‹ Œuvres philosophiques de VaniniChapitre 25 sur 32 · DB LA RELIGION PAÏENNE · texte numérisé non relu

DB LA RELIGION PAÏENNE

DE DDSU.

Après nous être occupés de l'origine et de la rq>roduction de l'homme, des sens et de tout ce qui se rattache à ces matières, il nous reste, mon ch^ Jules, si c'est votre volontéf i étudier la fin de l'homme, c'est-à-dire Dieu.

JULES CÉSAR

Les philosophes n'admettent pas que Dieu soit la &i d«

cMHnu» f Hi&osanii«OB8 de Ydmim. 217

rhMDiBe; I» cela était, diaent-ils» rhomme serait plus noble cpoe Dku : mais Dieu est sa propre fin à lui-même ; car c*est ainsi qu'ils parlent, avec assez de légèreté. £n effet, Dieu n'est ni son principe ni sa fin, puisqn*en lui il n*y a ni parties, ni mouvement, ni milieu, ni extrêmes, ni commencement, ni fin ; il n'y a qu'une chose : LuL Dieu est simple, il n'y a donc en lui aucune distinction, on ne peut faire aucune comparaison entre lui et d'autres causes. L'homme, disent-ils encore, n'est pas à cause de Dieu, qui n'a besoin de personne.

ALEXANDRE

Si Dieu n'a pas créé l'homme pour lui, puisque l'Être suprême et étemel n'avait besoin de personne, c'est donc pour l'homme lui-même ; donc celui-ci est la fin de Dieu.

JULES CÉSAR

Puisque tout agent est mu en vue d'un but, Thomme, avant d'être» ne pouvait pas mouvoir Dieu vers sa créature.

ALEXANDRE

L'homme n'a donc pas été formé pour un but?

JULES CÉSAR

Je ne veux pas afiirmer avec les épicuriens que l'homme est l'enfant du, hasard, mais «livaiit les théologiens, je dirai qu'il est né pour recevoir de Dieu une félicité éternelle.

L'homme est accablé dç tant et de si grandes misères, que si ce n'était pas contredire la religion chrétienne, pour laquelle je verserais mon sang avec joie, je ne craindrais pas de soutenir que s'il y a des démons, ils passent dans les corps des hommes pour les punk* de leurs crimes. Mais en parlant des choses divines, je reconnais toutes les bontés de Dieu envers l'hoDune, et je suis plein de foi dans l'éternité.

JULES CÉSAR

L'hMTenr du néant est naturelle à tous les animaux, aussi tons cherchent une durée sans fin, soit dans leurs descendants» soit par la renommée, quoiqu'il y en ait peu qui cèdent à l'amour de la véritable éternité : c'est ce qui fait qu'on trouverait à peine un homme,,même dans la plus grande misère, qui

216 <mv%u miiùtopmwM w \Amnh

désirftth mort. Ceci toutefois ne prouve rien, et nous pon^ voos croire, d'après les promesses du Sauveur, que le mondt tombera ea ruines, et que le jour du jugement arrivera ; a Ce** » pendant, dit-*il, quand le Fils de l'homme viendra, tu penset » qv'il trMtrera la foi sur la terre. » ^

AI.EXANPRE.

Gardas interprète ainsi ces paroles ^ ; « Lorsque les ren<^ « contres dea chefs seront célébrées à TOrient et à TOccident» » la loi de justice sera observée au commencement et à la fin » du siècle et surtout à la fin, à cause de la conjonction de Ja« » piter et de Saturne prèsd^Tangle de TOccldent ; c'est pourn quoi il a dit que lorsque le Fils de Thomme viendrait il trou- » verait la foi sur la terre. »

JUtES CÉSAR.

t0h<m que la foi est opposée à la justice? Cardan admets trait-il quelque chose d*injiiste dans la religion chrétienne? Assurément non, car lui-même a dit* : a Naturellement notre n religion est la religion de la piété, de la justice, de la foi, de » la simplicité, de la charité. » Et ailleurs: u Les chrétiens m sont sous la conjonction de Jupiter et du Soleil, dont le Jour M 60t celui du Seigneur : or, le Soleil indique h justice et la » vérité, mais la loi chrétienne contient plus de vérité, et rend n les hommes plus simples, h

ALEXANDRE

A Amsterdam, un malheureux athée critiquait singulière* ment ces derniers mots de Cardan, pour faire ressortir h shnpiicité dei chrétiens, ajoutant que saint Paul atait bien mérité de la relifiion chrétienne, parce qu'il n'avait pas d'antre déair que d'élever les ftmes chrétiennes dan« la simplicité, disant qii« le mariage est l'emblème de l'union du Christ et de l'Église, et conviant les époux d'aimer leurs épouses comme le Christ aime l'Église. Comme je souienais à cet athée que les chrétien» ne sont pas faibles d'esprit, comme l'attestent les combats de

' Sur Ptolj^m^e, Jug. ifp" n'^tro , I. II.

' Ibid. r. 309.

tÉflft' de glorieux màrtyi'B, ce blasphémateur rapportait ces htttes à une imagination exaltée, à la passion pour la gloire, et même à une humeur hypocondriaque. Il ajoutait que chaque religion, même la plus absurde, avait eu ses martyrs ) que les Turcs, les Indiens, et de nos jours les hérétiques, avaient produit des confesseurs que les tourments n'avaient pas arrêtés* Voyez, disait-il, combien, sous le règne de Marie, de protes^ tants anglais ont subi la mort pour leur religion. Dans mon ftële pour la religion de Dieu, je me mis à le traiter d'ante* christ

JULES CÉSAR

Que rendit-il?

ALEXANDRE

Il se prit à rire. Pourquoi riez-vous? lui dis-je. Parce que tous les récits qu'on fidt sur T Antechrist ne sont que des fables ; PmiI n'affirmait-il pas déjà qu'il éuit sur le point de paraître, tandis que voilà seize cents ans qu'on l'attend? Je répondais qae Paul avait pu vouloir dés^ner Ebion et Cérinthe, qu'on pouvait regarder comme de véritables antechrists, puisqu'ils avaient voulu dépouiller Jésus de sa divinité ; que d'ailleurs les hérétiques, en quittant la sainte Église catholique^ étaient appelés antechrists.

JULES CÉSAR

Que répondait cet insensé?

alexaudre.

n se tut pendant quelque temps, puis il s'écria : O l'admi* rable sagesse du Christ! Je me sentis tout joyeux, croyant qn'3 s'amendait; mais j'étais dans l'erreur, car il murmurait tout bas : Le Christ, interrogé pour savoir s'il fallait lapider la femme adultère , ne dit pas non , parce que la loi était for-^ tnelle; mais il ne dit pas oui, parce qu'il aurait donné un exemple de cruauté, ce qui aurait pu éloigner plusieurs de sa doctrine ; donc il répondit : « Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre. » C'est pourquoi personne n'osa condamner la femme adultère. Une autre fois, les scribes lui demandèrent s'ils étaient obligés de payer le tribut

SSO OVUTBBS PPUOSOPHIOnBS PB tANINI.

à César; il n*08a pas dire non, d^s la craii^te d'être accusa du crime de lèse-majesté; il ne voulut pas non plus dire oui* puisqu'il renversait la loi de Moïse; alors» comme un nouveau^ prince, dont l'autorité est encore chancelante, promet de respecter l^s vieilles immunités, et qui, une fois affermi, refuse de remplir ses promesses, Jésus dit : Je ne suis pas venu détruire , mais seulement compléter. £t plus tard , une fois de^ venu fort, il la renversa de fond en comble. Il demanda donc : « De qui est cette image? » De César, répondit-on. a Rendei; » à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient » à Dieu. » Telle fut la conclusion du Christ. Les pharisiens lui ayant demandé au nom de quel pouvoir il instruisait les peuples, il sévit dans un double embarras : s'il avait dit au nom du pouvoir humain, il était taxé de mensonge, car il n'était pas initié aux mystères des Hébreux ; et, par crainte de ceux-ci , il n'osait pas affirmer qu'il tenait son pouvoir d'en haut; il demanda donc fort subtilement lui-même au nom de quel pouvoir Jean baptisait; par là il jetait les pharisiens dans la même perplexité : la raison politique empêchait d'attribuer ^ Dieu la prédication de Jean, car eux qui l'avaient repoussé se seraient alors condamnés; ils n'osaient pas dire non phis que le baptême de Jean était une invention humaine, car ils se seraient attiré la fureur de la populace. Les actes du Christ sont donc fort sages; mais ce qui est le plus digae d'admiration, c'est d'avoir annoncé la venue de l'Antéchrist; c'était pourvoir à l'éternité de la religion chrétienne. J'étais indigné, et je m'écriai : Que dites-vous? QueUe folie est la vôtre? Écoutez^ me dit l'athée; les anciens prophètes de la loi ont prédit un Messie qui serait un homme extraordinaire, orné de toutes les vertus, et le plus digne d'hommage et de vénération ; ils fournissaient ainsi l'occasion à plusieurs de se dire le Messie, afin de s'attribuer ces éloges sublimes qui chatouillent le cœur de tous les hommes. Le Christ, le plus sage de tous les prophètes, prédit aussi qu'un nouveau législateur viendrait pour renverser sa loi; qu'il serait odieux ù Dieu, Tallié du démon, la^^ntine de tous les vices et 1^ désolation du monde : c'est , pQurq^

CKtfVRÉS PHILOSOPHIQUES DE VÀNINI. 22Ï

përsotine ne se donnera comme rAntechrîst, personne rie Voulant se couvrir de tant d'opprobre et d*infamie; or, l'Antéchrist ne paraissant pas, la loi chrétienne resta debout. Je cherchais de cette manière à réfuter ses exécrables blasphèmes. Les jprophètes sacrés ayant annoncé que le Messie serait condamné à une mort ignominieuse, il fallait, pour s'exposer à un tel danger, être ou un insensé ou un Dieu; or, d'après ton propre aveu, le Christ n'était pas uni insensé, mais un être fort sage, donc il était Dieu.

JULES CÉSAR

Très-bien ; mais l'athée?

ALEXANDRE

Il me répondit qu'il est d'un sage de mépriser une vie courte, incertaine et pleine de labeurs , pour acquérir un nom immortel dans la postérité.

J'ai réfuté ces folies dans mon livre Du mépris de la gloire; mai^ vous pouviez répondre à cet athée, je ne dirai pas à cet bomme, mais à cette bête féroce,que l'Antéchrist sera un grand homme chez les Hébreux, et regardé en quelque sorte comme un être d'une sainteté, d'une puissance et d'une origine divine,

AL£XAN]>RE.

C'est ce que je lui ai objecté; mais il ne put assez s'étonner que les Juifs fussent assez niais pour qu'aueua d'eux ne se donnât comme étant le Messie, ce qui est bien facile, cai*. un philosophe instruit réalisera les prophéties de Daniel et des autres prophètes hébreux touchant l'Antéchrist

JULES CÉSAR

étant à Venise, je vis un impur imposteur juif qui persuadait aux siens que leMesôedevaitsemontrerav printemps prochain, aux {M'emières pluies : avec les pèches grenouilles , ajoutai-je.

ALEXANDRE

Ce fou ajouta qu'une seule chose lui paraissait vraie touchant TAntechrist, sa mort honteuse. Car les auteurs citent ces trophées et ces triomphes de h nouvelle loi : Isafe fiât scié en

8tt tmmoB »Hii.oM»KiQin0 bb VAmm.

deux sous le roi Manasiès, Jérémie fat lapidé par le peuptef Jean-Baptiste fat mis à mort, et le Christ attaché à la croix.

JULES CÉSAR

Jésus-Christ fut crucifié parce qu'il le voulut bien; maïs que dirait-il à ceci : Moïse fut un législateur, et cependant il ne fut pas misé mort?

ALEXANDRE

C'est ce que je lui ai objecté ; mais il me dit qu'il y avait une différence entre Moïse et le Christ : celui*ci était toujours désarmé ; or, dit Machiavel, tous ceux qui voulurent soutenir la vérité sans avoir la force pour eux, périrent misérablement; Moïse, au contraire, était toujours armé; d'une seule fois, il fit mettre à mort vingt-quatre mille idolâtres qui s'opposaient à sa loi. Quand les Juifs, chassés par un édit royal, sortirent d'Egypte qu'ils infestaient de la gale et de la lèpre. Moïse se mit à leur tête; par son conseil, ils emportèrent frauduleusement beaucoup d'or et d'argent, et après avoir surmonté de nombreux périls , ils parvinrent en un lieu sûr, après sept jours de marche; c'est pourquoi Moïse consacra ce sep*tième jour à Dieu, pour montrer que la Divinité favorisait son pouvoir ; le peuple ainsi disposé resta facilement sous la domi* nation de Moïse.

JULES CÉSAR

On lit ces rêveries dans Justin, et j*ai démontré toute kur fausseté dans mon Apologie ^

ALEXANDRE

J'ai également fiiit voir à mon athée les erreurs de Justin, pour l'empêcher d'aller \Aus loin; mais il louait Moïse de ce que tout vivant il s'était jeté dans l'abîme, afin que le peuple, ne le voyant plus, crût qu'il s'était élevé au ciel ; car en voyant son cadavre, on ne l'aurait pas mis au rang des dieux. J'ob« jectai les autres patriarches dont les restes étaient parmi le peuple , et qui pourtant n'en étaient pas moins en odeur de sainteté; mais, répliqua-t-il , Moïse ambitionnait une gloire

i mû Apiilogle dvkniigioli joif» et ielAieliglMi

biea supérieure à ceik des patriarches ; aussi pr^tei^d^t-il que Dieu avait dit de lui : Je t'^ constitué le Dieu de Pharaon ; alors, pour être regaràé comme un dieu, il voulut qu*il fût attesté qu'il n'était pas sujet à la mort Alors je miQ récriai contre tous ces athées de Hdlande : Votre Cardan, me répondit-il, en a fait autant pour Elle, car il écrivit ces lignes: « Pline se jeta spontanément dans TËtna pour se faire une » graade renommée , soit qu'il voulût être adoré Gooune un » dieu qui s'était élevé dans les cieux, ainsi qu'on le rêj^çatt^ » du prophète Élie; soit que son corps étant retrouvé, on » conçût du moins une grande admiration pour son courage. »

JULES CÈ&ASU

Laissons là toutes ces fables.

ALEXANDRE

Soit, et parlons de la religion des païens.

JULES CÉSAR

Ëmpédode regardait les quatre éléments comme étant la Divinité; Heraclite, le ciel et la terre; Thaïes, l'eau; JkJMJir mène de Crotone, l'air; Socrale, Xénophon et Xénocrate, le sdeil, la lune et les astres.

ALEXANDRE

Voilà des erreurs que je m'étonne de trouver chez des hommes si doctes; car tous ces êtres étant finis, ils niaient par là le principe suprême et indépeodaat, qai est Dieu. Quelle fut l'opinion du divin Platon?

JULES C£SAR

U ne craignit pas d'affirmer que le monde est Ddeu»

ALEXANDRE

CoDunent cet honune divin tQmba*t-il dans ime iîMite si grossière?

JULES GÊSAA.

Ne voyant rien de plusparfait que Dieu, et regardant le moade conmie un êure entièrement pariait, il fut obligé de lesconfondre.

ALEXANDRE

J'avoue que le monde est parfait, car s'il lui manquait quelque cfaofle* la.cause première et effiicieiiite S|wail im m ou-

321 QKOVRtS FHlUMOVaiftUBS BS vamuh.

vra^ perpétueUement mi|Nurfait, qn^il ne saurait oa ne voudrait pas perfectionner» ce^ est ridicule et impie : Dieu sertit luimême imparfait et ne pourrait pas faire une ceiivre difléreal^ de lui, ce qui serait toujours son but

JULES CÊSAB.

Empédocle reconnut la génération dans le monde « d*où résultait la reproduction perpétuelle des êtres; or, si le monde était parbit, il n*y aurait rien de nott¥eiQ> et par conséquent point de génération.

ALSXANDRB.

Ce raisonnem^t d'Empédocle n'est pas loin de la vérité.

JULBS CÉSAR.

Je n*en ocmnais pas de plus absurde.

ALEXANDRE

Gonunent donc?

JULES CÉSAR

Il en résulterait que le monde serait parCrit à cause de son imperfection.

ALEXANDRE

QueDe conclusion !

JULES CÉSAR

Écoutez : D'après Ëmpédode le monde est imparfait parce qu'il est dans un travul continuel de reproduction; mais ce qui est continuel est parfait, c'est le fait de l'éternité, puisque l'éternité est une et toujours la même ; la génération, au eon« traire, est une imperfection, car elle consiste dans le change* ment : or, le changement n'est qu'une perfection variable, et non pas absolue, seulement en tant que mobile, et qui a be« soin de rtfos pour être cmnplète.

ALEXANDRE

Le rqx» est la privation du mouvement

JULES CÉSAR

Par la raison que le mouvement est la privation du repos, et que l'un succède à l'autre.

ALEXANDRE

Gomment le repoa^t41 la perfection du mouvement?

asoviuis puiLosoi^Hmtms 'bs vanini. 225

' > JULES CÉSAR

Parce que la jnême force natardle qui meut vers son lieu, maintient également dans son lieu.

ALEXANDRE

Que faut-il en conclure?

JULES CÉSAR

Si le repos est la perfection du mouvement, et que la génération rérâlte du mouvement, le but de la génération est le repos ; et comme la nature tend toujours à ce but, elle ne produit plus; avant le but tout est imparfait, donc le monde d'Empédoçle sera parfait à cause de son imperfection ; car, comme il l'affirme, il est éternel par le fait de la génération ; or, l'éternité est la perfection, la génération est tout le contraire, je Tai démontré. De plus, si le monde est imparfait à cause de la génération, celle-ci venant à cesser, il sera parfait, c'est ce qui est faux; car Tun cessant, la perfection, qui consiste dans la continuité, cessera aussi, puisqu'il y aura interruption.

ALEXANDRE

Mais, selon Empédocle, la perfection aura atteint son terme.

Ce sera là une imperfection , car la cessation de la génération entraîne la mine du monde. Mais que les platoniciens ne triomphent pas de notre raisonnement : loin de leur accorder que le monde est parfait, je ne vois rien en lui qui ne soit corruptîbJe de sa nature, ou qui ne renferme un principe de corruption ; et Platon lui-même regarde les dieux comme corruptibles de leur nature, puisque c'est à la bonté du Créateur quils doivent leur éternité. Si quelque chose dans le ciel peut être dit parfait, c'est le ciel; mais quelle perfection lui attribuer? Je Tignore, mais c'est parle mouvement qu'il devient parfait.

ALEXANDRE

Comment cela peut-il être?

JULES CÉSAR

Par la reproduction de l'image de Dien. Le ciel est mu pour la production de tout ce qui peut être produit, ainsi Dieu est Tauteur de toates choses ; le ciel ne change pas de fien pour en

sortir, ainsi Dieu est immuaUe et ne pent pas sortir de kd«* même; et comme le ciel, dans scm moaTement, towne sur loi* même , ainsi Dieu est tout entier en lui-même. L'étendue ce*; leste n*est bornée par aucun corps éloigné , elle a donc sa raison d'être infini, et de même Dieu n'est drconecrit dans aucunes limites.

ALEXANDRE

Vous finissez par faToriser les platoniciens.

JULES CÉSAR

Aussi je Tais renverser cet échafaudage.

L'être fini est borné dans l'imagination par le nenrêtre} c'est une proposition évidente. Au ddà. de cet être fini, il n'y a rien de l'être, comme au delà du premier ciel, car iiest 1f« mité par la force de notre intelligence et non par un corp&. Mais Dieu n'est limité, en aucune manière, ni par l'être ni par le non-être, parce que notre compréhension étant finie, est contenue en Dieu qui est infini, et alors elle ne peut rien per-^ cevoir en dehors de lui. Il suit de là que Dieu est réellement infini , et que le monde ne l'est pas réellement de lui-même» mais par une sorte de condescendance, si je puis ainsi parler. En outre, selon Platon lui-même, le monde a été produit, donc il n'est pas parfait, car il a eu besoin du premier moteur pour être ce qu'il est.

ALEXANDRE

Je m'étonne que Platon ait dit que Dieu avait prodnit le monde, car tout ce qui est engendré est ou de la même espèce, ou du même genre, ou de la même essence que Têtre dont il provient.

JULES CÉSAR

Je répondrai que Platon ayant lu les anciennes prophéties sur le Fils, et ne pouvant pas comprendre l'unité en trois personnes, il appliqua les paroles des prophètes au sensible, c'est-àdire au monde. Le fils de Dieu fut engendré par Dieu, qui, se comprenant lui-même, engendra un fils qui lui est semblable; c'est pourquoi l'intelligence est égale au sujet quiconnjâtj et par conséquent à l'objet connu. De plus» Dieu engeodrail

un Dieu qui ne fait qu'un avec lui, parce qu'il est immatériel, infini, et par conséquent indivisible ; donc il eatun, et œ peut paB sortir de lui-même : de là, puisqu'il n'y a aucuae distance outre le sujet connaissant et V6b}ei connu, ils sont égaux entre eux, tous deux n'ont qu'une volonté, qu'iun esprit; ils ne bal qu'un.

ALEXANDRE

Vous raisonnez avec tant de force, que vous pouniez oonvaincre les philosophes qui se rient du mystère de la Trinité comme d'un fait chimérique et impossible. Jamais, cependant, je ne voudrais me lier à votre argumentation subtile, car vous pourriez , à force de génie , élever les fables des portes au niveau de la raison. Mais d'après quelle loi les anciens phikttophesont^ils véritablement et pieusement honoré Dieu?

JULES CÉSAR

D'après la loi naturelle seulement, car la nature, qui .est Dieu (car elle est le ^principe du mouvement), a gravé cette loi dans le cœur de tous les hommes : quant aux autres lois, ils les regardaient comme des fictions et des leurres, non pas inventés par quelque mauvais génie (car les philosophes un voient en eux que des êtres imaginaires), mais par lesprte^ef pour l'éducation de leurs sujets, et par les prêtres en vue des honneurs et des richesses. Ces lois , ils ne les confirment point par des miracles, mais par l'Écriture , dont on ne voit nulle part l'original, qui cite des miracles, qui bit des promesses aux bons et des menaces aux méchants» mais seulo* ment pour une vie future , afin que la fraude ne soit pas découverte; car, disent-ils, une fois mort, on ne revient pas. Et c'est ainsi que la plèbe ignorante est contenue dans l'esclavage par la crainte d'un Dieu suprême qui voit tout, et qjii compense tout par des peines ou des châtii»ents éternels; c'est pourquoi l'épicurien Lucrèce a dit dans ses vers que ce fut la peur qui la première créa les dieux dans le monde.

ALEXANDRE

Gomment les pères de la sagesse romaine ont-ils pu céder à ta&tdejMiperstitions?

onrvun nnuiMMasim w 'vimiii*

JULES CÉSAR

Il ne faut pas 8*eii étotmer ; cette rdigion était aniqaenieiit pour h foule, qui se laisse duper facilement, et non pour les grands et les philosophes : la religion n'était pas le but des premiers, mais seulement un moyen de conserver et d'étendre l*empîre, ce qui ne peut être sans quelque prétexte de refi-' gion : on promettait des récompenses étemelles à ceux qui mouraient pour *la république, comme aujourd'hui chez les Turcs. Ils accordaient à des hommes les honneurs divins, afin que la gloire de l'apothéose enfantât des héros, car on mettait au rang des dieux les héros les plus illustres; on faisait des sacrifices pour que la vue du sang encourageât les jeunes gens à frapper l'ennemi; c'est pourquoi encore, chez les LacédémonieDs, les dieux étaient tout armés, afin que la jeunesse les priât tout en armes, et non en pliant les genoux ou en [rieurant (ce qui est une marque de faiblesse]. Quant aux antres (les philosophes), ils comprenaient que tous ces dires n'étaient que des fobles, mais ils se taisaient par crainte de la puissance publique. Aristote savait que les Athéniens avaient condamné Socrate à mort, aussi fl s'enfuit d'Athènes en disant qu'il voulait épargner aux Athéniens un nouveau crime contre la pUlosophie.

ALEXANDRE

Biais si la religion des païens était fausse, comment était-elle appuyée sur des miracles et des prodiges si nombreux et si extnordinairesT

ItJLES CÉSAR.

Interrogez Lucien, il vous répondra qu'il ne faut voir là que des impostures des prêtres. Quant à moi , pour ne pas avoir l'air de ne vouloir pas répondre, je rapporte toutes ces merveilles à des causes natui^es.

ALEXAm>RE.

Il serait bien plus miraculeux encore de vous voir les défendre.

JULES CÉSAR

C'est à vous de poser des questions, et k moi de répondre*

CBUVM8 HULONraMHn» DB ^fjonnu BO

Page 1