EXERCICE XLIX
Oj^inion de Jules Gësar.
' Après avoir couvert ces questions de voiles pour ainsi dire impénétrables , les scolastiques finissent par dire que Dieu agit nécessairement à Tîntérieur et d'une manière contingente à Textérieur. Je ne dirai rien du premier point , parce que je m*attàche spécialement aux anciens philosophes à qui il est resté étranger, je ne m'occuperai donc que du second. Avant de l'éclaircir, je demande grâce aux esprits plus délicats pour cette locution scolasiique, Dieu agit à Textérieur, car Dieu étant partout, il ne paraît pas agir spécialement à l'extérieur ; qu'ils nous la passent donc , puisque nous ne pouvons distinguer autrement notre création de l'existence ineffable des personnes divines , qui comprend de toute éternité la génération du Fîls et la production du Saint-Esprit.
Ced posiê , arrivons^ à la question.
dÊornËs pHiu>soraiQUR9 db vaniivi. 197
La doctrine chrétienne est que Dieu agit librement et d'une fnanière contingente hors de lui , puisqu^il nous apprend Inîméme que le monde a eu un commencement^ et qu*il aura pne fin; la foi chrétienne nous porte donc à dire que Dieu agit librement et d'une manière contingente à l'extérieur ; dire le contraire serait nier des articles de foi. Car si Dieu n'agit pas d'une manière contingente, il agit fatalement ; le mouyement qu'il imprime au ciel est nécessaire, Q ne pent pas ne pas le mouvoir, ce mouvement ne peut pas discontinuer; et de même que Dieu meut le ciel nécessairement, fll'a mu nécessairement ; le mouvement n'a donc pas commencé, il ne finira pas, et par conséquent cet ordre de Funivers est éternel
Essayons d'éclaircir cette question difficile. ' Et d'abord, je dis que Faction de Dieu à Pextérieur est contingente, de manière qu'à une époque Dieu peut produire iiiimédiatement un fait, et à une autre époque un fait opposé , c^est pourquoi le monde a commencé et finira , comme l'atteste l*Écrîture. En effet , l'homme a le pouvoir de produire des faits contraires à des époques différentes, à plus forte raison Dieu aura ce pouvoir, ce qui prouve la vérité de ma proposition.
Je dis en second lieu , mais en soumettant ces matières comme tout le reste au jugement infaiOMe de l'Église romaine, je dis que Dieu n'agit pas hors de lui pour produire simultanément des faits contraires. Voici mon raisonnement : Si dans un temps donné A Dieu peut prodm'reTitius, et dans le même temps ne pas le produire , de manière à être également seule cause dans les deux cas, ou il est déterminé pour l'un des deux on il ne l'est pas; si non, conune dans le temps A, une partie 4e ces opposés sera nécessairement et ne sera pas, à moins que Pieti ne prenne une détermination , alors il changera en passant de l'indéterminé au déterminé : si au contraire sa pensée e^rfixée, elle peut changer, ce qui ne peut être sans une détermination nouvelle. Mais comme elle n'est pas un tout multiple (pour ainsi parler), celle qui est cessera d'être, et Tautre commencera ; ainsi il y aura changement en Dieu , ce qu'il faut plutôt nier qu'affirmer.
|0 p'ig(U)r0 p«« flue pImHurff qe ^n( pur d^ ipon ««Kipl^U Q^is ({'ici <( deux nulle ^rii» il^ q>urpt)t pas fiulf^ cb(W^ ^ m'«>0« pq<^r qu0 c^ttê petite ^'ma ; f^a voliinti diyi^, f Iqi effic?(^ •t plu» pui|»iii)^te q^^i )a volpnt^ bumdia^, ppui ((içile^ierit bjr^ c^ gii6 pe|lp-çi n<) peuf PM (^Xi^cuter ; Qr {a vûlqplii h^inajoA B^ilf dapp ^n tc^p» 4|aire u^^ ctu^ttÇf et 4at)0 If^ Plëme tet^m A ù\n féparément |# contraire, j| p|u| fw^ raiifQn t la vpl^qd^ mpr&pg çt iaAni^ (^ p^wp*»'
3aos douta c^tte m^eur^ est vr^ile k Têtard 4^ c^ ^m, qpe QQtre vqlonté ^uti) qmnd elle o^ ne trompa pqa, {ni^i qqp qu{in4 e|ip ^ troippe^ car notre volons peut errer, et if volonté divine ne le peut pas* La volonté huma|qç p^t dami, un temps A produire un fait » et dans le même teffips A pu. produire m opposé, séparément: c'est le réi^ulfat de son Iqpperfection, parce qu'elle est cliangeante; ainsi étant saqi déterminatioif elle peut en prendre une, en changer ensuit^, et vous conclue^ qu'il en est de même de la volonté divine { c'est une grande erreur, car toute Imperfection est étraog^i}, Il pieu.
On dira : Dans on temps A| notre volonté en acte peut prop doire un effet B et son contraire, ainsi Dieu concourt dans im même i^stantii la production d'un eflet et de son contraire ; dooç si potre volonté varie ainsi dans son exercice , il en ser^ d/d lyiépie pour Dieu, qui est pour quelque chose dao» nosactioni,
31 pieu coopère }i qos actions, )a détermination ne vient cependant pas de lui, mais de notre volonté qu'il a créée libre ( si donc Ju4i^ a p^hé , c'est parce que sa volonté et non p^ Dieu a pris qne détermination.
4iqsi puisqtte la détermination ylm non de pieu, mail de notre volonté , le cbapgefpent vierit 4^ k méfpe pource qn^ li dét^rtpinatioii«
Eq disant qt)e pieu ne pt^ut psfl produire 4euic faita cm^« traires ef aintultanés, j'eptendi parler 4a ceu^ dont U est in cause totale ot ImnvMiate ; il est cauae 4a la détermination d^n^ las ^re< qui qe penvapt pas se 4êterminer par aux'mémai« et qui ont besoin de la nature , tels sont lef KM flHi UP 9i9^
fiéd^^l^t pas ^ela volonté ,- aiijsi }>gumeqt lie prçuvç rfen c«^tr^ moi, '
fie dis ^p frQÎsjèqfie lieq q|ie f)ieu, par le f^it d^ $^ 4^t^ri^l- QatiQD ^ agit îQ^vîtablemeqt et péoes^9ir^me^t f^qi^ine il )*a 9frêté et décrété en lui-mêpie, parcp que k^^ 4^crets dlYJr^s SQnt ji^Bipi^les: h Je |$uis ^\e^ ^x je i^fi p^ang^ p^s, » 4it rÉcr|fur0.
On objeçtp que si Dien agissait sijnsi q éces^air^inent , il g^ur<(îf pan créé le monde.
^e suis loin d-ep convenir, car Dj^u a cré^ le fflQn^e in^y|r taUement et nécessairement, parce qu^ de \f^W\^ é^erpjt^ \l ep avait arrêté la création à m ipstaqt donné, il ^'pn résulte donc 9^ l'opposé', m^s )^ première prppositîop ; parcp qçje, d>pr^g §j| fésdotion , il n'a p^s p)i créer le n^pnde de îoifte é(err nité ; ainsi, \nen que par ]a déteripination supposée, la créa-, tjqri é(a inonde fût nécessaire, à pn momept donpét cepepr dant Dieu ne le cré2| pas éternellement, ce fut un fj^it (iqiHFeaa et qui ^ut un comme^ceme^t. V^cX\Qr\ de Qieu n*est dopp pas néçessairepiept fatale ^ns 1^ passé, {epr^seqt et l'ayenir, mais dans le promeut où il fi de tqi^t^ ét^pi(^ décrété
d'agiTr
On dira que si Dieu ^ créé péç^ssairement Ip iponde ^ un Ipst^qt dpnné A , ppisqu*il X^v^it décrété pqqr cet jPsi^Ql cle toute éternité , il en r<^plte que cet axipm^ rpçp 4^ toi^s )e§ théologiens est f^ux, savôif gne la piapife^tatip)i 4^ )*pi)ivprse} ^ f ^térieqr ^çt çoptingente.
|e réponds que cet|;e opinion, comipqpe aux ^{léqlogieps , i)'^9t pas vraie dans }s| 4éterp)inatipp , ip^jg ^^ns qn ^wi Of^séi d*aprè8 ce)a, cette paanifestation 4ie Tupiversej ^^xi coiltiiigente, parpe qu'elle i^e décpple p^ «bsplqfpent ç|q \^ pâture, comme distincte de \^ \olpnté : pous 4irQA8 qu'elle e§t «éce^ire, non pas gîmplen^pijt, fp^s ei| yprW 4§ l» flétefmiT DJItjop divine.
On insiste ; Cette détçrmingtipn de 1^ ypIpBté 4iYip^ egt m^
• C?^fNHdiNFétni||(i i9 «(^t.
picment nécessaire, ou elle ne Test pas; si oui, comme la manifestation de Funiversel suit nécessairement cette détermi-i nation, cette manifestation est alors absolument nécessaire j car, suivant la condition, l'antécédent étant absolument nér^n^ saire, le conséquent Test aussi, et ainsi la manifestation ât l'universel est absolument nécessaire, ce qui est contre la ré-i ponse* Si Ton admet, au contraire, que la détermination divine est contingente , elle peut n'être pas en Dieu ; mais ce qui de bit esl dans un être et|Kmt n'y pas être, ne peut pas avoir liett sans variation ni changement de sa part, donc Dien doit varier^ ce qui est le comble du ridicule.
Ecoutez : après que Dieu s'est déterminé, le fait ne peut |flii ne pas avoir lieu, mais auparavant , il pouvait ne pas ^rre , U détermination i)ouvait être différente, d'où il suit que Dieu né change pas, ne varie pas, ce dernier cas n'arrivant que lors^
Îu'on quitte une détermination prise antérieurement; or une éterminatlon divine est toujours invariable.
Tout ce raisonnement ne s<fralt-il pas une erreur? Mni l'éternité rien u*est avant, rien n'est après, puisque, suivant la définition de ïMca , l'éternité est toujours le présent; dt^ dans ma réponse, Je dis qu'avant que Dieu eût une détermf-l nation , il pouvait en prendre une autre*
De plus, si Dieu pouvait d'abord se déterminer autrement. If y avait donc d'abord en lui indétermination , mais cela Impli-J que une Imperfection ii laquelle Dieu serait exposé. '
£nfin , quoique Dieu ayant pris une détermination ne puisse plus en changer, toutefois , avant de Tavolr prise 11 pouvait s'arrêter à une autre , ce qui suppose encore le variable pour condition. Car si Je peux m'asseoir et ne pas m'asseojr. Je parais naturellement indéterminé, et puis ensuite sujet au chan^* gement; ainsi donc, si Dieu a pu se déterminer autrement quM ne l'a fiit, ou U éuit fixé avant l'acte de la détermination , otr U ne l'était pas. S'il l'était par exemple en A , il n'a pas pu se' déterminer autrement sans changer d'avis» ce qui est im|)ossible I s'il ne TéUit pas, il est passé, en se fixant, de l'Indéterminé au déterminé, ce qui est également impossible.
0BUyR?S^PHILO8OPHIQ(IBS DE VAIfINI. 201
■^, Cjùfif^m^e de ce$ objections aura ma, réponse : De ce que la détfirm&ation procède de la volonté divine et de ce que , dans un, sens identique, la cause précède Teffet, il ne s*ensuit.pas gu*il faille concevoir Dieu comme ayant une volonté iiidéterjoainée. En un sens, au contraire, celle-ci ne peut jamais Têtre, car Dieu ne reçoit sa détermination de personne que de luimême , ce qu*pn ne peut dire d*aucun agent créé , parce que toute Fessence d'une créature, dans l'être et dans Faction, dépend du créateur; ce n'est donc pas imputer une imperfection à jpieu que dire que , sans aucun tort pour la majesté divine, l'acte de l'intelligence précède celui delà volonté. ./On en trouve la preuve dans les choses de ce monde. Un ^nuKie est d'abord perçu comme étant un animal, et non ÇQi^}fm^un être raisonnable; en réalité, cependant, il ne peut pa;s être anitpal et n'être pas raisonnable ; ainsi de Dieu, nous ppHvpnsIe concevoir comme indéterminé sur quelque point.
Cependant j'éprouve un doute en écrivant ces lignes : peutil ardver que Di^u ne fasse pas ce qu'il peut faire? Quoique les docteurs répondent généralement par l'affirmative, il me semble qu,*il n'en est rien ; parce que si Dieu ne fait pas ce qu'il n'a p^ résolu de faire, il ne doit rien faire que d'une manière déterminée , autrement il se trouverait l'auteur de ce qu'il u'auirait; pas arrêté de faire, puisque, dans l'hypothèse, un fait pourrait arriver sans la détermination de l'agent; si donc Dieu peut avoir une détermination et ne pas l'avoir, il n'est pas Façte le plus pur, puisqu'il n'a pas ce qu'il peut avoir.
Or, d'après l'hypothèse, il est évident qu'il n'a pas cette détermination, puisqu'il ne la réalisera pas; en eflfet, l'opposé vient de l'opposé; si Dieu se fût déterminé, il eût exécuté, donc il ne s'est pas déterminé. Aussi Aristote, se livrant à l'examen de ces difficultés, dit-il. absolument, qu'en Dieu, l'être et le pouvoir, l'essence et la puissance ne sont qu'un , et qu'autrement il y aurait en Dieu une imperfection , comme il l'a démontré.
Pomponat dit que Dieu peut faire des choses que cependant il ne fera pas sans toutefois l'avoir décrété , car ^il ne répugne
^as S la piiiJ^èahcë ditiiié Hé proâaire d*aiiires fhondéi ; ëeia se dit bomhiànêtneDt de la puissance absolue , mais nullement dans le sens de la dêtermibaiiou, laquelle se rapporte au conthifre I la puissaiice dtdinaire, qui est la vraie et réelle puissance; l'absdlti étàilt i^ltttôt ce qui iie répugne à rien.
tlii si grand phildsophe n'ayant pas l^ougi d'sidbptet tèfife pâUfre distiiictibn dèd stolasti(}ues , moi , quf ne suis'paé vërsê CDttime Idi dans toiités leà parties de h pililosophie, je devl^iè l*âd6pteri àurteut quand le pltts grand nombre! me rfegél-dë coiinne stiitaiit les thices de Pomponàt ; cependant ai je ràimë; }*aiaie encore plus là téHté, c'est pourquoi je dià que rîën li^ëst ^lùs faui (|ue cette distinction de la (inlssatite ^ine^ (Mi^ nàii*e et absolue; je le prôute en tentërsarit bè qu^ Ini j^rt Sb ba§e. Lëà stUasiiqdés ayant rëibârquë que ta phi^àabé'\Shliik est Infinie, ei ^iië ses iBUtres soiit finies ^ pâist|tiè}e til9 Mt même est fini, ont tu detix puissances en IHëurrtnië ^'flk nômmeiit ohdiiidihe et l'autre âbsoldè , et qui tontëfoi^ ne ftmt qu'tirië ed Dieu. Ëti effet; la puissance orditiâii-ë tt'est qn'uno partie de l'absoliie, car il s^ait imt)iedeix)ser en Oiéu Quelque chose èfûl né ffit pas âbsohi et Dieu Ini-même t ^ poifisance n'est pas réglée et disposée par l'ordfe , car c^eiït lit! ^ est râuietir de l'di-drë, la nécessité de cet ordre tient d« lui, t*ésit ctversles choëes un effet de sa sagesse et desa iMitê, et il d'fi^ tait pii bott qtkëlèscieux obéissent à uii autre indutediënti fl a t)d. Si IW Véilt, il peut et pourra créer 'd'antres ttiônSes^ mais alors il ti'est pas l'être ^fait ; or, le aoatei^in bil^n têM ionjbufë ce dtii ëÈt le inèilleur et ee qne Ini.révète su sag^^s^ Dieu n^agit doiic pà^ tu moyen d'une puissance tmë, tar t'ièiréé ii'd pas M ëâi-àëtèfe ; et l'acte est toujours ce qu'e^'la catise t Téiëi-tiité dé l'essence et de la puissance est supéridnre STced^ trë, inâis il y a des parties intelligibles qui les rapprocbëiit e( qui Se Sbbè^ent k l'inflnL J'ai ajouté ceci parce que récemment qùëlttdèâ déttii-pbildsot)he$ ont dit qti'outi*e le ciel , ii dernière créature était infinie.