DES ORACLES
ALEXANDRE
Que pensez-vous des oracles ? Les statues de pierre des dieux donnaient ^es réponses» prédisaient l'avenir» annonçaient ce qui se passait dans les parties de la terre les plus éloignées ; voilà du moins ce que nous attestent les historiens.
JULES CÉSAR
Les chrétiens attribuent tous ces faits au démon ; cependant comme il n'existe aucun décret de l'Église à ce sujet, mon maître Pomponat n'a pas craint de rejeter cette interprétation.
Pour quelle raison ?
S99 MStTtKitS MlfcO90VllK{OB8 Mt TAHINf*
JtLES GÊSAB«
Parce qpe les réponses tombent 8oa?ent sur des faits qiji ne viennent pas à la connaissance du démon.
AteXANDRE.
• Quelcfnes-uns prétendent que le démon connaît par soil eMence.
JULES GÊSAR.
Pomponat prétend que non, car connaître une chose de cette manière, c'est en être on la cause ou Teffet ; ainsi Aver* roès dit que Dieu est la cause de toute chose, parce qu'A con-^ naît toute chose par son essence. L'auteur du livre Ôe eau^ 8%$^ et Albert aflSrment qu'une intelligence inférieure en connaît une supérieure parce qu'elle est un effet de cette der* nière; or, on ne peut pas en dire autant du démon, car il ik'est pas l'effet des intelligences inférieures, encore moins est-il cause, car les théologiens lui refusent judicieusement la puish sance créatrice.
ALEXANDRE
Il en est qui pensent que le démon connaît par Tessence d'un autre être.
JULES CÉSAR
Ces gens-là rêvent, car rien de matériel ne peut être la forme de l'inlelligence.
ALEXANDRE
Mais les essences des choses sont immatérielles.
Je n'admets pas cela , moi qui ne vois aucune différence entre être et exister. Qui donc, s'il n'est simple d'esprit, niera que ce qui existe est, et que ce qui est existe ?
ALEXANDRE
L'opinion générale est que le démon connaît les individualités par les espèces qui sont produites en même temps ou perçues de nouveau.
' Des causes : ce livre, dont Tauteur n'est pas connu , a été attribué par Albert le Grand à uu juif nommé Dayid.
£a aveuBe fiçon : le premier cw est imposnibiet car il eonnaîtrait les individualité» par une eapèce universelle on parti** cnlière, ce qni est inadmissible dans les deux hypothèses; il ait également impossible que le démon connaisse les individus humains par Tespèce universelle ou par l'espèce humaine, car alors il connaîtrait à rinfini« car il verrait d'un seul coup d'œil non-<seBlement les individus présents, mais encore cenx passés et à venir. Par l'espèce universelle, sa connaissance ne peut pas se borner à quelques particularités, car l'espèce universelle représente tous les êtres.
AtEXANDlE.
Peut-être cette espèce ne rqKrésente-^-elle que les individus qni existent.
lUiES CÈSAB«
Alors le démon ne pourrait pas, dans la statue d'une idole, prononcer sur le passé ou sur l'avenir, à moins qu'on nesup-* pose que les démons raisonnent : de plus, pour que U pensée dttdémonsurTitinsne fût pas absolue mais rehitive, il faudrait qu'elle commençât et qu'elle finit, en même temps que l'égalité et la ressembknce commencentet finissent en moi. Pour que le démon cenaat Titius d'une manière absolue, il faudrait qu'entre celui-ci et moi il y eût ressemblance, sans que j'eusse éprouvé au« eun changement, ce qu'on ne peut admettre, car la ressemblance n'ajoute rien de réel à la quantité; mais il y aquekpie chose de nouveau pour celui qui connaît; d'où je conclus que le démon ne connaît pas les êtres individuels par l'espèce universelle.
ALEXANDRE
Que direz-vous si c'est par les espèces particulières, j'entends les espèces de chaque objet connu 7
JULES CÈêÀM*
Cela est impossible; car, ou les espèces des obj^ particuliers naîtraient ensemble, ou seulement quelques-unes : la pre» mière supposition est absurde, car le démon connaîtrait en acte toute chose b l'infini, ce qui est impossible; de plus, il y aurait dans le même sujet des infinis d'une espèce à la fois
910 monMÊ naM onÊvo ÊÈ db tAHwi.
spéciale et absolue : j'aJMterai que chez les anciens, il n'est presque a«cun philosophe qui ait pensé que noa» afom en nous Tespèce d*un objet matériel, et encore bien moins doitelle être d^ins les Intelligences eUes-mémes. La seconde supposition est ridicule, non-seulement (comme je l'ai dit) parce que l'espèce particulière serait représentée dans l'intellect des êtres himiatériels,mai8pareequ'iln'yaancDne raison poyr^qu'â y ait dans le démon l'espèce d*un individu pkitècque d'unautra.
ALEXANDRE
Admettons que le démon ne connaît pas les individus 4e cette première manière; qui empêche d'aflBrmer qu'il les oonnalt par les espèces reçues de nouveau T
JULES CÊSAK.
Ou ces espèces sont produites dans Fintelligence des démons par les démons eux-mêmes, ou par d'autres agents : elles fte le sont point par eux, puisqu'elles seraient le résultat d'une connaissance précédente, et qu'il faudrait reconnaître aux démons la faculté de raisonner ; mais ceux qui ne reconnaissent rien de matériel dans les démons, réclament, parce que, pour raisonner, il faut des instruments matériels; ces espèces ne sont pas non plus produites par d'autres agents, ni par conséquent par des êtres matérieb qui n'om pas besoin d'action sur les êtres immatériels, à l'ordre desqueb appartiennent les démoM; elles ne sont pas plus produites que des êtres immatériels, car ceux-ci ne peuvent former l'imago d'aucim objet, ni l'imprimer sur un corps matériel.
ALEXANDBE.
Que concluei-vousî
JULES CÉSAR
La conclusion de Pomponat est que les démons ne pouvaient rendre aucun oracle sans la connaissance des choses particulières, et comme ils n'ont pas cette connaissance, SI en résulte qu'ils ne rendent pas d'oracles.
ALEXANDRE
Si les démons ne sont pas les auteurs de ces mirades, h qui faut-il les attribuer?
JUIiES GÊ&AJL
Peat^^tre, dit Fomponat« à l'JUiUiUigence qui^me^.! Tjmv-
ALEXANDRE
Que ditea-Yoas?
JULBS GÉSAR.
Dans moa Amphithéâtre, j'ai longuement démoiUTé. contre les athées, que Dieu prend soin des choses dUci-bas, et principalement de Thomme, que le Philosophe assure être la fin de toutes choses. Cependant Dieu n- agit sur les corps sublnnaires que par rinterin^Ualre des cieux; car, dit le Philosophe, s'il agissait immédiatement, il serait soumis au changement, carie changement résulte d'une cause qui a pour objet une manière d'être nouvelle; c'est pourquoi quand quelques dangers menacent les hommes et surtout les princes, qui sont l'exemi^e du monde, il donne des réponses et des a?ertissements par le sonuneil, par les oracles et par des animaux. Lorsque Xarquin fut chassé du trône, un chien articula des paroles humaines; un serpent aboya. Avant qu'Auguste fût reconnu empereur, un bœuf parla ainsi dans les faubourgs de Rome à celui qui.le conduisait : Pourquoi tant me stimuler 7 ce ne sont pas les blés qui manqueront, mais les hommes. Sons le consulat de G. Yobunnius et de S. Solpitius, un bœuf parla comme unbomœe. Dans Homère, le cheval Xanthus attesta que Patrocle était mort BiQO par lâdieté, mais par un arrêt du destin. Sous le consulat de M. Lepidus et de Q. Gatulus, un coq se mit à parler latin dans la villa de Galenas; avant la mort de Gésar (comme le dit G. Epidius) les arbres même parlèrent; or tous ces faits ne peuvent être rapportés qu'aux Intelligences. Ainsi Tlntelligence qui meut le ciel, et qui à proprement parler n'est en aucun Ûeu, au dure d'Aristote, fait entendre sa voix dans la statue, comme un musicien un son dans la flûte; de cette manière, une Intelligence a pu, par la bouche de l'idole, faire entendre sa voix et prédhre l'avenir. Gar si les astres donnent à la sélénite et à la (piirite le don de prédiction, comme le rapporte Albert, pourquoi une Intelligence elle-même, avec son corps
ÉI2 OBDTKBS rmLOMMQOlS DB ^AH lift.
céleste, ne pourra-t-elle pas agir dans la statue de Tidcrie? Si| d'après une autre opinion, le démon a pu le faire, pourquoi les Intelligences ne le pourraient-elles pas? Sans doute il y a plu^ de pouvoir dans un démon que dans une Intelligence pour se placer dans un oracle et le faire agir,
ALEXANDRE
^ Ymlà des choses fort subtUes, mais qui ne me satisfont pas. Je ne peux pas comprendre comment les IntcUigences prennent soin des choses d'ici-bas, puisqu'elles ne les connaissent pas.
JULBS CÉSAR.
Je soutiens le contraire.
Mais les raisons que vous atez données contre la connaissance des dénions le disent
JULES CÉSAR
Nullement, car les Intelligences connaissent en dles-mêmeg les choses inférieures, parce qu'elles en sont cause. En effet» e'est par l'intermédiaire des deux que les Intelligences dirigent, que Dieu produit tout ce qui s6 rapporte à nous, car l'impur ne peut pas être tottohé par ^ ptir : ainsi, de même qu'un artiste ne fait rien que par l'intelligence^ de même les Intelligences motrices des oieux détiennent causes par la con«> naissance de Ce qui se passe ici-bas. Aussi le divin Aterroès affirme que la science des immortels diffère de la nôtre en ce que la leur produit les choses, tandis que la nôtre résulte des choses. Ainsi les Intelligences connaissent ce qui nous concerne, et s'occupent de nous suivant l'arrêt de lé cause prenûère.
ALEXANDRE
Un doute plus grand s'élève dans mon esprit. Si ûh fait est produit par les esprits célestes, pourquoi n'est^il pas toujours et partout? Les corps célestes sont toujours les mêmes ; pourquoi l'efibt change-t-il quand la cause ne change pas?
JULES CÉSAR
Plntarque, en recherchant pourquoi il n'y a plus d'oracles, a longuement résota oette question^ car il «ttriltua ta ptunsaoee
oHiYABs rHacttopmiiB0B D8 tahuci. dis
propbédque à la sibylle et à Toracle : à la sibylle, parce qu'elle était d'elle-même disposée à prophétiser, par suite de l'agitation dans son corps des esprits qui représentent les diffé* rentes images des clioses : à Toracle, parce qu'il s'élevait du lieu où il était des vapeurs qui l'excitaient à chanter l'avenir, de même que les vapeurs du vin nous portent au chant ; aussi quand les vapeurs disparurent, les oracles commeacérent à disparaître.
ALEXANDBB.
Vous avez fort bien réfuté cette opinion dans votre Amphithéâtre, mais je serais très-curieux de savoir ee que r^p<uidrait Aristote.
JULES GÉSÂR.
Il dirait peut-être que tout ce qui existe est de la mêmeesk pèce, laquelle commence, vit, et finit par se corrompre; alors succède une génération nouvelle avec des dispositions nécessairement contraires aux dispositions précédentes; oar si la puissance de la génération ne l'emportait pas sur cdie de la cœruption , il n'y aurait pas de génération , puisque rien ne serait produit qui ne fût également dans la matière, de même que la conoiption comprendrait nécessairement celle des dispositions conservatrices du sujet. La règle est applicable non-seulement aux individus hmnains , mais aux villes , aux royaumes , aux religions, comme Aristote semble en xonvenir, et comaie le [MTOuve ce raisonnement vulgaire: Tout ce qui s'âève tombe ; tout ce qui croît vieillit. L'expérience historique nous prouve qu'il en est de même des empires et des religions ; mais comme les objets sont plus nobles et moins du domaine des sens, ils durent plus longtemps ; c'est pourquoi Platon a écrit ces lignes : « Puisqu'il est vrai que tout ce qui est produit est sujet à se 19 corrompre, une telle constitution ne peut pas toujours durer; » et cela est vrai non-seulement dest plantes , mais encore des » animaux terrestres; cette loi de développement et de dépé- 9 rissement résulta pour l'âme et le corps des révolutions pro- » {ires à chacun de9 cercles; une vie plus courte ou plus longue V M nppomil^ à p)be réfoltttMW pto
S44 oiuvftES yiHLOs^rmoti» de vanini.
On pourra conclure de là que tes oracles ont commencé et ont fini , et que toiit individn qui est produit est corruptible ; et comme la génération suit la corruption avec des dispositions contraires, une religion qui tombe est suivie d'une religion opposée qui la remplace. Qu'y avait-il chez les païens de plus ilînstreetde plus sacré que le nom de Jupiter? quel nom est aujourd'hui plus avili et ^us exécré? Quand donc la religion des païens s'affaiblissait et se corrompait , la corruption dut nécessairement en attaqner d'abord les dispositions : ceUes-cî étaient les oracles, qni dès lors disparurent; elles furent remplacées par les dispositions d'une religion nouvelle et diamétralement opposée à la précédente. Mais comme les hommes ne passent pas facUement d'une religion à une autre , il faut des miracles pour asseoir la nouvelle, car il n'est aucune religion qui n*ait eu les siens à sa naissance. €'est pourquoi les corps célestes choisissent un homme à qui ils accordent la puissance d'opérer des miracles, afin de stimuler les esprits; car toutes les vertus qu'ib ont dispersées dans les végétaux , les pierres et tous les animaux, ils les réunissent et les donnent à un seul homme, pour qu'il soit regardé comme un autre Dieu ; alors, dès que quelqu'un veut résister h l'établissement de la nouvelle religion , aussitôt les intelligences l'effrayent par des songes, par des apparitions épouvantables, et instituent dans l'es corps célestes des religions pour l'avantage des mortels. Aussi quand cessera l'influence des cieux, la loi ira s'affaiblissant jusqu'à ce qu'elle disparaisse entièrement. « Nous ne devons pas » ignorer, dit Albert, que les vertus naturelles ne durent qu'un » certain temps, et qu'il en est de même des vertus et des » images , car une vertu céleste ne répand son influence » que pendant un certain espace de temps; ensuite l'image » inutile et brisée reste froide et sans vie ; de là vient que » certaines images ne font plus aujourd'hui ce qu'elles ont fait » autrefois. » Dans F astronomie on distingue les années qui se rapportent à rinfluende du ciel, des planètes et de quelques étoiles sur les images ; ces années sont dites plus grandes , moyeonos ou plus petites, selon que leurs effets sont pitis
efficaces, médiocres ou plus bibles. Cardan» en suivant les ho* ro8copesd*un grand nombre de légittlatears, s'eOorcede prouver que les religions sont l'œuvre des étoiles. Il ajoute une autre raison, d'après les philosophes, et i^urtout d'après Platon et Aristote, qui regardent le monde comme éternel, et pour qui rien n'est infini, rien ne l'a été, rien ne le sera selon l'es* pëce, parce qu'aucun individu provenant de ce qui est cormp** tlUe ne peut être éternel C'est pourquoi les coutumes et les rites qui sont aujourd'hui en vigueur l'ont été plus de cent mille fois et le seront de nouveau autant de fois qu'ils l'auront été. n n'y a rien de nouveau ici^bas, rien n'est ou ne sera qni n'ait déjà été, et cette vicissitude étant éternelle, il faut qu'dle ait une cause de même nature. On ne peut rechercher cette cause que dans les corps célestes, en Dieu et dans les Intelligences ; donc c'est par l'influence des corps célestes, conduits par des Intelligences qui obéissent k Dieu, que les religions naissent, se développent et qu'elles meurent Plutarque dit ; « Il ne fiant peut-être pas s'étonner que sons l'influence diverse )» de la fortune , les choses humaines reviennent à la suite des n temps à leur état primitif: soit que la foule innombrable des » faits de ce monde fournisse à la fortune une occasion facile » et féconde de produire des ressemblances , soit que la série » des événements soit renfermée dans de certains nombres n déterminés ; car alors il devient impossible que le cours et n les révolutions des choses ne reproduisent pas au jour des » faits qui ont déjà en lieu. » Si quelqu'un veut en trouver une preuve évidente, qu'il lise l'histoire; il verra que les corps célestes se sont toujours beaucoup occupés des rois, des royaumes, des cités, et en un mot de tout ce qu'il y a^ grand; aussi dès qu*nn changement menace, même de loin, on voit des signes et des prodiges dans le ciel, les plantes, les éléments, les brutes et les hommes. Depuis Capys jusqu'à Jules César il y a un espace d'envû-on mille ans; cependant oa trouva dans le tombeau de Capys une table d'aôrain sur laquelle il était écrit que César serait assassiné dans le sénat ; à cet exemple frappant J'en ajouterai» beaucoup d'antres qui ne le sont pas moins, si je
216 QB0TEK8 PBItOBOnaQQIS DB TANUU*
voulais ûire idde l'histoire. Je dirai seulement qii/9 les rois sont
établis par Dieu et que les corps célestes veillent à la prospérité des empires. Qu*on se demande par quel moyen humain Romulus devint sitôt roi, de pasteur qu'il était; par quel artifice Rome devint^e en si peu de temps la maîtresse du monde î £n réfléchissant bien, on verra là une intervention des dieux. Après avoir lu Justin , que dii'ons-nous de Cyrus, de Uiéron, d'Habidas ? Quant à moi , je suis confondu. U ne faut donc pas s'étonner si, pour l'avantage des hommes. Dieu et les corps célestes ont encore une plus grande sollicitude pour les lois et les religions que pour les rois et les empires, qid sont moins durables et moins nobles, car qu'y a-t*il au-dessus de la religion ? Quand même celle-ci serait fausse , pourvu qu'on la croie vraie, elle peut dompter la férocité , réprimer les passions, soumettre les sujets au pcince. C'est par les corps célestes que sont inspirés les législateurs, ceux qui annoncent la volonté divine et qui méritent à bon droit le titre de fils de Dieu. Â celui qui contemple, sinon des yeux , au moins par la pensée , l'ordre de l'univers , la puissance des corps célestes , tout cela ne paraît pas opposé à l'ordre de la nature. £n exa* minant la variété des choses, cm trouvera du bien et du mal dans les jdantes, les minéraux , les brutes et les hommes : le& empires passent aussi des meilleures insdtutioiis aux pires; tantôt c*est une loi honteuse qu'on vénère , tantôt c'est une loi très-sainte ; pour se perfectionner, le monde a besoin de passer par ces vicissitudes. A. sa naissance et à sa mort, chaque religion fait des miracles, jamais quand elle est en vigueur; cela vient de ce que les conjonctions les plus puissantes des I^nètes n'ont lieu qu'à de très-longs intervalles , et les astronomes établissent que c'est à ces époques que se montrent les religions nouvelles et que tombent les anciennes. Ce que je prouve par une raison sans, réplique , c'est que quand les grandes conjoucllous des astres procurent une grande puissance aux choses d'ici-bas , elles donnent lieu à des faits remarquables. D'ailleurs la volonté des hommes est changée , parce que la fantaisie , dont se sert l'intelUgence pour con-
oBinrai^s pbilosopuiquss dk vaminl ^
seUIer la volonté, est soumise an ciel; c'est pourquoi Thomme sage qui aspire à l'honneur sacré d'un nom immortel, prévoyant l'avenir, s'annonce comme un prophète envoyé de Dieu ; tout ce qui est nécessité par la puissance des astres devient miraculeux , et il le rapporte au pouvoir qu'il s'attribue faussement, en sorte que le peuple abusé l'admire et l'adore, et l'on regarde comme des miracles les événements qui arrivent après de longues circonvolutions célestes et qui cependant m'excèdent pas les forces de la nature. Ainsi on peut répondre à la question proposée en disant que les oracles ont cessé parce qu'Ds ont commencé; car, d'après les suppositions précédentes, tout ce qui a commencé doit finir. Mais cela ne peut arriver sans des dispositions certaines; ainsi, après les oracles, vient une loi qui leur est opposée : dans les sièdes suivants, la religion des oracles reprendra vigueur. Le temps est éternel par rapport au mouvement que l'éternel moteur ne manquera jamais de produire ; mais les êtres ne peuvent pas être infinis dans leur espèce , c'est pourquoi ceux qui ont péri renaîtront après de longues évolutions célestes, selon l'espèce , mais non selon l'individu, comme l'a rêvé Platon. Tels sont les faits mer^ veilleux que nous révèle notre subtile philosophie; mais, fidèle à la foi chrétienne , je les repousse et je les ai repousses iatérrieurement avant d'en parler comme en plaisantant»
ALEXANDRE
Enfin que pensez-vous des oracles?
JULES CÉSAR
Que ce sont des impostures des prêtres.
ALEXANDRE
Mais comment la fraude n'était-eUe pas découverte?
JULES CÉSAR
Parce que la crainte du ptlUvoir public empêchait les philosophes de protester. Nous devons cependant rendre grâce à Lucien, qui mit à découvert les supercheries de ces imposteurs.
ALEXANDRE
Gtez-moi, je vous prie, quelques passages de ses écrits.
2ift onnrRis nRLosormoimg dé vànini.
JULES 'CÉSAR
Ces écrits sont dans ma bibliothèque ; j« tous les prêterai » nftds pour vous seul.