par Facte; mais jamais on n'a tu et ne ?erra un homme exempt de tout péché, cariil est écrit : « Le sage tombe sept ftris par jour. » Il est do«c impossible qu'un homme ne pèche pas; donc le mal est né^ cessaire.

IIL Le pouvoir de faiBir est inhérent à h nature dtHnmitw; donc l'acte du péché est dans h nature, puisque la puissiMB et l'acte sont du même ordre; mais ce qui est selon k nsÉom doit nécessafa'ement arriver; donc il est nécessaire qu'il y êH du maL

IV. Par un argument b peu près semblaUe, on prouve que le pouvohr qu'a l'homme de mal iaire est l'œuvre de la naturt, mais la nature ne fait rien en vafai; donc il est nécessaire que cette puissance passe à l'acte, afin que l'homme pèche,

V. Les vertus excdlentes sont nécessaires pour l'ordre et la beauté de l'univers; donc les fautes sont nécessab*», puisque sans elles les v^tus sont impossibles ; sans les injures du néchant, il n'y a pas k patience du juste, sans k cruauté des tyrans, la gloire des mar^rs est ImpossiUe.

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